Critique Ciné : Die My Love (2026)

Critique Ciné : Die My Love (2026)

Die My Love // De Lynne Ramsay. Avec Jennifer Lawrence, Robert Pattinson et Lakeith Stanfield.

 

Quand on s'attaque au sujet de la maternité sous l'angle de la dépression post-partum, on s'attend forcément à quelque chose de lourd, de complexe. Avec Die My Love, Lynne Ramsay ne fait pas dans la demi-mesure. Le film nous plonge dans le quotidien de Grace, une jeune mère isolée à la campagne qui perd doucement pied. Sur le papier, le projet est hyper séduisant : une réalisatrice au style affirmé, un duo d'acteurs de haut vol et une thématique viscérale. Pourtant, une fois devant l'écran, le résultat est beaucoup plus frustrant que prévu. On navigue entre le coup de génie visuel et l'épuisement total.

 

Grace et Jackson fuient New York et décident de fonder une famille dans l’immensité sauvage du Montana. Mais quand leur fils naît, lasse et en proie à une solitude grandissante, Grace sent sa réalité lui échapper. Peu à peu, elle perd pied, fragilisée par une maternité qu’elle affronte presque seule.

 

Le décor est posé très vite. Grace vit dans une bicoque isolée, loin de tout, avec son compagnon et leur nouveau-né. Ce qui devrait être un cocon devient rapidement une prison mentale. Le film excelle au début pour retranscrire cette monotonie qui ronge. Les gestes répétitifs, le silence pesant de la campagne, ce sentiment d'être enfermée dans un rôle de mère qui ne lui va pas... tout ça est filmé de très près, de manière presque organique. On sent la sueur, la fatigue et cette tension qui grimpe. Mais le problème, c’est que Lynne Ramsay étire cette sensation jusqu'à l'usure. À force de vouloir nous faire ressentir l'ennui de son héroïne, elle finit par nous ennuyer aussi.

 

La mise en scène est typique de Ramsay : c’est sensoriel, le son est poussé au maximum, chaque détail devient une menace. C’est une expérience immersive, certes, mais qui manque cruellement de respiration. Le film ne nous laisse jamais souffler. Grace bascule dans des comportements imprévisibles, parfois violents ou carrément absurdes. Si l'idée est de nous montrer le chaos d'un esprit qui flanche, l'accumulation de ces moments finit par créer une sorte de distance. On regarde Grace s'agiter, on observe sa détresse, mais on ne la ressent plus vraiment. L’intensité constante finit paradoxalement par anesthésier l’émotion. Jennifer Lawrence se donne à 200 % dans le rôle. 

 

Elle occupe l'espace avec une sauvagerie assez impressionnante. Elle n'a pas peur d'être laide, dérangeante ou pathétique. C’est une performance physique avant tout. Mais là encore, le scénario ne lui offre pas assez de nuances. Elle est en zone rouge du début à la fin. À ses côtés, Robert Pattinson joue la carte de la retenue. Il incarne ce mari un peu paumé, complètement dépassé par ce qui arrive à sa femme. Malheureusement, son personnage est trop en retrait. On aurait aimé que leur relation serve de moteur au film, qu'il y ait un vrai dialogue (ou un vrai affrontement) entre eux, mais le film préfère se concentrer uniquement sur le tunnel mental de Grace.

 

Visuellement, c'est indéniable, il y a des plans qui restent en tête. La gestion de la lumière, les scènes de nuit, ce côté un peu onirique qui vient briser la réalité... c'est du beau cinéma. Le souci, c'est que ces éclats de génie sont noyés dans un montage hyper fragmenté. On ne sait plus trop ce qui est réel, ce qui est rêvé, ce qui appartient au passé ou au présent. Si le but était de créer un sentiment de confusion totale, c'est réussi. Mais pour le spectateur, c’est un vrai défi de rester accroché au récit. Le film tourne en rond, répète ses effets et finit par s'étirer en longueur. Au final, Die My Love est une proposition radicale qui refuse de plaire au plus grand nombre. C’est tout à l'honneur de la réalisatrice de ne pas avoir fait un drame classique et poli. 

 

Note : 3.5/10. En bref, Die My Love aborde des sujets forts comme la perte de repères et le tabou du rejet maternel avec une honnêteté brutale. Mais à force de vouloir être de partout il finit par passer à côté de son cœur. On ressort de la salle avec l'impression d'avoir vu un exercice de style impressionnant, mais un peu vide. C’est un film qui se regarde avec curiosité, mais qui peine à toucher au but.

Sorti le 29 avril 2026 au cinéma

 

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