Man on Fire (Saison 1, épisodes 3 et 4) : moins de blabla, plus de dégâts

Man on Fire (Saison 1, épisodes 3 et 4) : moins de blabla, plus de dégâts

Après deux premiers épisodes qui prenaient le temps de poser les bases du complot et de filmer les premiers pas de la relation entre John Creasy et Poe, Man on Fire change de vitesse. Avec les épisodes 3 et 4 de cette première saison, la série Netflix quitte le simple récit de cavale pour basculer dans quelque chose de beaucoup plus viscéral et personnel. L’enquête avance d'un coup, les masques tombent et Creasy commence à faire vraiment peur. Ce virage à 180 degrés se fait sentir dès l’ouverture de l’épisode 3. On comprend vite que le héros est désormais prêt à franchir des lignes rouges qu’il tentait tant bien que mal de respecter jusqu’ici. 

 

La mise en scène de sa propre mort et de celle de Poe donne immédiatement le ton. C'est un coup de bluff idéal pour reprendre l’ascendant psychologique sur ses adversaires et lancer une traque impitoyable contre Osmar. Depuis le lancement de la saison, le show insiste lourdement sur le passif traumatique de Creasy. Mais ici, cette souffrance n'est plus un frein, elle devient son arme principale. Il ne s’agit plus seulement de mettre Poe à l’abri ou de démêler le vrai du faux après l’attentat. Creasy bascule en mode guerrier, et chaque information doit sortir, peu importe la méthode employée. Yahya Abdul-Mateen II s'impose vraiment dans le rôle avec une présence physique impressionnante. 

Sa version de Creasy est moins froide et monolithique que celle de Denzel Washington à l'époque, mais elle s'avère beaucoup plus imprévisible. Un simple regard noir ou un silence pesant suffisent à faire comprendre que le mec peut exploser à tout moment. L’épisode 3 mise à fond sur cette tension permanente. La traque d'Osmar nous plonge dans une ambiance étouffante au cœur des rues de Rio. Les séquences d’infiltration marchent super bien parce que la réalisation privilégie la tension poisseuse et les décors confinés plutôt que de l'action grand spectacle hollywoodienne. Les combats sont crades, rapides et un peu chaotiques, ce qui colle parfaitement à l'identité visuelle de la série.

 

Pendant ce temps, le scénario n’oublie pas Poe et refuse d'en faire une éternelle demoiselle en détresse. Ses scènes dans la favela aux côtés de Livro ralentissent le rythme général, mais elles apportent une vraie épaisseur à l'adolescente. On observe une gamine qui essaie tant bien que mal de s'accrocher à un semblant de quotidien dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes. Tout n'est pas parfait pour autant. Si le duo entre Poe et Livro fonctionne bien à l'écran, certains dialogues se révèlent un peu trop lourds et explicatifs, ce qui a tendance à casser la dynamique de l'intrigue principale. On sent que la production cherche constamment le compromis idéal entre les scènes d'action pures et le drame intime, mais le dosage manque parfois de finesse.

Heureusement, le personnage de Melo gagne en relief. Elle incarne la boussole morale de l'histoire et nous montre un autre visage de Rio, loin des barbouzes de la CIA et des cartels. Sa vie de tous les jours rappelle aux spectateurs que les dégâts collatéraux touchent des innocents qui n'ont rien demandé. Son projet de quitter le pays avec sa fille rend ses choix et son implication beaucoup plus touchants. L’épisode 4 pousse le curseur de la noirceur encore plus loin en se focalisant sur le face-à-face crucial entre Creasy et Osmar. La série fait le choix malin du huis clos à travers une longue séquence tendue dans une panic room.

 

Pas besoin de grosses explosions ici, tout repose sur les dialogues affûtés, les menaces sourdes et l'instabilité mentale de Creasy. C’est là que le show rappelle une évidence : Creasy n’a rien d’un chevalier blanc. Il utilise la terreur pure et la torture psychologique sans aucun état d'âme pour obtenir ce qu'il veut. La présence du fils d’Osmar pendant ce passage installe un malaise palpable et nécessaire. Le projet ne cherche pas à rendre le héros cool ou héroïque, il filme sa descente aux enfers. En parallèle, le complot politique s'épaissit. Les révélations s'enchaînent autour du FRP, des politiciens corrompus et des secrets de la CIA. 

L'ambition est claire : dépasser le simple film de vengeance pour bâtir un vrai thriller géopolitique, même si certaines ficelles se voient venir de loin. Le retournement de veste concernant Tappan tombe par exemple un peu à plat, tant la série avait semé des indices grossiers depuis le pilote. Malgré ces quelques faiblesses d'écriture, ces deux épisodes font avancer l'histoire efficacement sans trahir les forces du début de saison. Le cœur émotionnel du show reste la relation unique entre Creasy et Poe. C'est ce lien fort qui maintient notre intérêt éveillé au milieu des trahisons familiales et des fusillades. On commence toutefois à voir les limites du format sériel de Netflix. 

 

Par moments, on a la sensation que les scénaristes tirent sur la corde pour meubler et tenir la distance sur l'ensemble de la saison. La fuite de Poe ou certains rebondissements sortent un peu de nulle part, alors que le récit était bien plus percutant quand il restait sobre et direct. Ce syndrome du remplissage gâche un peu le dernier tiers de l'épisode 4. Entre les prises d’otages, les négociations de prisonniers et les retournements de situation en cascade, l'intrigue accumule les événements sans prendre le temps de les laisser respirer. C’est dommage, mais l’univers visuel et le charisme fou des acteurs principaux permettent de rester accroché à l'écran. 

À mi-parcours, cette adaptation de Man on Fire cherche encore son identité entre le drame psychologique, l'action pure et l'intrigue d'espionnage. Le rythme a tendance à faire du surplace par instants, mais l’évolution psychologique de Creasy vaut clairement le détour. Le héros s'éloigne de la justice personnelle pour devenir un homme dévoré par la paranoïa, le regret et une colère noire. Ces épisodes 3 et 4 marquent un cap décisif : le mystère initial s'efface pour laisser place aux dégâts humains. Reste à savoir si la suite saura tenir ce cap sans abuser des raccourcis scénaristiques faciles.

 

Note : 6.5/10. En bref, en faisant basculer son intrigue dans un huis clos étouffant et une traque brutale au cœur de Rio, cette suite de saison montre enfin toute la noirceur d'un John Creasy imprévisible et au bord de la rupture. Malgré quelques longueurs typiques des productions Netflix et des seconds rôles parfois trop bavards, l'évolution psychologique du duo principal emporte largement l'adhésion.

Disponible sur Netflix

 

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