Critique Ciné : Grow (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Grow (2026, Amazon Prime Video)

Grow // De John McPhail. Avec Golda Rosheuvel, Priya Rose-Brookwell et Nick Frost.

 

Les productions familiales du catalogue Angel Studios nous réservent de temps en temps d'excellentes surprises, mais elles amènent aussi parfois leur lot de petites déceptions. Avec Grow, le projet part d'un sentiment super positif. L'intention de poser une histoire touchante autour des liens familiaux, du respect de la nature et de la reconstruction personnelle à travers le regard d'une gamine attachante saute aux yeux. Pourtant, malgré un point de départ accrocheur et une distribution plutôt solide, le long-métrage stagne rapidement dans la catégorie du divertissement familial classique et un peu lisse. 

 

L'agricultrice Dinah Little accepte à contrecœur d’accueillir sa nièce abandonnée, Charlie. À l’approche du plus grand événement de la ville — le concours annuel de culture de citrouilles — Charlie découvre qu’elle possède un don unique : une capacité particulière à se connecter avec les plantes, qui reflète en silence son propre désir d’être vue et aimée.

 

L'intrigue nous plonge dans le quotidien de Charlie, une jeune fille profondément convaincue que sa maman est partie vivre sa passion et réaliser ses rêves du côté de Hollywood. Après un passage obligatoire par la case famille d'accueil, elle se retrouve envoyée chez sa tante Dinah. Cette dernière gère tant bien que mal une ferme en pleine crise financière, située au cœur d'un petit village anglais où faire pousser des citrouilles géantes relève carrément d'une religion locale. Pour pimenter un peu le tout, Charlie possède une sorte de don magique assez particulier puisqu'elle arrive à ressentir précisément les besoins et les émotions des végétaux dès qu'elle pose ses mains sur eux. Dès l'ouverture, la réalisation met en place une atmosphère chaleureuse et typiquement britannique. 

 

Les paysages de campagne verdoyants, la galerie de villageois un brin excentriques et un humour léger posent les bases directes de l'ambiance. Le ton général reste très accessible, fluide et visiblement calibré pour capter l'attention d'un public assez jeune. Le vrai problème du film réside ailleurs : cette grande simplicité dans la narration finit par se transformer en pure facilité d'écriture. Le scénario se déroule de manière presque automatique, sans jamais dévier de sa trajectoire ni proposer de vrais rebondissements. On avance sur un chemin balisé à l'avance, et la plupart des personnages semblent écrits uniquement pour remplir une case bien précise dans le cahier des charges.

 

Les méchants de l'histoire tombent vite dans la caricature, plusieurs seconds rôles servent de simples outils comiques et la gestion des émotions reste trop souvent en surface, sans jamais chercher à creuser plus loin. C'est dommage, car Grow repose sur un socle dramatique qui aurait vraiment mérité un traitement beaucoup plus poussé. Derrière la compétition farfelue de courges géantes et les situations un peu loufoques, on devine un fond beaucoup plus touchant et mélancolique. C'est le portrait d'une gamine isolée qui attend désespérément un signe de sa mère et qui essaie de se reconstruire au milieu d'une famille dont elle ignore tout. Malheureusement, le montage choisit de désamorcer ces moments d'émotion brute par des blagues ou des interludes magiques qui cassent la dynamique dramatique. 

 

Cet équilibre bancal entre le conte imaginaire, la comédie pure et le drame intime empêche de s'attacher pleinement à l'histoire. Pourtant, le don végétal de la jeune héritière amène une vraie bonne idée sur le papier. Cette faculté d'écoute de la nature insuffle une note de fantastique bienvenue et appuie le discours environnemental global du film. Cette incitation à respecter la terre et à se tourner vers des méthodes agricoles plus saines traverse d'ailleurs tout le récit. Mais à l'image du reste, le concept reste sous-exploité. Cette touche de magie sert plus de moteur pour faire avancer l'histoire que d'outil pour développer un univers unique. Heureusement, le casting insuffle un vent de fraîcheur salutaire à la production. 

 

La jeune Priya-Rose Brookwell incarne une Charlie parfaitement juste et attachante, en évitant les pièges du jeu forcé. Golda Rosheuvel apporte sa prestance habituelle et une vraie douceur protectrice dans le rôle de la tante Dinah, alors que Nick Frost s'en donne à cœur joie en apportant sa touche comique habituelle à travers un personnage haut en couleur. Les spectateurs amateurs de productions anglaises reconnaîtront d'ailleurs plein de visages familiers parmi les rôles secondaires, même si la plupart manquent cruellement de temps d'écran ou de profondeur dans l'écriture pour exister pleinement. Sur le plan technique et visuel, Grow propose une copie propre et appliquée. 

 

L'esthétique rurale fonctionne bien, les teintes chaudes prédominent et l'image colle parfaitement à ce style de conte moderne pour petits et grands. La mise en scène ne cherche pas à faire de vagues mais elle livre un travail correct. Les quelques scènes de sabotages nocturnes autour du concours de citrouilles amènent d'ailleurs de bonnes idées de mise en scène, avec de petites références visuelles amusantes destinés aux adultes, même si les enfants passeront totalement à côté de ces clins d'œil. Mais au final, on retient surtout le côté hyper formaté de l'ensemble. Les relations humaines progressent sans aucune surprise et de nombreuses séquences laissent une forte impression de déjà-vu. 

 

Le script évite soigneusement de prendre des risques pour rester dans sa zone de confort du début à la fin. Grow résume bien ce paradoxe : un film plein de bonnes intentions, porté par des acteurs investis et véhiculant de belles valeurs sur l'entraide et la famille, mais qui n'ose jamais franchir le pas supérieur pour marquer les esprits. Les enfants y trouveront sans doute leur compte en passant un moment agréable devant cette aventure rythmée et bienveillante. Les adultes risquent quant à eux de trouver le temps un peu long face à un récit aussi prévisible. 

 

Note : 5/10. En bref, sans être un mauvais film, Grow reste une œuvre familiale très classique qui passe à côté de son potentiel fantastique. Ça se regarde sans effort un dimanche après-midi, mais ça s'oublie malheureusement assez vite après le générique.

Prochainement sur Amazon Prime Video

 

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