22 Mai 2026
Le final de la saison 1 de Man on Fire montre à quel point la série a changé de visage en cours de route. On a commencé avec une traque intense, on a bifurqué vers le thriller politique et les alliances de fortune dans les favelas de Rio, et on débarque enfin au bout du chemin. Pour ce dernier épisode, le scénario range un peu ses dossiers d'enquête pour se focaliser sur l'essentiel. On retrouve John Creasy là où on l'attendait, bien décidé à nettoyer le paysage et à faire payer ceux qui ont brisé des vies pour couvrir leurs propres magouilles. Depuis le premier épisode, la série nous rappelle régulièrement que Creasy avance avec le poids de son passé.
Dans ce final, cette introspection passe clairement au second plan à cause de l'urgence de la situation. Il faut dire que les dernières révélations ont redistribué les cartes. On a compris que le FRP n'était qu'un pion dans les mains de Carmo, Soares et Tappan pour manipuler l'opinion après l'attentat. Face à ce mur, Creasy décide de piéger ses adversaires à leur propre jeu. L'introduction du mécanisme du mort, donne une bonne impulsion à l'intrigue. Tappan n'est plus juste le traître qui se cache, c'est un type qui a planifié sa chute. Creasy pige vite qu'éliminer cet agent de la CIA ne réglera rien si le système occulte derrière lui reste debout.
La série utilise alors un faux enregistrement audio comme appât pour forcer Carmo, Soares et Tappan à se découvrir et à faire des erreurs. Cette dynamique fonctionne plutôt bien, notamment parce que la série a réussi à installer un climat de paranoïa étouffant au fil des semaines. On fait face à un pouvoir politique prêt à toutes les bassesses pour sauver les apparences, quitte à placarder la tête de Creasy partout en le faisant passer pour le terroriste de service. Le héros avance constamment sur un fil rouge, traqué de tous les côtés, ce qui maintient une tension permanente. Tout n'est pas parfait pour autant, et ce final traîne les mêmes pieds que la deuxième moitié de la saison.
Le plan de Creasy demande parfois de fermer les yeux sur de grosses facilités. Le fait que des politiciens chevronnés et des agents entraînés foncent tête baissée dans le piège du coffre de banque manque franchement de réalisme. On sent que les scénaristes voulaient presser le pas pour arriver vite à l'affrontement final, quitte à sacrifier la crédibilité des réactions des antagonistes. Heureusement, le virage global de la série permet de digérer ces raccourcis. Depuis quelques épisodes, Creasy n'est plus le loup solitaire du départ. Il s'est entouré d'une petite bande avec Melo, Vico, Livro et Ivan.
Ce choix d'écriture peut déstabiliser ceux qui aimaient l'image du justicier isolé, mais cela apporte un vrai supplément d'âme et de la consistance aux interactions humaines. Dans ce groupe, Melo s'impose comme le meilleur second rôle de la saison. Elle ne se contente pas de faire de la figuration ou de servir d'outil pour faire avancer l'histoire. Elle apporte un vrai regard extérieur sur Creasy, ce qui permet de gratter un peu sa carapace de bloc de colère traumatisé pour y injecter de l'humanité. La série n'oublie pas Poe et tente de lui offrir une vraie trajectoire. Longtemps coincée entre le statut de victime impuissante et celui de personnage actif, elle trouve ici un juste milieu.
Sa confrontation avec Soares montre qu'elle a retenu les leçons de légitime défense de Creasy. C'est amené de manière un peu lourde, mais cela valide son évolution depuis le pilote. Le gros morceau reste évidemment le face-à-face entre Creasy et Tappan. La série construisait cette tension depuis un moment. Le duel marche bien parce qu'il symbolise plus qu'une simple vengeance personnelle. Tappan incarne ce passé militaire et ces dérives institutionnelles qui bousillent Creasy de l'intérieur. Leur combat est sale, violent, sans esthétisation héroïque, ce qui colle parfaitement à la noirceur de la série. Yahya Abdul-Mateen II maintient le navire à flot jusqu'au bout.
Même quand l'écriture abuse des grosses ficelles, sa performance sauve la mise. Il campe un Creasy usé, instable et fragile, loin du super-soldat indestructible des films d'action classiques. La séquence de l'hôpital résume parfaitement les deux facettes de Man on Fire. D'un côté, la tension marche à fond grâce à la mise en scène du chaos et des fusillades en urgence. De l'autre, on a l'impression que les personnages traversent les balles un peu trop facilement. C'est dommage pour une série qui insistait autant sur le prix physique et psychologique de la violence dans ses premiers segments. La conclusion s'avère d'ailleurs très carrée, presque trop.
Carmo est hors d'état de nuire, les crimes de Tappan éclatent au grand jour et Creasy s'en sort blanchi. Cette façon de boucler proprement toutes les lignes narratives donne l'impression de voir le point final d'une mini-série plutôt que le tremplin d'une série au long cours. Pourtant, la toute dernière scène ouvre une porte vers l'avenir lors d'un échange avec la CIA. Évoquer Mexico réveille aussitôt les fantômes du passé de Creasy. Si saison 2 il y a, cette piste laisse espérer un retour à une intrigue plus intime et viscérale, loin des complots politiques parfois trop lourds à digérer de cette année.
Note : 5/10. En bref, ce final est à l'image de la saison : efficace mais irrégulier. Man on Fire réussit ses meilleurs moments quand elle se concentre sur les dynamiques entre Creasy, Poe et Melo. Malgré des facilités évidentes et un coup de mou au milieu de la saison, cette entrée en matière remplit le contrat et garde notre attachement émotionnel intact jusqu'à la dernière minute.
Disponible sur Netflix
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