The Hardacres (Saison 2, 6 épisodes) : une suite plus maîtrisée mais toujours prisonnière de ses facilités

The Hardacres (Saison 2, 6 épisodes) : une suite plus maîtrisée mais toujours prisonnière de ses facilités

Après une première saison qui transformait l’ascension sociale d’une famille ouvrière du Yorkshire en un conte de fées un peu trop beau pour être vrai, The Hardacres revient pour une deuxième fournée de six épisodes. Cette fois, la famille commence enfin à prendre ses marques à Hardacre Hall. Sur le papier, c’était l’occasion idéale d’explorer de vraies tensions et de voir comment ces anciens pauvres gèrent leur fortune face à des aristocrates qui les méprisent. Même si cette suite redresse un peu la barre et s'avère plus agréable à suivre, elle n'ose malheureusement jamais aller au fond des choses. 

 

On reste sur un divertissement pop-corn, très joli à regarder, mais qui manque cruellement de mordant dès qu'il s'agit de parler d'histoire ou de lutte des classes. La marque de fabrique de la série, c’est sa vision ultra-romancée de l’Angleterre de la fin du dix-neuvième siècle. Et cette saison 2 ne change pas une équipe qui gagne. Les Hardacre ont beau vivre dans un château immense, ils passent leur temps à essayer de s’intégrer dans un monde qui ne veut pas d'eux. Il y avait de quoi faire un drame social piquant, plein de cynisme et de répliques bien senties. Au lieu de ça, la série choisit systématiquement la carte du drame familial gentil, où les conflits se règlent autour d'une tasse de thé.

 

Même quand le scénario tente d'aborder des sujets lourds comme la crise économique, l'échec scolaire ou le rejet social, l'ambiance reste désespérément douce. La gentillesse et la bonne volonté des héros suffisent à balayer toutes les tempêtes. On a parfois l'impression d'observer une version aseptisée et triée sur le volet de l'époque victorienne. Nos personnages traversent des crises, mais le spectateur ne tremble jamais pour eux tant le cadre reste protecteur. Heureusement, un nouveau visage vient bousculer cette routine un peu trop tranquille. L'arrivée de Lady Imelda Hansen apporte enfin le brin de tension qui manquait. 

 

Contrairement aux grands méchants caricaturaux de la première saison, Imelda joue dans la subtilité. Elle n’attaque pas de front, elle préfère manipuler, utiliser les non-dits et distiller des piques passives-agressives avec un sourire poli. Ses face-à-face avec les membres de la famille fonctionnent vraiment bien et offrent de chouettes moments de comédie psychologique. On se dit alors que la série va enfin décoller. Mais l'illusion est de courte durée. Le scénario retombe vite dans ses travers et fait tourner le personnage en rond. Imelda passe son temps à observer et à comploter dans son coin, sans que ses actions n'aient de réel impact sur le long terme. 

 

Sur six épisodes, ce petit jeu entre vieux nobles et nouveaux riches finit par lasser. Le gros point noir de l'écriture réside dans le traitement de la famille Hardacre elle-même. Sam et Mary sont dépeints comme des figures presque saintes, imperméables aux dérives de l'argent facile. Forcément, cela bloque pas mal de pistes dramatiques intéressantes. Quand un personnage fait une erreur ou prend une décision stupide, les scénaristes trouvent toujours une excuse pour lui pardonner dans la foulée ou pour en minimiser les conséquences. Les enfants essaient bien de trouver leur propre voie dans cette nouvelle vie de bourgeois, mais leurs histoires manquent de relief. 

 

Harry, Joe et Liza ont chacun leurs petits soucis quotidiens et leurs amourettes, mais tout cela donne une impression de déjà-vu. Les romances s'enchaînent de manière mécanique, comme si la production cochait simplement les cases obligatoires de la saga de l'époque, sans y injecter de vraie passion. La série souffre d'une écriture très prévisible. On sent trop la volonté de faire pleurer ou de faire vibrer le spectateur avec des scènes calibrées pour l'émotion. Du coup, les résolutions de conflits tombent souvent du ciel, à grand renfort de coïncidences improbables ou de secrets révélés au dernier moment. Les scénaristes semblent terrorisés à l'idée de faire souffrir leurs héros. 

 

Même quand l'intrigue s'assombrit, notamment autour de la santé de Sam, on sait d'avance que tout ira bien. Ce manque de prise de risque casse le suspense. De plus, le format court de six épisodes pousse à accélérer le rythme de manière artificielle. Certaines sous-intrigues apparaissent au début d'un épisode pour être bouclées trente minutes plus tard, sans laisser le temps aux relations d'évoluer de façon crédible. Visuellement, le show reste fidèle à lui-même. C’est propre, c'est soigné, et la lumière chaleureuse donne envie de s’installer au coin du feu avec les personnages. Hardacre Hall a fière allure, et les décors victoriens sont un régal pour les yeux. 

 

Le problème, c'est que cette esthétique renforce le côté artificiel du récit. Tout est trop propre. La pauvreté et la rudesse de la vie ouvrière de l'époque sont totalement gommées par une mise en scène qui ressemble parfois à un dépliant touristique. Même les personnages censés en avoir bavé dans leur jeunesse affichent une mine superbe et ne semblent pas du tout marqués par leur passé. L'introduction de la modernité, comme l'arrivée de l'électricité ou du vélo, apporte une touche amusante, mais cela reste de l'ordre du gadget visuel plutôt qu'un vrai changement de société. 

 

Au final, cette deuxième saison s’en sort un peu mieux que la première grâce à un rythme mieux géré et à un format plus resserré qui évite les longueurs. On ne s'ennuie pas, et les épisodes s'enchaînent tout seuls. Le problème, c'est que la série refuse toujours de creuser ses sujets. La lutte des classes ou l'intégration sociale ne servent que de toile de fond à un mélo familial très grand public. Si vous cherchez un divertissement doudou pour le dimanche soir, The Hardacres fait parfaitement le job. Si vous espériez un grand drame historique capable de bousculer les codes et d'offrir une réflexion profonde sur la société britannique, vous resterez sur votre faim. 

 

La fin de saison prépare déjà le terrain pour une suite, mais après douze épisodes, la série ne sait toujours pas si elle veut être un conte de fées optimiste ou une chronique sociale réaliste. C'est sympa, c'est fluide, mais c'est encore bien trop inoffensif.

 

Note : 4.5/10. En bref, plus fluide et mieux rythmée que la première, cette saison 2 de The Hardacres reste pourtant un divertissement trop lisse qui évite soigneusement de creuser ses thèmes sociaux. Malgré l'arrivée d'une nouvelle rivale plus manipulatrice, la série choisit le confort d'un conte familial prévisible et inoffensif au détriment du réalisme historique.

Prochainement sur France Télévisions

 

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