Critique Ciné : Ladies First (2026, Netflix)

Critique Ciné : Ladies First (2026, Netflix)

Ladies First // De Thea Sharrock. Avec Sacha Baron Cohen, Rosamund Pike et Richard E. Grant.

 

Netflix adore recycler ses propres idées. Avec Ladies First, la plateforme adapte à nouveau l'un de ses films, cette fois en version britannique, après le long-métrage français Je ne suis pas un homme facile. Sur le principe, la démarche me laisse déjà perplexe. Voir un studio refaire exactement le même concept à peine quelques années plus tard donne surtout l’impression d’un calcul d'algorithme. On sent le besoin de remplir le catalogue automatiquement, bien loin d’une démarche artistique ou d’une vraie relecture créative. Malheureusement, le résultat final confirme mes craintes et ne change absolument rien au problème de base.

 

Séducteur invétéré, un Don Juan reçoit une sévère leçon lorsqu’il bascule dans un monde parallèle gouverné par les femmes - et la rencontre avec une femme fougueuse ne fait que compliquer la donne. 

 

Présenté comme une comédie satirique sur le sexisme et les rapports de force entre les genres, Ladies First suit Damien, un publicitaire macho et imbu de lui-même. Après un accident bête, il se réveille dans un monde parallèle où les rôles sont totalement inversés. Désormais, ce sont les femmes qui dirigent les entreprises, tandis que les hommes se retrouvent réduits à l'état d'objets sexualisés. Toute la société fonctionne à l’envers. Sur le papier, cette idée de départ est amusante. Elle a déjà fait ses preuves le temps d’un sketch ou d’un épisode de série. Mais étirer ce concept sur un film entier montre très vite les limites de l’écriture.

 

Le plus gros défaut de Ladies First reste son incapacité à dépasser son pitch de départ. J'ai eu l'impression que le film enchaînait les gags sur l'inversion des genres sans jamais construire une vraie histoire autour. Chaque scène utilise le même mécanisme, encore et encore. L'intrigue prend une situation sexiste du quotidien et la retourne dans l’autre sens. Le problème, c’est qu'au bout de vingt minutes, j'ai trouvé le procédé totalement prévisible. Les dialogues accumulent les vannes forcées et les clins d'œil ultra-appuyés. Certaines blagues donnent l’impression d’avoir été écrites uniquement pour expliquer le concept au spectateur plutôt que pour déclencher un vrai rire. 

 

Le film insiste tellement sur son message féministe qu’il perd tout naturel et toute fraîcheur. Pourtant, j'attendais beaucoup d'un tel sujet. Une critique acerbe du sexisme au travail ou des comportements masculins toxiques aurait pu donner une comédie mordante. Au lieu de ça, Ladies First choisit systématiquement la facilité, les gros sabots et la caricature. Le casting m'intriguait pourtant beaucoup. Voir Sacha Baron Cohen dans une comédie absurde me semblait logique après ses performances cultes dans Borat ou Brüno. Sauf qu’ici, la magie ne prend pas du tout. Son personnage manque cruellement de consistance dès les premières minutes. 

 

Damien est censé être arrogant, agaçant mais charmeur, avant d'évoluer vers plus d'empathie. Mais Sacha Baron Cohen ne trouve jamais le bon ton. Sa performance me paraît étrange, souvent forcée, voire carrément malaisante. Le scénario tente ensuite de le transformer en homme plus humble, mais cette évolution reste artificielle. Je n'ai jamais cru à son changement de comportement puisque le film préfère enchaîner les situations absurdes plutôt que de creuser la psychologie de son héros. Même Rosamund Pike semble coincée dans un rôle qui la sous-exploite. Elle apporte une touche de crédibilité grâce à son charisme naturel, mais le script ne lui donne pas assez de matière pour exister. 

 

C'est le problème global de cette distribution : beaucoup de talent gâché pour une idée de court-métrage étirée sur une heure et demie. Impossible d’ailleurs de ne pas voir dans Ladies First le symbole de la comédie formatée sauce Netflix. Le film ressemble à une longue liste de productions récentes de la plateforme. Un concept simple à résumer dans un tweet, deux têtes d'affiche connues, un rythme rapide, des dialogues sur-explicatifs et un ton ultra-lisse. Même quand l'histoire essaie d'être provocante, elle reste terriblement sage. Certaines séquences me semblent dictées par un cahier des charges, comme si chaque blague devait rester grand public pour ne froisser personne. 

 

Résultat, la satire manque de piquant et la comédie manque de folie. C'est d’autant plus frustrant qu'il y a quelques bonnes idées visuelles dans cet univers inversé. Certaines scènes fonctionnent durant quelques secondes en mettant en lumière des absurdités bien réelles de notre société. Mais le film enfonce des portes ouvertes avec une telle lourdeur que le plaisir s'évapore aussitôt. Pour une œuvre vendue comme l'événement humoristique de la saison, Ladies First souffre d’un handicap majeur : je n'ai presque jamais ri. Le rythme est décousu, les vannes tombent à plat et j'ai eu la sensation constante de voir un recyclage de moins bonne qualité que l'original. 

 

Certaines séquences deviennent même gênantes tant on sent l'équipe chercher désespérément à arracher un sourire. Le film se laisse regarder sans être un naufrage technique absolu grâce à la réalisation propre de Thea Sharrock, mais il s'oublie aussitôt le générique de fin lancé. Plus l'histoire avance, plus elle insiste lourdement sur sa morale, devenant donneuse de leçons. Ladies First arrive bien trop tard avec un concept déjà usé jusqu'à la corde. Ce remake n’apporte rien de neuf et transforme une bonne idée de sketch en un long-métrage répétitif. 

 

Le projet manque de sincérité, d’énergie et surtout d'humour. Netflix continue de produire du contenu rapidement consommé et aussitôt oublié. Malgré son message de fond nécessaire, le film ressemble à une satire tiède qui préfère aligner des slogans plutôt que de construire un vrai moment de cinéma. Avec un tel sujet et un tel duo d'acteurs, il y avait tellement mieux à faire. 

 

Note : 2/10. En bref, Ladies First sur Netflix recycle maladroitement le concept du film français Je ne suis pas un homme facile dans une comédie inversant les genres qui s'essouffle après seulement vingt minutes. Malgré un duo d'acteurs prestigieux composé de Sacha Baron Cohen et Rosamund Pike, cette satire trop lisse et prévisible accumule les caricatures sans jamais réussir à faire rire.

Sorti le 22 mai 2026 directement sur Netflix

Ladies First est le remake du film Je ne suis pas un homme facile d'Eléonore Pourriat (sorti en 2018 directement sur… Netflix).

 

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