9 Mai 2026
De si remarquables créatures // De Olivia Newman. Avec Sally Field, Lewis Pullman et Colm Meaney.
On entend souvent dire que le cinéma est là pour nous faire oublier le quotidien. Mais parfois, il sert simplement à nous rappeler que personne n'est vraiment seul dans sa galère. C’est exactement ce que propose De si remarquables créatures. En adaptant le roman de Shelby Van Pelt, la réalisatrice Olivia Newman ne cherche pas à nous en mettre plein la vue avec des effets spéciaux grandioses. Elle nous plonge plutôt dans une ambiance feutrée, un peu humide, quelque part entre la mélancolie d'un aquarium de nuit et l'espoir d'un nouveau départ. L'histoire nous emmène dans une petite ville côtière où le temps semble s’être arrêté.
Tova, une veuve âgée, se lie d'une amitié improbable avec Marcellus, un pieuvre géante et pacifique qui vit dans l'aquarium où elle travaille. Sans que Tova le sache, Marcellus s'est donné pour mission de résoudre un mystère qui guérira le cœur de la veuve et la mènera à une découverte qui changera sa vie. Basé sur le livre à succès.
On y rencontre Tova, une femme d'un certain âge qui travaille de nuit comme femme de ménage dans l'aquarium local. Sally Field, qui prête ses traits à Tova, joue ici la carte de la retenue. On sent le poids des années et surtout celui d'un deuil qui ne dit pas son nom : la disparition de son fils, des décennies plus tôt. Tova est le genre de personne qui préfère récurer les vitres plutôt que de parler de sa douleur. C'est dans ce silence nocturne qu'elle se lie d'amitié avec Marcellus. Marcellus n'est pas un collègue ordinaire. C’est une pieuvre géante du Pacifique, dotée d'une intelligence qui dépasse largement l’entendement humain. Le film fait le pari audacieux de lui donner une voix, celle d’Alfred Molina.
Et franchement, c’est la meilleure idée du projet. Marcellus observe les humains avec un mélange de mépris amusé et de tendresse. Pour lui, nous sommes des créatures un peu lentes, un peu bêtes, mais désespérément attachantes. Ses interventions apportent une touche d'humour un peu cynique qui vient casser le côté parfois trop sérieux du drame. Puis arrive Cameron. C’est le troisième élément de ce trio improbable. Lui, c’est le jeune paumé par excellence, interprété par Lewis Pullman. Il débarque en ville pour retrouver un père qu’il n’a jamais connu, avec ses problèmes d'argent et son immaturité flagrante. Au début, il peut agacer.
Il est maladroit, il prend de mauvaises décisions, mais on finit par comprendre qu’il est juste une autre "créature" cabossée qui cherche sa place. Sa rencontre avec Tova va faire des étincelles, car tout les oppose : elle est la discipline et le silence, il est le chaos et le bruit. Le film prend son temps, peut-être même un peu trop par moments. Il faut être honnête, le rythme n'est pas son point fort. On navigue dans une sorte de lenteur contemplative qui pourra en perdre certains. Il y a des scènes qui s’étirent, des hésitations qui durent, et on a parfois l’impression que le récit tourne un peu en rond dans son bocal.
Si vous cherchez un thriller ou un film avec des rebondissements toutes les dix minutes, vous n'êtes clairement pas au bon endroit. Ici, on est dans le minuscule, dans les petits gestes, dans les regards échangés devant un bac à méduses. Pourtant, cette ambiance a son charme. L'aquarium vide, les lumières bleutées, le bruit de l'océan en fond sonore... tout cela crée une atmosphère presque hypnotique. On finit par s'attacher à cette routine. On s'inquiète pour Marcellus qui vieillit et qui rêve de liberté. On espère que Tova va enfin s'ouvrir aux autres. On attend que Cameron grandisse un peu. Le film traite de la solitude sans être plombant, ce qui est une belle prouesse.
La force de De si remarquables créatures réside vraiment dans son dernier acte. Après un milieu de film un peu mou, les pièces du puzzle commencent enfin à s'emboîter. Les liens entre les personnages, que l'on devine parfois un peu trop tôt, finissent par nous toucher en plein cœur. Les vingt dernières minutes rachètent largement les longueurs précédentes. On en ressort avec une sensation de chaleur, un peu comme si on venait de discuter longtemps avec un vieil ami.
Note : 6.5/10. En bref, ce n'est pas le film de l'année, et il ne va sans doute pas révolutionner le genre. Mais il a le mérite d'être sincère. C’est une œuvre imparfaite, parfois trop lente, mais portée par une vraie douceur. Et puis, rien que pour Marcellus et son regard sarcastique sur notre espèce, le voyage vaut le détour. Si vous avez besoin d'une pause, d'un moment de calme pour réfléchir à la vie, à la perte et aux secondes chances, laissez-vous tenter par cette rencontre sous-marine.
Sorti le 8 mai 2026 directement sur Netflix
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