4 Juin 2026
Quand on a adoré À découper suivant les pointillés et qu’on a vibré devant Ce monde ne m'aura pas, l’arrivée d’une nouvelle série de Zerocalcare sur Netflix avait forcément un goût d’événement. Ses deux premières productions en animation avaient mis la barre tellement haut qu'on attendait la suite avec une impatience folle. L'auteur romain possédait cette recette magique pour mélanger l'humour ultra-rapide, la nostalgie pure et des claques émotionnelles qui laissaient KO en fin de saison. Malheureusement, après avoir englouti les huit épisodes de Pour un sou (ou My Two Cents en version originale), le constat fait un peu mal.
Quand leur ami Sanglier se retrouve dans le viseur du crime organisé, Zero et sa bande unissent leurs forces pour le sauver malgré leurs propres difficultés.
On se retrouve face à un créateur qui donne l’impression de chercher son second souffle et de tourner un peu en rond dans son propre univers. Cette fois-ci, l'histoire laisse de côté les drames de jeunesse ou les combats politiques de quartier pour se concentrer sur un sujet hyper terre-à-terre : les galères de thunes, les dettes qui s'accumulent et un commerce local qui prend l'eau. Sur le papier, l'idée n'était pas mauvaise. On pouvait espérer une vraie réflexion sur la précarité, le stress du lendemain et le passage difficile à la vie d'adulte responsable. Mais dans la réalité, ce thème s'avère être le moins captivant que l'auteur ait traité jusqu'ici.
Le problème ne vient pas du sujet en lui-même, mais de la manière dont il est étiré sur toute la longueur de la saison. Le gros point noir de cette mini-série, c'est clairement son rythme. Là où les précédents projets avançaient à cent à l'heure avec une énergie communicative, Pour un sou ralentit le tempo de manière presque artificielle. Les dialogues sont omniprésents, massifs, et donnent la sensation désagréable de stagner. On assiste à de longues discussions qui répètent inlassablement les mêmes arguments sous des angles à peine différents. Au lieu de faire progresser l’intrigue ou d'apporter une vraie profondeur aux personnages, ces tunnels de paroles finissent par plomber l'ambiance et transforment le visionnage en un exercice parfois assez laborieux.
Ce manque de dynamisme est d'autant plus flagrant que l'enjeu principal a du mal à nous toucher. Les soucis financiers des protagonistes ne possèdent jamais la force universelle ou l'impact émotionnel des traumatismes passés, des deuils ou des questions existentielles qui faisaient le sel des anciennes séries. La magie de Zerocalcare résidait dans sa capacité à partir d'un détail du quotidien pour toucher au cœur de l'humain. Ici, la mayonnaise a du mal à prendre et l’on reste spectateur de disputes matérielles qui manquent cruellement de souffle. Pourtant, Zerocalcare utilise exactement la même boîte à outils que d’habitude.
On retrouve les métaphores visuelles ultra-créatives, les références pop-culturelles à gogo, l'humour absurde et ces fameux monologues intérieurs rythmés par sa propre conscience. Mais ce qui fonctionnait comme un charme auparavant ressemble aujourd'hui à un fonctionnement en pilote automatique. On ressent une impression diffuse de déjà-vu, comme si l'auteur recyclait des gags ou des schémas narratifs qu'il maîtrisait mieux par le passé. Son double animé, Zero, reste égal à lui-même avec son anxiété chronique et sa tendance à fuir les responsabilités. S'il conserve une vraie part de sympathie, son absence totale d’évolution sur huit épisodes finit par lasser.
Visuellement, l'animation reste fidèle à la patte graphique de l'artiste. Le style BD est toujours aussi efficace et certaines trouvailles visuelles parviennent encore à arracher un sourire. Mais là encore, l'ensemble manque d'un vent de nouveauté. On est en terrain ultra-connu, et l'esthétique générale donne plus le sentiment de sécuriser une formule rentable que de tenter de nouvelles expériences visuelles. Pour ne rien arranger, l'expérience de visionnage en France est gâchée par un choix de doublage totalement incompréhensible. Les premières séries brillaient par des castings vocaux vivants qui donnaient une vraie personnalité à chaque membre de la bande. Dans Pour un sou, Netflix a fait le choix de confier la quasi-totalité des voix masculines et féminines à un seul et unique comédien de doublage.
Entendre la même voix passer d'un personnage à un autre au sein d'une même scène casse instantanément l'immersion. Les conversations perdent tout leur naturel et les personnages secondaires se retrouvent vidés de leur substance, devenant de simples extensions vocales assez perturbantes. C'est un choix artistique regrettable pour une œuvre qui repose autant sur l'authenticité de ses dialogues. Au bout du compte, on ne peut pas s'empêcher de penser que cette mini-série manque de la spontanéité et de la nécessité viscérale qui caractérisaient ses débuts sur plateforme. On a moins l'impression de voir une œuvre intime qu'une commande standard passée par un géant du streaming pour capitaliser sur un succès récent.
Tout n'est pas catastrophique pour autant. Les fans hardcore apprécieront de retrouver cet univers si particulier. Quelques fulgurances sauvent le show par moments, notamment lorsque Zerocalcare lâche prise et livre des réflexions très justes sur le temps qui passe, la peur de vieillir ou notre tendance humaine à repousser les choix importants. Ces moments de pure sincérité rappellent quel grand auteur il peut être. Mais ces scènes restent malheureusement trop rares pour sauver une série engluée dans ses longueurs.
Note : 4/10. En bref, Pour un sou s'impose donc comme la production la moins mémorable de Zerocalcare. Entre un scénario qui peine à décoller, des dialogues qui piétinent et une version française ratée, la déception l'emporte. L'auteur donne l'impression de recycler ses propres idées sans y insuffler la passion d'autrefois, transformant ce qui devait être un grand moment de télévision en un rendez-vous manqué.
Disponible sur Netflix
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