21 Mai 2026
Reckless // De Elliott Montello. Avec Scott Adkins, Vinnie Jones et Nicole Deon.
Le cinéma criminel britannique a ses classiques, et visiblement, Reckless a passé beaucoup de temps à les regarder. En débarquant dans l'univers bien balisé du polar londonien, avec ses truands bavards et ses règlements de comptes qui piquent, le réalisateur ne cache pas ses influences. On pense tout de suite au style de Guy Ritchie. C'est un cocktail de comédie noire, de braquage foireux et d’action. Le résultat final se laisse regarder tranquillement, même si l'histoire ne réinvente jamais la poudre. Ce qui donne envie de lancer le film, c'est clairement son affiche.
Un ancien détenu en liberté conditionnelle doit déjouer la police pour obtenir sa part d'un ancien vol.
Retrouver Scott Adkins aux côtés de la figure historique Vinnie Jones, c'est le genre de promesse qui réveille la curiosité de n'importe quel amateur de série B. Le film ne va pas bousculer le genre, mais il remplit son contrat principal en offrant un moment de divertissement plutôt efficace. L’histoire choisit la carte de la simplicité. On suit Devon, un petit voyou loin d'être un génie du crime. Après un braquage qui tourne mal, ses propres partenaires le doublent proprement. Ses complices s'enfuient avec le magot pendant que lui se fait attraper et passe plusieurs années derrière les barreaux. À sa sortie de prison, Devon n'est même pas animé par une rage de vengeance destructrice.
Il veut juste récupérer l'argent qui lui revient. Évidemment, ses anciens amis ne l'entendent pas de cette oreille. Les retrouvailles virent rapidement au fiasco et les cadavres commencent à s'empiler dans les rues de Londres. Le scénario utilise des mécaniques très classiques. Le détenu qui sort de cellule, le magot caché, le boss de la pègre qui gère son business, le flic tenace qui distribue les coups de pression et les courses-poursuites urbaines... Tous les codes indispensables du film de gangsters anglais répondent présent. Le vrai problème vient de cette sensation constante de déjà-vu qui plane sur de nombreuses séquences.
Le long-métrage essaie de désamorcer cela en misant sur l'humour absurde et les dialogues ironiques. Le bât blesse un peu ici : si certaines vannes font mouche, d’autres tombent complètement à plat. Toute la partie humoristique qui tourne autour de la vie en prison devient lourde à force d'être répétée tout au long du récit. La bonne surprise du film vient de la prestation de Scott Adkins. L'acteur choisit de calmer un peu le jeu sur ses compétences martiales habituelles pour se concentrer sur la comédie et le jeu d'acteur. Son personnage n'est pas une machine de guerre invincible qui distribue les high-kicks. C'est plutôt un pauvre type un peu paumé, parfois maladroit, et carrément dépassé par la tournure des événements.
Adkins parvient à rendre ce personnage attachant grâce à un humour involontaire et un côté un peu naïf. Ce ne sera pas le rôle de sa vie, mais cela prouve qu'il peut exister à l’écran en dehors des purs films de combat. Les amateurs d'action pure risquent d'ailleurs d'être surpris par le faible nombre de bastons. Les scènes de combat sont plus rares que prévu et certains fans purs et durs de l'acteur resteront sur leur faim. Pourtant, quand les personnages décident enfin de régler leurs comptes physiquement, le résultat est convaincant. On retrouve cette brutalité sèche et nerveuse propre au style d'Adkins. Les chorégraphies sont propres, lisibles et percutantes, même si le montage un peu haché gâche parfois la fluidité des mouvements.
Du côté des seconds rôles, Vinnie Jones fait exactement ce qu’il sait faire de mieux. En parrain du crime autoritaire, il recycle ses personnages habituels. Ce n’est pas original pour un sou, mais sa simple présence physique impose tout de suite une ambiance. Autour de lui, le film gravite avec une galerie de personnages secondaires étranges, à l'image de cet ancien compagnon de cellule complètement instable qui apporte une bonne dose de folie à l'intrigue. Dommage que le niveau global des acteurs soit si inégal. Certains comédiens semblent réciter leur texte sans y croire, ce qui gâche un peu la crédibilité des scènes plus sérieuses. Heureusement, le rythme général reste assez soutenu pour ne pas perdre le spectateur en route.
La mise en scène lorgne tellement du côté de Snatch ou de Arnaques, Crimes et Botanique que cela en devient presque déroutant. Narration stylisée, personnages très caricaturaux, répliques rapides, intros graphiques et humour noir... On coche toutes les cases du cahier des charges de Guy Ritchie. Les séquences animées du début de film surprennent un peu. Elles installent tout de suite une ambiance excentrique. Au départ, ce choix visuel associé à une musique lourde peut sembler forcé et agaçant. Finalement, avec le temps, cette identité visuelle un peu kitsh finit par donner un certain charme au projet. Le vrai point noir est que Reckless a du mal à exister par lui-même.
On ressent constamment le poids des influences, ce qui empêche le film de proposer de vraies bonnes idées originales ou des rebondissements marquants. C'est le type même du film de streaming idéal pour un dimanche soir où l'on n'a pas envie de réfléchir. Ce ne sera pas le film de l'année, mais le duo principal fonctionne assez bien pour passer un moment sympa. Les fans de polars britanniques et de héros un peu bancals y trouveront leur compte. Les autres n'y verront qu'une copie correcte de classiques déjà bien mieux réalisés par le passé. Sans être un chef-d'œuvre, Reckless reste un petit film d’action honnête et sans prétention.
Note : 5/10. En bref, Reckless est un polar britannique classique et sans surprise qui recycle les codes du cinéma de Guy Ritchie, porté par un duo sympathique entre Scott Adkins et Vinnie Jones. Malgré un scénario prévisible et un humour parfois lourd, ce film d'action sans prétention offre un divertissement honnête et rythmé, idéal pour une soirée streaming.
Prochainement en France en SVOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog