5 Mai 2026
Par alliance // De Gerardo Naranjo. Avec Adrián Vazquez, Jero Medina et Verónica Bravo.
Quand on lance Par alliance, le titre nous envoie sur une piste un peu facile. On s'attendrait presque à une énième comédie de mariage, avec ses quiproquos familiaux et ses déjeuners du dimanche qui tournent mal. Mais le film prend rapidement un virage à 180 degrés pour nous plonger dans les eaux troubles de la politique et des petits arrangements. Sur le papier, l'idée de voir un opportuniste gravir les échelons par la petite porte est séduisante. Dans les faits, le voyage est beaucoup moins exaltant qu'on l'espérait. On suit donc José Sánchez, un type qui ne manque pas d'air et qui semble avoir fait de la tchatche sa principale compétence professionnelle.
Après avoir traversé une période difficile dans ses affaires, José Sánchez se transforme en El Serpiente, un stratège politique impitoyable. Pour conserver son pouvoir, il doit conclure un ultime accord et cette fois, son charme ne suffira peut-être pas à le tirer d’affaire.
Il parle beaucoup, il se vend encore plus, et il finit par se réinventer sous un pseudonyme aux accents presque mythologiques : "El Serpiente". Ce basculement vers la politique aurait dû être le moment où le film décolle vraiment. On attendait de voir comment ce personnage allait se transformer, comment son ambition allait dévorer ses principes. Malheureusement, le scénario semble pressé de passer à la suite. La métamorphose de José manque cruellement de relief et de nuances. On a l'impression que le personnage devient un manipulateur en un claquement de doigts, sans que l'on comprenne vraiment le cheminement psychologique derrière ce changement radical.
Le film tente de jongler avec plusieurs genres sans jamais vraiment en attraper un au vol. On oscille entre la comédie de situation et la satire politique mordante, mais le dosage ne fonctionne pas. L'humour est l'un des points faibles de l'ensemble. Il repose souvent sur le ridicule, mais les gags ont tendance à tomber à côté. On sent une volonté d'être incisif, de pointer du doigt les travers du pouvoir, mais le trait est soit trop épais, soit trop timide. Le film n'ose jamais aller au bout de sa logique absurde, ce qui laisse une sensation de demi-mesure assez frustrante. Pourtant, le décorum politique est une mine d'or pour qui sait l'exploiter. Les alliances de couloir et les trahisons feutrées auraient pu offrir des scènes de tension mémorables.
Ici, on survole les enjeux. Les négociations et les coups bas se succèdent de manière un peu mécanique, sans qu'on ressente jamais un véritable danger pour les protagonistes. Visuellement, le constat est similaire. C'est propre, c'est bien filmé, mais c'est terriblement sage. La mise en scène est fonctionnelle, elle illustre le propos sans jamais essayer de créer une ambiance ou une identité forte. Les bureaux de ministères et les salles de réunion se ressemblent tous, et même les moments clés du récit manquent de ce petit grain de folie ou d'énergie qui aurait pu sauver les meubles. Un élément finit par attirer toute l'attention, presque par dépit : la moustache de José.
Elle devient un personnage à part entière, un symbole de son nouveau statut, mais c'est révélateur d'un vide narratif quand un accessoire de maquillage devient plus mémorable que les dialogues eux-mêmes. L'écriture, justement, est en dents de scie. Par moments, on croise des répliques qui sonnent juste, des échanges où les non-dits et l'hypocrisie transpirent de façon crédible. Mais ces fulgurances sont noyées dans des tunnels de dialogues assez répétitifs. Le film semble bégayer, reprenant les mêmes idées plusieurs fois sans jamais les approfondir. Cela pèse sur le rythme global de l'œuvre. Si le début prend son temps pour installer les personnages, la seconde partie s'embrouille dans des transitions brutales et des séquences qui s'étirent inutilement.
Le plus regrettable reste sans doute l'absence totale d'émotion. José Sánchez est un personnage qu'on observe de loin, avec une certaine froideur. Son évolution vers un cynisme assumé est logique, mais elle nous coupe de toute empathie. On regarde ses magouilles sans vraiment s'en soucier, car les enjeux personnels ne sont jamais assez développés pour nous toucher. Ses relations avec les personnages secondaires sont à peine esquissées. On devine qu'il y a du potentiel chez certains alliés ou adversaires, mais le film ne leur laisse jamais l'espace nécessaire pour exister vraiment. Ils ne sont que des silhouettes au service d'un récit qui tourne en rond.
En fin de compte, Par alliance laisse un goût d'inachevé. Ce n'est pas un mauvais film au sens strict, car il y a des idées et une certaine ambition de départ. C'est simplement une œuvre qui ne va pas au bout de ses promesses. En voulant tout embrasser (la comédie, le drame, la satire) le réalisateur finit par perdre le fil de son histoire. On terme le film avec l'impression d'avoir vu une esquisse, un brouillon qui aurait mérité plus de mordant et une direction plus affirmée. C'est une proposition qui s'oublie malheureusement aussi vite qu'elle a commencé, faute de consistance et de courage narratif.
Note : 4/10. En bref, Par alliance laisse un goût d'inachevé. Ce n'est pas un mauvais film au sens strict, car il y a des idées et une certaine ambition de départ. C'est simplement une œuvre qui ne va pas au bout de ses promesses. En voulant tout embrasser le réalisateur finit par perdre le fil de son histoire.
Sorti le 1er mai 2026 directement sur Netflix
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog