Euphoria (Saison 3, épisode 5, « The Little Piggy ») : le spectacle a-t-il bouffé l'émotion ?

Euphoria (Saison 3, épisode 5, « The Little Piggy ») : le spectacle a-t-il bouffé l'émotion ?

L’épisode 5 de cette saison 3 vient de tomber et il confirme ce que je pressentais depuis quelques semaines : Euphoria a changé de visage. La série semble avoir troqué ses tripes et son intimité contre une débauche de visuels chocs. C’est beau, c’est léché, mais est-ce que ça raconte encore quelque chose de vrai ? J’ai parfois l’impression que les personnages s’effacent derrière une mise en scène qui cherche désespérément à nous en mettre plein la vue. Depuis le début de la saison, Cassie bouffe l’écran. Cet épisode pousse le curseur encore plus loin, en faisant de son ascension dans le milieu du X et de l’influence le pilier du récit. 

 

On connaissait sa dépendance maladive au regard des autres, mais là, on change de dimension. Elle ne cherche plus l’amour de Nate ou la validation de ses potes ; elle veut du clic, de l’argent et une présence numérique permanente. C’est excessif, presque étouffant. Le passage qui symbolise parfaitement cette dérive, c’est cette séquence onirique où elle devient une géante déambulant dans Hollywood. Visuellement, c’est une claque, rien à dire là-dessus. Sam Levinson sait filmer, on le sait. Mais j’ai eu l’impression de regarder une autre série. Là où les premières saisons jonglaient avec finesse entre le réel et le fantasme, cette saison 3 fonce dans la provocation pure, quitte à perdre l’équilibre en chemin.

 

Cette quête du choc visuel se fait souvent au détriment de la profondeur. Prenez Nate, par exemple. Le mec qui était autrefois le manipulateur le plus terrifiant et complexe de la télé semble aujourd’hui complètement vidé de sa substance. Son arc narratif se résume désormais à une suite d’humiliations et de situations absurdes. Il est devenu passif, accro au compte en banque de Cassie, incapable de voir le coup d’après. C’est frustrant de voir un personnage aussi fort être réduit à un simple accessoire de malaise. Heureusement, Maddy relève le niveau. C’est peut-être elle qui s’en sort le mieux cette saison. Sa relation avec Cassie a enfin passé le stade de la trahison hurlante pour devenir quelque chose de plus froid, de plus stratégique. 

 

Maddy a compris les règles du nouveau jeu de Cassie et elle compte bien en tirer profit. Ses scènes avec Alamo sont, pour moi, les meilleures de l’épisode. Pourquoi ? Parce qu’elles respirent. Il n’y a pas besoin d’effets spéciaux ou de caméras qui tourbillonnent : une tension discrète, des dialogues simples et un rapport de force sous-jacent suffisent à recréer l’étincelle des débuts. Le constat le plus triste, c’est la place de Rue. Zendaya, qui portait littéralement la série sur ses épaules, semble ici reléguée au second plan. Elle erre d’une galère à l’autre sans qu’on ressente une véritable progression. La scène finale, où on la retrouve enterrée jusqu’au cou dans un terrain vague, essaie de nous faire peur, mais le ressort est usé. 

 

À force de mettre Rue dans des situations de danger de mort toutes les deux semaines, le suspense s’évapore. On connaît la chanson : survie, répit, nouveau drame. Même chose pour Jules et Lexi. Jules fait de la figuration dans des scènes qui tournent en rond, alors que son duo avec Rue était le cœur battant du show. Quant à Lexi, après avoir brillé en saison 2, elle redevient la "sœur de", boudeuse et coincée dans des vieux schémas familiaux qu’on a déjà vus cent fois. Au final, on a une série qui veut se réinventer en piochant dans le western ou le film de gangsters, mais qui oublie de soigner ses habitants. L’esthétique est reine, mais l’émotion est en option. 

 

Pourtant, malgré mes critiques, je sais que je serai là la semaine prochaine. On a passé trop de temps avec eux pour décrocher maintenant. On reste par curiosité, pour voir jusqu’où le chaos va les mener. Il ne reste que quelques épisodes pour redresser la barre. Est-ce que la saison 3 va réussir à réinjecter un peu d’humanité dans ce grand barnum visuel ? J’ai envie d’y croire, mais le temps presse.

 

Note : 4/10. En bref, l’épisode 5 confirme que la série privilégie désormais le spectacle visuel et la provocation au détriment de la profondeur émotionnelle et du développement de ses personnages historiques. Si l'esthétique reste impressionnante, notamment avec l'ascension délirante de Cassie, le récit s'égare dans des situations extrêmes qui finissent par créer une distance regrettable avec Rue et son entourage.

Disponible sur HBO max

 

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