15 Mai 2026
On reprend les mêmes et on recommence, mais avec un peu plus de plomb dans l'aile. Après une première saison qui posait les bases de cette amitié masculine à Amsterdam, la saison 2 de Les Coqs (ou Haantjes pour les puristes, même si ici on suit nos quatre quadras préférés) décide de creuser là où ça fait mal. On retrouve Mike, Ivo, Daan et Greg, toujours aussi perdus dans les méandres de la quarantaine. Si la première salve d'épisodes servait d'introduction et copait la série espagnole presque plan par plan, ces huit nouveaux chapitres s'attaquent frontalement aux conséquences.
C'est fini le temps où l'on pouvait rejeter la faute sur la jeunesse ou l'inexpérience ; ici, les choix pèsent lourd, et les erreurs se paient cash. Ce qui frappe d'entrée, c'est cette incapacité chronique qu'ont les personnages à communiquer. La série saisit avec une précision chirurgicale ce réflexe très masculin de détourner la conversation vers des sujets techniques ou logistiques dès que l'émotion pointe le bout de son nez. On parle de bagnoles, de boulot ou de plans foireux pour ne pas avoir à dire « je ne sais plus où j'en suis ». C’est le cœur battant de la série : cette zone d’inconfort où le silence en dit souvent plus long qu’un grand discours. Mike reste l’ancrage du groupe, celui auquel on s’identifie le plus facilement.
Sa peur de devenir obsolète, que ce soit professionnellement ou dans sa vie de famille, transpire à chaque plan. Il essaie de garder la face, de jouer les chefs d’orchestre alors qu’il n’a plus de partition. Ses moments de solitude face au miroir ou ses tentatives désespérées pour rester dans le coup sont à la fois gênants et profondément touchants. La série réussit l'exploit de ne pas en faire une caricature de crise de la quarantaine, mais plutôt une lente érosion de ses certitudes. Du côté d’Ivo, l’écriture gagne en épaisseur. Son couple bat de l'aile, et sa maladresse émotionnelle devient presque un personnage à part entière.
On sent que ces types savent qu’ils doivent changer, qu’ils ne peuvent plus avancer avec les mêmes logiciels qu'à vingt ans, mais le mode d'emploi leur manque. C’est cette contradiction permanente (vouloir évoluer sans savoir par quel bout commencer) qui crée les situations les plus savoureuses de la saison. Le duo Daan et Greg apporte toujours ce contrepoint indispensable. L’un cogite jusqu’à la paralysie, l’autre fonce dans le mur avec un enthousiasme débordant. Cette dynamique de groupe est l’une des plus authentiques vues récemment à l’écran. Les dialogues ne sonnent jamais écrits pour la télé.
Ça se coupe la parole, ça se vanne méchamment, ça se juge, mais au fond, on sent cette solidarité indéfectible qui n'a pas besoin de mots. Il faut aussi souligner la place des femmes dans cette saison. Loin d’être de simples faire-valoir, elles servent souvent de miroir impitoyable à la bêtise ou à l'indécision des protagonistes. Merel, notamment, prend une dimension plus dure, plus directe, contrastant avec un Greg qui tente, tant bien que mal, de se reconnecter à sa propre sensibilité. Ce basculement des rôles évite à la série de tourner en rond dans un entre-soi masculin qui aurait pu devenir étouffant. Visuellement, on reste sur quelque chose de très organique.
Amsterdam n'est pas filmée comme une carte postale pour touristes, mais comme un décor de vie quotidien, parfois gris, souvent encombré. Cette sobriété dans la mise en scène permet de laisser de la place aux acteurs. La réalisation n’essaie pas de voler la vedette au récit ; elle accompagne simplement ce chaos ordinaire avec une retenue bienvenue, même dans les moments les plus pathétiques. Tout n’est pas parfait pour autant. On peut regretter une certaine répétitivité dans la structure de certains épisodes en milieu de saison. Le schéma mensonge, quiproquo, malaise, réconciliation finit par se voir un peu trop. De même, l’intrigue amoureuse de l’un des personnages avec une femme beaucoup plus jeune manque un peu de souffle et de crédibilité.
On comprend l’idée de base — le besoin de validation et la peur de vieillir — mais l’exécution semble un cran en dessous du reste des interactions du groupe. Malgré ces quelques longueurs, notamment une scène de karaoké qui s'étire un peu trop, la saison 2 de Les Coqs confirme qu’elle est bien plus qu’une simple comédie de potes. C’est une observation lucide et souvent tendre sur le fait de grandir sans forcément mûrir. On finit par s’attacher à ces quatre grands enfants qui, malgré leurs défauts et leurs décisions absurdes, essaient juste de garder la tête hors de l'eau. Une suite solide, qui ne révolutionne rien mais qui fait un bien fou par sa sincérité.
Note : 6/10. En bref, malgré ces quelques longueurs, notamment une scène de karaoké qui s'étire un peu trop, la saison 2 de Les Coqs confirme qu’elle est bien plus qu’une simple comédie de potes. C’est une observation lucide et souvent tendre sur le fait de grandir sans forcément mûrir.
Disponible sur Netflix
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