Critique Ciné : Jimpa (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Jimpa (2026, direct to SVOD)

Jimpa // De Sophie Hyde. Avec Olivia Colman, John Lithgow et Aud Mason-Hyde.

 

Avec Jimpa, la réalisatrice Sophie Hyde s'attaque à un projet visiblement très intime. Elle tente de tisser une grande fresque familiale qui mêle les conflits de générations, les secrets du passé et les mutations des identités LGBTQ+. Sur le papier, le long-métrage aligne de sacrés arguments pour attirer l'œil : un casting impeccable mené par Olivia Colman et John Lithgow, un ancrage autobiographique fort et une vraie envie de parler de transmission politique et intime. On a envie d'y croire, on a envie de se laisser embarquer. Mais au final, malgré des intentions évidentes et quelques fulgurances émotionnelles, le film laisse un arrière-goût d'inachevé.

 

Hannah et son adolescent Frances rendent visite à Jimpa, le grand-père gay d'Hannah, à Amsterdam. Le souhait de Frances de rester un an avec lui remet en question les convictions parentales d'Hannah et ravive des tensions familiales.

 

Le point de départ s'avère pourtant captivant. Hannah décide de poser ses bagages à Amsterdam avec Frances, son enfant. Le but de ce voyage est de rendre visite à son père, que tout le monde surnomme Jimpa. Ce grand-père n'est pas n'importe qui : c'est un militant de la première heure, un homme qui assume son homosexualité depuis des décennies et qui porte en lui toute la mémoire des luttes queers en Europe. Pour Frances, qui cherche encore ses marques et sa propre identité, ce patriarche charismatique devient immédiatement un repère fascinant, une porte d'entrée vers une communauté et une histoire bien différentes de son quotidien. 

 

Très vite, le film met en place un choc générationnel qui promet de belles étincelles. On voit s'entrechoquer des visions du monde bien distinctes, des définitions du genre ou de l'amour qui ont bougé avec le temps, et de vieilles rancœurs familiales qui ne demandent qu'à exploser. C'est dans ces confrontations que le film trouve ses meilleurs moments. Le problème, c'est que Jimpa commence rapidement à s'éparpiller. Le scénario donne la fâcheuse impression de vouloir cocher toutes les cases en même temps. En moins de deux heures, le récit brasse des thèmes colossaux : l'homosexualité à l'ancienne, la non-binarité, les relations polyamoureuses, le militantisme des années sida, la transmission artistique, la mémoire et les traumatismes de la parentalité. 

 

À force de courir tous ces lièvres à la fois, le film ne fait que survoler ses sujets. Les dialogues en souffrent énormément. Au lieu d'assister à des conversations naturelles et spontanées entre des êtres de chair et d'os, on écoute trop souvent des personnages qui déroulent des exposés théoriques. Cette accumulation finit par bloquer l'émotion. Les acteurs passent beaucoup de temps à expliquer ce qu'ils ressentent ou ce qu'ils pensent, plutôt que de simplement le vivre sous nos yeux. C'est particulièrement frustrant pour le personnage d'Hannah. Olivia Colman fait des miracles, comme d'habitude, avec une justesse folle, mais elle se retrouve trop souvent reléguée au second plan. 

 

C'est dommage, car sa relation avec son père, faite d'admiration, de non-dits et de vieilles blessures d'enfance, aurait dû constituer le véritable moteur émotionnel du film. Heureusement, John Lithgow apporte une vraie dose de chaleur humaine dans le rôle-titre. Il réussit à donner de la complexité à Jimpa, évitant de le transformer en une icône intouchable ou en un vieux sage bienveillant et sans défauts. Quand le vieil homme se montre un peu rigide ou dépassé face aux revendications des plus jeunes, le film gagne enfin en relief et en vérité. Autour d'eux, les rôles secondaires manquent cruellement d'épaisseur. 

 

Les visages défilent, s'effacent puis reviennent sans que l'on comprenne vraiment leur utilité profonde dans l'intrigue, ce qui donne un aspect décousu à l'ensemble. Le rythme général pâtit aussi de ce manque de structure. Si le premier acte prend le temps d'installer une atmosphère intrigante, la suite s'étire en longueur. Le récit multiplie les détours inutiles et perd sa tension. Côté mise en scène, Sophie Hyde fait le choix de la sobriété, laissant de l'espace à ses comédiens. Les flash-backs fonctionnent plutôt bien et le décor d'Amsterdam apporte une touche de douceur visuelle bienvenue, sans jamais étouffer les comédiens. Le grand regret reste cette tendance persistante à tout vouloir verbaliser.

 

Note : 5/10. En bref, là où le cinéma devrait nous faire ressentir les choses par le silence ou le regard, Jimpa préfère le faire par de grands discours. Ce n'est pas un mauvais film pour autant, car la sincérité de la démarche est là, tout comme le désir de montrer des réalités que l'on voit trop peu souvent sur grand écran. Mais la gentillesse ne suffit pas à faire un grand drame. En voulant trop embrasser, le film rate sa trajectoire et reste à la surface de ses belles promesses.

Prochainement en France

 

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