29 Mai 2026
Soft Leaves // De Miwako van Weyenberg. Avec Lill Berleloot, Geert Van Rampelberg et Masako Tomita.
Avec Soft Leaves, la réalisatrice belge Miwako Van Weyenberg nous livre un premier long-métrage intimiste qui explore l’enfance, le deuil et les fêlures familiales. Présenté dans plusieurs festivals européens, le film mise à fond sur une approche contemplative et sensorielle. Sur le papier, le projet avait tout pour me plaire. Une adolescente perdue entre deux cultures, un drame familial traité avec une grande sobriété, et cette ambiance mélancolique portée par les silences et la nature. Pourtant, malgré une vraie sensibilité et de magnifiques idées de mise en scène, je suis ressorti de la projection avec un sentiment de frustration assez persistant.
Yuna, 11 ans, vit avec son père Julien, entraîneur de saut en hauteur, avec qui elle s’entend bien. Lorsque Julien fait une mauvaise chute et est hospitalisé, Yuna se retrouve seule avec Kai, son frère aîné. Leur petit monde va voler en éclats quand leur mère, accompagnée de leur demi-soeur, arrive du Japon pour s'occuper d'eux.
L'histoire nous plonge dans le quotidien de Yuna, une adolescente belgo-japonaise qui vit seule avec son père en Belgique. Alors que les vacances approchent, elle prépare un road-trip en camping à travers les forêts allemandes. Mais un accident bête vient tout faire basculer lorsque son père tombe dans le coma après une mauvaise chute. En l’espace de quelques heures, tous ses repères s'effondrent. Son grand frère revient d’Allemagne en urgence pour la soutenir, tandis que sa mère, évaporée depuis des années et refaisant sa vie au Japon, réapparaît soudainement avec sa nouvelle famille sous le bras.
À partir de cet événement, Soft Leaves se transforme en portrait d’une gamine qui essaie tant bien que mal de reconstruire son équilibre dans un monde devenu soudainement étranger. La réalisatrice parle de déracinement, d’identité culturelle et d’acceptation. Yuna se retrouve coincée entre plusieurs mondes, oscillant entre l’enfance qu’elle quitte malgré elle, une mère qu’elle n'a jamais vraiment connue, et une réalité brutale qu’elle refuse d'affronter. Ce qui frappe dès les premières minutes, c'est l'ambiance visuelle et sonore du film. La photographie est d'une beauté remarquable. Les plans en forêt, le bruit du vent dans le feuillage, le chant des oiseaux et les longues plages de silence installent une atmosphère étrangement apaisante.
La caméra prend le temps de se poser, cherchant à capter des micro-émotions plutôt que de grands éclats dramatiques. Certaines images marquent l'esprit, surtout quand Yuna se réfugie en pleine nature ou se mure dans ses propres dessins pour échapper au réel. Le souci, c’est que cette volonté de contemplation finit par enfermer le film. Soft Leaves avance à un rythme si lent que de nombreuses scènes donnent l'impression de faire du surplace. Je comprends parfaitement l’intention de la réalisatrice, qui cherche à nous faire ressentir le vide, l’attente et ce flottement émotionnel propre au deuil. Mais à force de trop retenir ses effets, le long-métrage manque cruellement de relief.
On en vient à enchaîner des séquences qui répètent la même note émotionnelle sans jamais faire progresser les personnages ou l'intrigue. C’est vraiment regrettable car il y avait un terreau incroyable pour creuser le choc culturel et le retour complexe de cette mère absente. Malheureusement, la relation entre Yuna et sa mère reste toujours sur la réserve, presque trop polie. Le scénario préfère empiler de petits instants du quotidien plutôt que de provoquer une véritable confrontation humaine. Le film s'enferme alors dans une pudeur constante qui engendre une vraie passivité pour le spectateur. Heureusement, le personnage de Yuna tient debout grâce à la performance de Lill Berteloot.
Pour son tout premier rôle au cinéma, la jeune actrice s'en sort de manière très convaincante. Son jeu passe énormément par les regards, la gestion des silences et les expressions de son visage. Elle dégage un naturel désarmant qui colle parfaitement au ton recherché. Même quand le scénario flanche ou manque de punch, elle maintient une sincérité constante à l'écran. Le reste de la distribution se révèle en revanche beaucoup plus inégal. Si Geert Van Rampelberg apporte une belle présence lors des rares scènes précédant son accident, les dialogues post-drame sonnent souvent faux. Les échanges entre le frère et la sœur manquent cruellement de spontanéité.
On a trop souvent l’impression d’entendre des répliques écrites pour surligner les thèmes profonds du film plutôt que des conversations de la vraie vie. C’est sans doute là que Soft Leaves touche à ses propres limites. Le projet se veut profondément intime, presque thérapeutique, mais cette dimension autobiographique l’enferme dans un scope trop intérieur. Beaucoup de scènes ressemblent à des souvenirs précis ou à des sensations propres à la cinéaste, mais la transition vers l'écran ne se fait pas totalement, échouant à rendre ces moments universels ou réellement percutants pour le public. Pour autant, je ne considère pas ce film comme un échec.
On ressent une immense douceur dans la manière de film la solitude et le monde de l'enfance. Contrairement à une tonne de drames familiaux contemporains qui sortent les violons pour arracher des larmes, Soft Leaves choisit la carte de la discrétion absolue. Cette pudeur saura sans doute toucher un public adepte de récits minimalistes et de tranches de vie contemplatives. De mon point de vue, cette délicatesse extrême transforme le film en une œuvre un peu trop lisse. Même les séquences clés, censées nous bouleverser, restent étonnamment sages et contenues. Le récit manque d'aspérités, de pics de tension et d'un souffle dramatique qui emporte tout sur son passage. À maintes reprises, j'ai eu le sentiment tenace que le film refusait d'aller au bout de ses propres propositions et de bousculer ses personnages.
Note : 6/10. En bref, Soft Leaves reste un premier essai prometteur pour Miwako Van Weyenberg. Il prouve qu'elle possède un sens inné de l'esthétique, du cadre et un regard d'une grande justesse sur la jeunesse métisse. Le film brille par ses qualités visuelles et sa sincérité, mais il souffre aussi d'un problème majeur de rythme et d'une écriture trop timide. Un drame délicat, parfois attachant, mais qui laisse le goût amer d'un potentiel à moitié exploité.
Prochainement en France
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