Critique Ciné : Deep Water (2026, direct to Canal+)

Critique Ciné : Deep Water (2026, direct to Canal+)

Deep Water // De Renny Harlin. Avec Aaron Eckhart, Ben Kingsley et Molly Belle Wright.

 

Vingt-six ans après Peur Bleue, Renny Harlin remet le maillot de bain pour nous offrir Deep Water. Sur le papier, le pitch a de quoi faire saliver n’importe quel amateur de squales et de grosses sueurs froides : un crash d’avion en plein océan, des rescapés coincés au milieu de nulle part, et une horde de requins affamés qui encerclent les débris. On se dit qu'avec un habitué du genre aux commandes, le spectacle va être total. Mais une fois qu'on a bu la tasse devant l'écran, le constat s'avère nettement plus nuancé. Le film commence plutôt fort, il faut le reconnaître. On monte à bord d'un vol commercial classique avec sa galerie de passagers habituelle, des profils variés qui n'auraient jamais dû passer leurs vacances ensemble. 

 

Un groupe de passagers internationaux en route de Los Angeles à Shanghai est contraint d'effectuer un atterrissage d'urgence dans des eaux infestées de requins. Ils doivent alors surmonter la frénésie des requins en maraude.

 

L'ambiance bascule en quelques minutes chrono quand un incident technique force l'appareil à tenter un amerrissage d'urgence de haute voltige. Cette séquence de crash est d'ailleurs le gros point fort du film. La panique dans la cabine, le bruit de la carlingue qui se déchire, l'eau qui s'engouffre... Harlin maîtrise sa caméra et réussit à instaurer une vraie tension viscérale. On s’y croit, on retient son souffle, et on s'attache presque aux personnages qui luttent pour ne pas couler. C'est malheureusement après cette superbe introduction que les choses commencent à se gâter. Dès que les survivants se retrouvent agrippés aux morceaux d'ailes et aux gilets de sauvetage, le scénario commence à prendre l’eau de toutes parts. 

 

Au lieu de capitaliser sur l'angoisse pure et l'isolement complet, l'intrigue enchaîne les choix improbables et les réactions totalement lunaires. On sait bien que dans ce genre de production, les protagonistes ne brillent pas toujours par leur génie, mais ici, le curseur de la bêtise humaine est poussé un peu trop loin. Voir des personnages prendre systématiquement la pire décision possible au pire moment devient vite fatiguant et finit par tuer tout suspense. Difficile de trembler pour quelqu'un qui cherche visiblement à se faire dévorer. Au milieu de ce naufrage scénaristique, les acteurs font ce qu’ils peuvent avec les dialogues qu'on leur a donnés. Aaron Eckhart porte le film sur ses épaules en incarnant un homme brisé par la vie qui tente de se racheter en jouant les héros improvisés. 

 

Sa prestation reste honnête, touchante par moments, surtout dans ses interactions protectrices avec une jeune passagère. À ses côtés, on retrouve le vétéran Ben Kingsley. Sa simple présence apporte toujours un certain cachet à l'écran, mais on sent qu'il est là pour cachetonner et que son immense talent méritait un rôle largement mieux écrit. L'autre sujet qui fâche concerne la technique, et plus particulièrement les fameux requins. Dans un film de prédateurs marins, le design et le réalisme des monstres font la moitié du boulot. Dans Deep Water, le résultat est particulièrement instable. Si quelques plans sous-marins sombres jouent habilement sur la suggestion et la paranoïa, les attaques frontales en image de synthèse manquent cruellement de finitions. 

 

On se retrouve parfois face à des effets numériques un peu grossiers qui brisent l'immersion. Heureusement, deux ou trois séquences de traversée de zones infestées parviennent à sauver les meubles grâce à un découpage dynamique et une bonne dose d'hémoglobine. Le vrai problème de Deep Water, c’est qu’il ne sait jamais sur quel pied danser. Le réalisateur balance constamment son film entre le thriller de survie réaliste et premier degré, le film catastrophe à gros budget et le pur nanar de série B qui ne s'assume pas. Ce manque d'identité claire crée un décalage permanent. On passe d'un mélo dramatique larmoyant à une scène d'action tellement excessive qu'elle en devient involontairement comique. 

 

Ces ruptures de ton gâchent la fluidité du récit et cassent le rythme de façon régulière. Le rythme souffre d'ailleurs de grosses baisses de régime après la première heure. Passé l'effet de surprise du crash, l'histoire tourne un peu en rond. On bascule dans un schéma mécanique et ultra-prévisible : un survivant essaie de récupérer un objet, un aileron approche, une attaque survient, et on recommence avec le personnage suivant. L'absence de véritable montée en puissance fait que l'ennui finit par s'installer doucement, d'autant plus que l'on devine très rapidement l'ordre dans lequel les passagers vont servir de déjeuner. Pour autant, tout n'est pas à jeter dans cette production. 

 

Les fans hardcore de films de requins y trouveront une dose de divertissement correcte pour un samedi soir pluvieux. Le cahier des charges en matière de morsures et de suspense basique est rempli, et le film ne cherche jamais à donner des leçons de philosophie. Si on l'aborde comme un pur plaisir coupable sans aucune attente artistique, le moment reste passable. En revanche, si vous espériez retrouver la tension psychologique d'un Open Water ou l'efficacité redoutable de Instinct de survie, vous risquez d'être déçu. Deep Water se range finalement dans la catégorie des films pop-corn aussitôt vus, aussitôt oubliés. C'est un thriller aquatique un peu bancal, plombé par ses propres incohérences, qui plaira aux mordus du genre mais laissera les autres sur le rivage.

 

Note : 4/10. En bref, porté par un crash aérien spectaculaire et très immersif, Deep Water dévisse malheureusement dès que les rescapés touchent l'eau en enchaînant les décisions absurdes et les effets spéciaux inégaux. Malgré l'effort des acteurs, le réalisateur Renny Harlin livre un film de requins bancal et prévisible, qui amusera les fans hardcore le temps d'un samedi soir mais s'oubliera aussitôt.

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