Critique Ciné : About a Place in the Kinki Region (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : About a Place in the Kinki Region (2026, direct to SVOD)

About a Place in the Kinki Region // De Kôji Shiraishi. Avec Eiji Akaso, Miho Kanno et Atom Shukugawa.

 

Le cinéma d’horreur japonais possède un super-pouvoir que beaucoup lui envient : celui de vous flanquer la frousse de votre vie avec trois fois rien. Là où Hollywood sort l’artillerie lourde à coups de jump scares prévisibles et d'effets numériques indigestes, les réalisateurs nippons excellent dans l'art de l'ambiance crasseuse, du doute permanent et de la peur du vide. C'est exactement sur ce terrain glissant que nous attend Koji Shiraishi avec son dernier projet, About a Place in the Kinki Region. Le cinéaste, déjà bien installé dans le paysage du faux documentaire horrifique, revient ici à ses premières amours avec une enquête paranormale qui intrigue autant qu'elle divise.

 

Le rédacteur en chef du magazine disparaît après avoir lu des articles occultes. Un ami écrivain indépendant enquête, rassemble des rumeurs, des légendes urbaines, des histoires de fantômes. Une vérité terrifiante sur un certain lieu émerge à travers des informations fragmentées.

 

L'histoire nous plonge dans le quotidien de deux journalistes bien décidés à retrouver un collègue mystérieusement volatilisé. Ce dernier n’a pas disparu par hasard puisqu'il passait ses journées à fouiller une série d’événements bien glauques localisés dans la région du Kinki. Pour seule piste, il laisse derrière lui un joyeux bazar d'archives : des articles de presse jaunis, des cassettes VHS poussiéreuses, des notes gribouillées à la hâte et des vidéos chopées on ne sait trop où. C’est à partir de ce puzzle en miettes que l’enquête s’organise. Au fil des découvertes, on comprend vite que des phénomènes isolés cachent en réalité une seule et même entité malveillante.

 

Il faut avouer que le film frappe fort dès le départ. Cette idée de reconstruire une intrigue uniquement à travers des documents abandonnés est un excellent moteur pour le spectateur. On n'est plus simplement assis devant un écran à gober une histoire, on a l'impression d'ouvrir un dossier d’instruction interdit et de mener l'enquête nous-mêmes. Chaque cassette visionnée devient une pièce à conviction. Shiraishi s'amuse d'ailleurs à mélanger les supports avec une belle habileté. Les vieilles bandes magnétiques côtoient des vidéos prises au smartphone, des extraits de JT ou des posts de forums sombres. Ce patchwork visuel apporte un réalisme dingue et nous force à naviguer entre les époques.

 

Derrière le grand frisson, le réalisateur en profite pour glisser un sous-texte plutôt malin sur notre rapport à l'information moderne. Dans notre monde saturé d'écrans où n’importe qui peut uploader tout et n'importe quoi, la frontière entre le vrai, le fake et la légende urbaine devient floue. Le film utilise brillamment cette paranoïa numérique. Visuellement, certaines scènes m'ont collé de vrais frissons, notamment l'exploration nocturne d'une maison abandonnée par un youtubeur. C’est brut, l'image tremble, le son sature, et une simple silhouette floue au bout d'un couloir sombre suffit à glacer le sang. On retrouve instantanément cette ambiance poisseuse des grands classiques du J-Horror des années 2000, le tout sublimé par un sound design minimaliste mais ultra-oppressant.

 

Pourtant, la machine finit par s'enrayer à mi-chemin. Le vrai point noir du film, c'est la structure de son scénario. Si chaque segment pris indépendamment s'avère souvent terrifiant, leur mise en commun manque cruellement de liant. On a parfois la désagréable impression de regarder une anthologie de courts-métrages plutôt qu’un long-métrage uni. La sauce prend pendant la première heure grâce au charme du mystère, mais les ficelles finissent par paraître un peu grosses quand vient le moment de relier les points. Cette narration décousue fait aussi du tort aux personnages. Les deux journalistes manquent d'épaisseur et ne servent finalement que de prétexte pour passer d'une archive à une autre. 

 

Difficile de trembler pour eux quand le film s'intéresse plus à ses vieilles cassettes qu'à l'humain. De plus, la conclusion risque de laisser pas mal de monde sur sa faim. Le film passe d'une horreur cosmique et insaisissable à quelque chose de beaucoup plus concret et explicite sur la fin. En choisissant de trop en montrer, Shiraishi brise le charme de l'invisible. Le monstre devient palpable, et paradoxalement, il fait tout de suite beaucoup moins peur. Alors, faut-il faire l'impasse pour autant ? Absolument pas. Malgré ses grosses maladresses d'écriture et son rythme en dents de scie, About a Place in the Kinki Region reste une proposition de cinéma singulière qui tranche avec la production horrifique actuelle. 

 

Note : 5/10. En bref, le film ne boxe pas dans la même catégorie que les chefs-d’œuvre passés du réalisateur, mais son concept de dossier paranormal à ciel ouvert fonctionne assez pour captiver. On en sort un peu frustré, certes, mais avec cette sensation tenace et délicieuse d'avoir mis le nez là où il ne fallait pas.

Prochainement en France 

 

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