Critique Ciné : Nancy (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Nancy (2026, direct to SVOD)

Nancy // De Luciano Zito. Avec Luciano Ledesma et Camila Peralta.

 

Certains films n’ont pas besoin de faire de bruit pour marquer les esprits. Pas de grands discours, pas d’explosions, pas de rebondissements toutes les dix minutes. Nancy, le tout premier long-métrage de fiction du réalisateur argentin Luciano Zito, fait partie de cette catégorie. C’est un cinéma qui avance à pas feutrés, discret, presque timide, qui préfère observer ses personnages plutôt que de nous expliquer de longs enchaînements de causes à effets. L’histoire se déroule dans une station balnéaire désertée, une fois la saison touristique terminée. On y suit Nancy, une jeune femme dont le quotidien consiste à nettoyer des villas de vacances totalement vides. 

 

Nancy nettoie les maisons d'une ville côtière, connue pour sa beauté et sa transformation en fin d'été. Rencontrer Juan au travail menace ses émotions fragiles et son travail, la poussant vers l'impensable.

 

Les journées se suivent et se ressemblent toutes. Entre ses trajets à moto, les consignes que ses patrons lui laissent à distance et ces immenses demeures silencieuses, sa vie semble bloquée dans une routine un peu triste, teintée d'une étrange mélancolie. Dès le départ, le film installe une ambiance très particulière. Les plages à perte de vue sont abandonnées, les rues sont désertes et ces grandes maisons vides donnent l'impression de garder les secrets d'histoires oubliées. Ce décor n'est pas là par hasard. Il dépasse le simple cadre esthétique pour devenir le reflet direct de ce que ressent l’héroïne. Luciano Zito vient du monde du documentaire, et cela se sent tout de suite dans sa manière de filmer. 

 

Sa caméra se place au plus près de Nancy, sans jamais émettre le moindre jugement sur ses actes. Petit à petit, le calme plat de son quotidien commence à se fissurer. Un détail étrange trouvé dans une maison, des petites tensions au travail, puis une rencontre qui va tout changer : celle de Juan, un électricien venu faire des réparations dans l'une des propriétés. Leur relation naissante devient rapidement le cœur du film. Pour autant, n’attendez pas une romance classique avec les clichés habituels du genre. Leurs discussions sont rares, parfois un peu gauches, souvent pleines de non-dits. Tout l'intérêt du film est là : il faut apprendre à lire entre les lignes, à décrypter un regard ou à écouter un silence pour deviner ce qui se passe réellement entre eux.

 

C’est le point fort de Nancy. Le scénario refuse de nous donner toutes les clés dès le début. Pendant un long moment, on sent qu'un poids énorme pèse sur les épaules de cette jeune femme, sans que l'on sache pourquoi. Ce choix scénaristique crée un vrai mystère qui capte l’attention, même si le rythme reste volontairement très lent. Dans le rôle-titre, Camila Peralta est vraiment impressionnante. Tout son jeu passe par des petits riens : un geste suspendu, une posture, un changement subtil sur son visage. Elle réussit à rendre Nancy profondément humaine et touchante, sans jamais en faire trop ni chercher à arracher des larmes faciles au spectateur. On découvre une femme fragile, perdue dans ses pensées, mais qui garde une vraie force intérieure.

 

Le réalisateur en profite aussi pour glisser un commentaire social très fin. Nancy passe ses journées à briquer des villas luxueuses qui ne seront jamais les siennes. Elle prend soin du confort de propriétaires richissimes qu'elle ne croise même pas. Le film ne tombe jamais dans le piège du message politique lourd ou moralisateur. Cette barrière invisible entre les classes sociales se montre simplement à travers les gestes de tous les jours. Visuellement, le travail sur l'image est superbe. Les paysages de la côte argentine hors saison ont un côté presque fantomatique. Les tons froids et le vide constant renforcent l’isolement de Nancy. Par moments, on a la sensation que le temps s'est arrêté.

 

Cette approche très contemplative ne plaira pas à tout le monde. L’intrigue prend son temps et demande au spectateur d'accepter de ne pas tout contrôler. Si vous cherchez un suspense haletant ou des révélations à chaque scène, vous risquez de trouver le temps long. Ici, on est clairement dans un cinéma de sensations. Par moments, on sent d'ailleurs que le film balance entre le drame et le thriller psychologique, notamment à cause d'une histoire de cambriolages dans le coin ou de mystérieuses découvertes. Mais le réalisateur choisit de laisser ces pistes de côté pour se concentrer uniquement sur l’évolution de son héroïne. Cette décision pourra en décevoir certains, mais elle colle parfaitement au projet. 

 

Nancy n'est pas un film policier. C’est le portrait intime d'une femme ordinaire qui essaie d'avancer malgré ses blessures secrètes. La musique de fond, discrète et mystérieuse, accompagne joliment sa solitude sans jamais devenir envahissante. 

 

Note : 6/10. En bref, Nancy est une œuvre modeste, sincère et touchante. Son rythme posé et ses mystères peuvent créer une petite distance, mais la justesse de Camila Peralta et la sensibilité du réalisateur font mouche. C’est un joli moment de cinéma intimiste qui fait confiance à l'intelligence de son public en lui laissant la place d'interpréter les zones d'ombre.

Prochainement en France en SVOD

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article