Critique Ciné : Dinner with Friends (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Dinner with Friends (2026, Amazon Prime Video)

Dinner with Friends // De Sasha Leigh Henry. Avec Tattiawna Jones, Izaak Smith et Andrew Bushell.

 

Dans le cinéma indépendant, il y a deux écoles. Ceux qui cherchent le choc à tout prix, et ceux qui préfèrent gratter les petites fissures du quotidien. Dinner with Friends se range clairement du côté des observateurs. Pour son tout premier long-métrage, la réalisatrice Sasha Leigh Henry s'attaque à un sujet universel : un groupe de potes qui se retrouve pour plusieurs dîners étalés sur quelques années. Sur le papier, l'idée est ultra simple. À l'écran, elle sert de prétexte pour parler de la fatigue des relations, du poids des responsabilités et de cette impression bizarre que les amitiés s'effritent sans qu'on s'en rende compte.

 

Huit amis peinent à préserver leur lien alors qu’ils approchent de la trentaine.

 

Tout commence avec Joy et Malachi. Ce couple marié décide de relancer les soirées rituelles qu'ils organisaient à l'époque. Sauf que le temps a fait son œuvre. L'insouciance de la vingtaine a laissé place aux gosses, au boulot, aux galères de thunes et aux trajectoires de vie qui s'éloignent. Dès les premières minutes, on comprend que ces retrouvailles ne vont pas se limiter à trinquer en rigolant des vieux dossiers. Autour de la table, chacun ramène ses valises et ses traumatismes dissimulés. Evie tente de se reconstruire après le décès de son compagnon, Kat s'épuise à s'occuper de sa mère malade, et Paul essaie de garder la tête hors de l'eau tout en restant présent pour son fils. 

 

Même ceux qui affichent un grand sourire cachent un malaise derrière les conversations légères. La force principale du film réside dans son écriture. Les dialogues sonnent incroyablement juste. On a vraiment l'impression de s'incruster dans une vraie discussion de potes de longue date. Le ton bascule en un instant de l'humour à une tension palpable. Une simple vanne balancée entre le fromage et le dessert réveille des rancœurs vieilles de dix ans. C'est là que le film marque des points, dans cette façon de capter les vérités qui s'échappent malgré les sourires de façade. Sasha Leigh Henry filme ces repas comme des petits champs de bataille psychologiques. 

 

Pas d'éclats de voix théâtraux, mais une accumulation de malaises qui rend certaines scènes presque inconfortables de réalisme. On s'y reconnaît forcément un peu. On pense à ces dîners où l'on se juge en silence, à ces couples qui se parlent sur pilote automatique, ou à cette nostalgie étrange qui nous force à rester liés à des gens avec qui on n'a plus rien en commun. Le film aborde aussi des problématiques hyper actuelles sans jamais avoir l'air de cocher des cases. Le coût de la vie en ville, la peur de stagner pendant que les autres avancent, la charge mentale des aidants familiaux... Tout cela s'invite naturellement dans les échanges. 

 

Visuellement, la mise en scène reste sobre et se focalise sur les visages, les regards fuyants et les silences qui en disent souvent plus longs que les grands discours. Avec sa structure découpée en chapitres autonomes, le long-métrage ressemble presque à une mini-série. Ce choix fonctionne bien, même si le format montre ses limites : avec huit personnages principaux, certains manquent un peu de profondeur. Heureusement, le casting est impeccable. Tattiawna Jones et Rakhee Morzaria apportent une vraie retenue et une belle authenticité à l'ensemble. Le tableau n'est pas parfait pour autant. Le rythme s'essouffle dans la deuxième moitié et le scénario a tendance à tourner un peu en rond sur les mêmes conflits. 

 

De plus, la fin un peu trop lumineuse et optimiste tranche un peu avec l'amertume très réaliste du reste du film. Il faut aussi accepter qu'il ne se passe rien d'explosif. Ceux qui cherchent du gros drame hollywoodien s'ennuieront. Dinner with Friends demande de la patience, mais il réussit son pari : montrer que maintenir une amitié à l'âge adulte demande parfois autant d'efforts qu'un couple. Sasha Leigh Henry signe un premier film imparfait mais profondément humain, souvent très juste sur le temps qui passe et les compromis de la vie active.

 

Note : 6/10. En bref, Dinner with Friends observe avec un réalisme percutant les retrouvailles d'un groupe de potes, transformant de simples dîners en un miroir des désillusions et des compromis de l'âge adulte. Malgré quelques longueurs et un format proche de la mini-série, ce premier film séduit par la justesse absolue de ses dialogues et de son casting.

Sorti le 17 février 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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