12 Juin 2026
Le démarrage d'une série dramatique est toujours un exercice délicat. Il faut accrocher le spectateur sans pour autant tout déballer dès les premières minutes. Les deux premiers épisodes de Every Year After relèvent ce défi avec une justesse surprenante. On plonge dans une histoire qui va bien au-delà de la simple romance brisée. C'est avant tout une exploration fine des regrets, du poids des souvenirs et de cette étrange sensation que l'on ressent quand on retourne dans un endroit que l'on a fui des années auparavant. On fait d'abord la connaissance de Percy. Au premier abord, elle mène sa vie d'adulte à cent à l'heure, focus sur son boulot.
Au fil des étés passés à Barry’s Bay, Percy et Sam voient leur amitié se muer en amour. Jusqu’au jour où un choix déchirant les sépare pendant des années, avant que le destin ne les réunisse à nouveau au cours d'un été.
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Mais on comprend vite que derrière cette façade parfaite, une partie d'elle est restée bloquée à Barry's Bay, la ville de son adolescence. Le prétexte de son retour est tragique : les funérailles de Sue. Pourtant, en remettant les pieds là-bas, Percy entame un voyage intérieur bien plus bousculant qu'un simple pèlerinage mémoriel. Elle se retrouve face à un chapitre de sa vie qu'elle a brutalement refermé sans jamais vraiment le digérer. La grande force de ce début de saison réside dans sa structure. La série jongle constamment entre les souvenirs de l'époque et le moment présent. Ce va-et-vient temporel aurait pu être lourd ou perdre le spectateur, mais le montage est tellement fluide que chaque flashback apporte une réponse émotionnelle à ce que traverse Percy aujourd'hui.
On assemble les pièces du puzzle petit à petit, comprenant mieux pourquoi cette coupure a laissé des traces aussi profondes chez elle. Le scénario a le bon goût de ne pas en faire trop. Pas de grands éclats de voix théâtraux ni de larmes faciles. La série brille dans ses moments les plus calmes. Une discussion anodine au bord de l'eau, un vieux réflexe partagé qui refait surface, des gestes du quotidien qui prennent un tout autre sens avec les années. C'est là que le charme opère. La relation entre Percy et Sam crève l'écran par sa simplicité. On sent immédiatement qu'avant d'être des amants ou des ex, ces deux-là étaient des âmes sœurs, des confidents. C'est ce passif qui rend leurs retrouvailles si électriques et pesantes.
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Parfois, les dialogues coupent court et ce sont les silences ou les regards fuyants qui prennent le relais. Les acteurs parviennent à faire passer une foule de non-dits sans prononcer un mot. On ressent aussi une lourde culpabilité qui pèse sur les épaules de Percy. On ne sait pas encore exactement ce qui a causé leur rupture dix ans plus tôt, et ce mystère est super bien entretenu. Mais les conséquences psychologiques sur la jeune femme sont flagrantes. Revenir à Barry's Bay n'est pas une démarche nostalgique de sa part, c'est une confrontation inévitable qu'elle a repoussée pendant une décennie entière. Même si elle n'est plus là, le personnage de Sue plane sur toute l'intrigue. Les souvenirs des personnages nous montrent à quel point elle était le ciment de cette communauté.
Pour ses fils, Sam et Charlie, mais aussi pour Percy, elle représentait un repère, une seconde mère protectrice. Sa disparition crée un vide immense et redéfinit les contours de ce que Percy considérait comme son foyer d'autrefois. Ce deuil n'affecte pas seulement une histoire d'amour, il brise définitivement un sentiment d'appartenance. La série dépeint d'ailleurs très bien les différentes manières de gérer le deuil. Charlie se mure dans l'action et gère l'intendance pour ne pas craquer, tandis que Sam s'enferme dans un mutisme douloureux. Leurs frictions fraternelles masquent une vraie détresse et une incapacité à exprimer leur peine. Heureusement, le récit s'aère un peu grâce à d'autres personnages. Chantal insuffle une vraie fraîcheur à l'écran.
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Ses interactions avec Jordie apportent une légèreté bienvenue qui permet de relâcher la pression face au drame central. En revanche, la présence de Delilah ajoute une tension supplémentaire. Ses piques subtiles envers Percy accentuent le malaise général et on se demande rapidement quelles sont ses réelles intentions dans cette histoire. Le deuxième épisode prend le temps de creuser l'intimité passée de Sam et Percy. On découvre leurs rêves d'ados, leurs ambitions déchues et leurs rituels. Ces scènes renforcent l'empathie du spectateur et rendent le gâchis de leur séparation encore plus palpable. Mais le retour à la réalité est brutal pour Percy. Elle découvre que pendant qu'elle broyait du noir, la vie a continué à Barry's Bay. Sam a avancé, et l'apparition de Taylor dans le décor vient briser les illusions de Percy.
Taylor n'est pas présentée comme une rivale clichée, mais plutôt comme le symbole vivant des dix années qui se sont écoulées. C'est le choc frontal entre un passé idéalisé et le présent tel qu'il est. Au final, ces deux premiers épisodes réussissent leur pari en posant les bonnes questions sans se presser d'y répondre. L'envie de regarder la suite ne vient pas seulement de la romance, mais du besoin viscéral de comprendre le point de rupture entre Percy et Sam. Every Year After s'impose d'emblée comme un drame intimiste captivant, qui prend le temps d'explorer les failles de ses personnages avec une belle humanité.
Note : 7/10. En bref, ces deux premiers épisodes installent un drame intimiste captivant, qui évite les clichés grâce à une alternance temporelle fluide et une gestion subtile des non-dits. Portée par des silences percutants, cette introduction pose les bases d'une quête psychologique touchante sur le deuil, les regrets et la difficulté de faire face à son passé.
Disponible sur Amazon Prime Video
Au fil des années (ou Every Year After en VO) est l’adaptation du best-seller Tous nos étés de Carley Fortune.
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