Critique Ciné : Trois adieux (2026)

Critique Ciné : Trois adieux (2026)

Trois adieux // De Isabel Coixet. Avec Alba Rohrwacher, Elio Germano et Galatea Bellugi.

 

Avec Trois adieux, la réalisatrice espagnole Isabel Coixet pose ses caméras en Italie pour adapter le roman Tre ciotole de Michela Murgia. Le choix me paraît cohérent pour une cinéaste qui aime faire voyager son cinéma et filmer des trajectoires intimes, des êtres bousculés par des imprévus qui font voler en éclats leurs certitudes. Au départ, l'histoire semble presque banale. Marta et Antonio vivent à Rome. Une dispute éclate, la rupture survient, et chacun reprend son chemin. Lui s'enferme dans son boulot de chef cuisinier. Elle doit réapprendre à avancer seule. Mais rapidement, son corps lui envoie des signaux étranges. 

 

Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l'appétit. Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l'envie de vivre sans peur.

 

La maladie débarque et vient totalement redistribuer les cartes de son existence, modifiant son rapport aux autres et au temps qui lui reste. Sur le papier, j'attendais un drame sentimental très classique. Mais Isabel Coixet choisit une voie plus douce, plus contemplative. Le résultat a de vraies qualités, même si la durée totale finit par peser lourdement sur l'ensemble. Ce qui fonctionne immédiatement, c'est l'interprétation d'Alba Rohrwacher. Dans le rôle de Marta, elle évite tous les pièges du mélodrame appuyé. Son personnage affronte une situation dramatique, mais l'actrice ne cherche jamais à forcer l'émotion ou à faire couler les larmes à tout prix. Au début, Marta semble figée dans une forme de torpeur, assommée par la séparation. 

 

Paradoxalement, c'est la découverte de son mal qui la réveille et la pousse à observer de nouveau le monde qui l'entoure. Les détails du quotidien prennent soudain une importance capitale. Une glace savourée sur un banc, une note de musique, une rencontre inattendue ou une envie d'évasion deviennent des petits événements. C'est dans ces instants que le film touche juste. Trois adieux parle de maladie et de fin de vie, mais il montre surtout comment la menace d'une perte modifie notre façon de savourer le présent. Alba Rohrwacher apporte une finesse incroyable à cette transformation. Elle incarne la mélancolie sans sombrer dans le lugubre, et sa fragilité ne la rend jamais passive. Grâce à elle, le long-métrage conserve une forme de légèreté bienvenue.

 

Face à elle, Elio Germano joue Antonio. Après leur rupture, son personnage réagit à l'opposé. Il s'investit corps et âme dans sa cuisine, comme pour utiliser le travail comme un bouclier face au vide. Si leur séparation sert de déclencheur, le récit dépasse vite le cadre de l'histoire d'amour brisée. La rupture n'est que la première étape d'une mue beaucoup plus profonde chez Marta. C'est pourtant là que le film m'a parfois perdu. Certaines scènes centrées sur le couple multiplient les bavardages inutilement. Le récit piétine, cherche sa trajectoire et met du temps à revenir à son sujet central. La première heure m'a paru vraiment longue. 

 

Je comprends la volonté de poser une ambiance et d'accorder de la place aux personnages, mais plusieurs séquences donnent surtout l'impression de freiner l'avancée de l'histoire. Parmi les vrais points forts, il faut saluer la façon dont Isabel Coixet filme Rome. La ville est capturée avec une grande douceur, sans jamais tomber dans le cliché de la carte postale touristique. Les petites rues, les appartements et les lieux de passage créent un écrin discret. Rome accompagne le parcours de Marta sans jamais capter inutilement l'attention. Cette présence apporte une belle texture visuelle et renforce le caractère intimiste du projet. La mise en scène brille surtout lorsqu'elle mise sur la retenue. 

 

Un regard, un geste hésitant ou un silence en disent bien plus que de grands discours. La musique et le travail sur la lumière viennent soutenir cette atmosphère mélancolique, en veillant à ne jamais basculer dans le pathos. Mon principal regret concerne vraiment le découpage et le rythme global. Raconter cette trajectoire sur deux heures me semble excessif. Si le tempo contemplatif fonctionne par moments, il devient pesant quand les dialogues s'allongent ou que le scénario s'attarde sur des enjeux secondaires. Le paradoxe reste frustrant : le dernier acte est de loin le plus réussi. C'est dans ses ultimes minutes que le film trouve une vraie force émotionnelle et que toutes les lignes de force se rejoignent. 

 

C'est dommage qu'il faille attendre si longtemps pour atteindre ce niveau d'intensité. Le reste du casting apporte heureusement un bon soutien. Aux côtés d'Alba Rohrwacher et d'Elio Germano, les apparitions de Galatea Bellugi, Silvia D'Amico et Francesco Carril permettent de donner de la vie aux proches qui gravitent autour de l'héroïne. En ressortant de la projection, je me dis que Trois adieux vaut plus pour ses éclats isolés que pour son rythme d'ensemble. Isabel Coixet aborde la maladie, la fin d'un amour et le vertige du temps avec une pudeur appréciable, sans chercher le pathos facile.

 

J'ai malgré tout décroché à cause des longueurs. Il y a trop de bavardages et le film aurait gagné en impact en coupant une vingtaine de minutes. Ces coupes auraient permis de resserrer l'intrigue et de donner plus de force à ses plus beaux moments. Il reste un drame délicat, sublimé par la prestation d'Alba Rohrwacher et par une réflexion touchante sur la valeur que l'on donne au temps présent. Ce n'est pas une œuvre irréprochable, mais elle possède assez de sensibilité pour laisser des images en tête après le générique, à condition d'accepter son rythme très posé.

 

Note : 5/10. En bref, Trois adieux vaut plus pour ses éclats isolés que pour son rythme d'ensemble. Isabel Coixet aborde la maladie, la fin d'un amour et le vertige du temps avec une pudeur appréciable, sans chercher le pathos facile. J'ai malgré tout décroché à cause des longueurs. Il y a trop de bavardages et le film aurait gagné en impact en coupant une vingtaine de minutes. Ces coupes auraient permis de resserrer l'intrigue et de donner plus de force à ses plus beaux moments.

Sorti le 2 septembre 2026 au cinéma

 

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