20 Mai 2026
Obsession // De Curry Barker. Avec Michael Johnston (II), Inde Navarrette et Cooper Tomlinson.
Vous avez déjà rêvé que votre crush tombe enfin amoureux de vous par magie ? C'est le point de départ classique, presque enfantin, d'Obsession. Le réalisateur Curry Barker s'empare de ce vieux fantasme pour le transformer en un cauchemar total. Sur le papier, l'idée du vœu qui tourne mal a été vue mille fois. On pense aux contes moraux où chaque souhait se paye au prix fort. Pourtant, le film réussit à surprendre là où on ne l'attendait pas, en installant un malaise lourd qui s'incruste sous la peau. L'histoire se concentre sur Bear, un mec ultra introverti, incapable d'aligner trois mots devant Nikki, la fille qu'il aime en secret depuis une éternité.
Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !
Un jour, un vœu étrange vient bousculer le statu quo et rapproche enfin les deux jeunes gens. La romance maladroite espérée vire très vite à la relation étouffante, toxique, puis au thriller psychologique pur et dur. On quitte rapidement le terrain de la comédie romantique pour plonger dans une ambiance poisseuse. La grande force du long-métrage réside dans son atmosphère sonore et visuelle. Le réalisateur maîtrise l'art de mettre mal à l'aise en jouant sur les contrastes. On passe de silences de mort à des explosions de bruit qui font sursauter sans prévenir. Curry Barker utilise les ombres, les arrière-plans et la lumière pour donner à Nikki une présence presque spectrale.
Le film n'a pas besoin de multiplier les jump scares faciles pour terrifier. Il préfère distiller une angoisse diffuse, une sensation d'inconfort permanent qui fonctionne bien mieux qu'un monstre caché dans un placard. Visuellement, le manque de budget se fait parfois sentir, mais l'équipe compense par une vraie créativité dans la mise en scène. Le travail sur les cadres et la photographie nocturne apporte un côté hypnotique. Certaines séquences rappellent l'esthétique de It Follows, notamment cette façon de transformer une silhouette familière au bout de la rue en une menace terrifiante. C'est simple, épuré, et redoutablement efficace pour installer l'angoisse avec trois fois rien.
L'ensemble tient debout grâce à la performance d'Inde Navarrette. L'actrice livre une prestation habitée dans le rôle de Nikki. Elle bascule doucement de la fille sympa et attachante à une figure instable et flippante. Son regard change, ses expressions se figent, et sa voix devient imprévisible. Même quand le scénario pousse le bouchon un peu trop loin dans l'excès, elle réussit à garder une étincelle d'humanité qui rend la folie de son personnage encore plus dérangeante. En face, Michael Johnston incarne Bear avec une fragilité touchante, mais son personnage risque de diviser le public.
Bear est d'une passivité déconcertante. Face à une situation qui devient dangereuse en un clin d'œil, il prend des décisions absurdes et ferme les yeux sur des signaux d'alarme énormes. C'est le gros point noir de l'écriture. Il faut accepter que le héros soit d'une naïveté confondante pour que l'intrigue avance, ce qui demande un gros effort de crédibilité par moments. Cette frustration fait pourtant partie du message. Le film explore l'isolement affectif et ce besoin viscéral d'être aimé, quitte à accepter l'inacceptable. Il montre comment la dépendance affective peut détruire quelqu'un de l'intérieur. Le ton du film oscille d'ailleurs de manière surprenante, oscillant entre de l'humour très noir et de l'horreur psychologique pure.
Ce mélange des genres fonctionne plutôt bien, même si on sent parfois une hésitation sur la direction à prendre. Le rythme pourra en décourager certains. Obsession prend son temps, s'attarde sur des moments de silence gênants pour accentuer le malaise, quitte à étirer inutilement certaines scènes. Le scénario souffre aussi de quelques pistes narratives lancées à la va-vite puis abandonnées en cours de route, comme si le réalisateur avait oublié des morceaux en chemin. Pourtant, la sauce prend. On a envie de voir jusqu'où cette descente aux enfers va mener les personnages. La tension ne relâche jamais vraiment la pression grâce à la qualité du duo d'acteurs et à une ambiance sonore soignée.
Le film s'amuse à piéger le spectateur en détournant les codes des amours adolescentes pour en faire une prison psychologique étouffante. Au niveau des frissons, le long-métrage distille quelques scènes gores et des séquences malaisantes sans jamais chercher le choc gratuit. Curry Barker privilégie la tension mentale au dégoût visuel. Ce choix s'avère payant et colle parfaitement au sujet. Obsession n'est pas exempt de défauts, le script manque de cohérence par instants et le rythme s'essouffle parfois, mais la proposition reste solide, singulière et assez marquante pour hanter l'esprit après le générique de fin. Surtout pour une production Blumhouse. La maison de production propose enfin un film d’horreur original qui change de tous les films interchangeables qu’ils ont pu proposer ces dernières années.
Note : 6.5/10. En bref, malgré un scénario parfois incohérent et un héros exaspérant de naïveté, Obsession réussit à instaurer un malaise total grâce à son ambiance poisseuse et la performance flippante d'Inde Navarrette. Ce thriller psychologique détourne habilement les codes de la romance adolescente pour offrir une descente aux enfers imparfaite mais redoutablement dérangeante.
Sorti le 13 mai 2026 au cinéma
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