24 Juin 2026
Noise // De Soo-jin Kim. Avec Lee Sun-bin, Kim Min-seok et Kyung-soo Ryu.
Vivre en appartement, c’est accepter de partager un bout de son intimité avec ses voisins. Un bruit de pas au-dessus, une chasse d'eau qui tire, une télé un peu trop forte. On râle, on tape au plafond, mais on fait avec. Dans Noise, son tout premier long-métrage, la réalisatrice sud-coréenne Kim Soo-jin prend ce point de départ ultra-banal et le transforme en un véritable cauchemar éveillé. Elle s'engouffre dans la brèche des angoisses urbaines pour signer un film d'horreur sensoriel où le silence devient rapidement plus terrifiant que les pires hurlements. L’intrigue se noue autour d’un drame familial. Ju-hee a disparu sans laisser de trace.
Ju-young, malentendante, découvre que sa sœur a mystérieusement disparu de son appartement. En cherchant des réponses, elle se heurte à des voisins terrifiés, obsédés par le silence, et à une atmosphère de plus en plus oppressante. La nuit, des bruits inexpliqués résonnent dans l’immeuble déserté, éveillant une présence invisible. Ce qu’elle croyait être une simple disparition devient une plongée terrifiante dans un cauchemar hanté par le silence.
Inquiète, sa sœur Ju-young décide de s’installer temporairement dans son appartement pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. En poussant la porte, elle découvre un lieu figé, bordélique, comme abandonné dans l'urgence. Très vite, un détail frappe Ju-young : avant de s'évaporer, sa sœur était devenue complètement obsédée par les bruits de l’immeuble. Pensant d'abord à de la paranoïa, Ju-young va rapidement réaliser que les murs de cette résidence abritent quelque chose de bien plus malsain qu'un simple tapage nocturne. Ce qui frappe dès le départ, c’est le choix radical de la mise en scène. Kim Soo-jin délaisse les jump scares faciles et les monstres numériques pour tout miser sur la suggestion auditive.
Le son n'est pas un simple habillage ici, c'est le personnage principal. Des grincements sourds, des vibrations étranges dans les cloisons, des coups rythmés qui semblent venir de nulle part. Chaque craquement devient une menace potentielle. Le film réussit à créer une paranoïa immédiate chez le spectateur, qui se retrouve à tendre l’oreille au moindre bruit de fond, exactement comme l'héroïne. Pour accentuer ce malaise, la réalisatrice dote Ju-young d’une hypersensibilité auditive. Ce trouble transforme sa perception du quotidien et plonge le film dans une ambiguïté permanente. On passe une bonne partie du récit à se demander si ce que l’on entend est réel ou si tout cela se passe uniquement dans la tête d'une jeune femme traumatisée et à bout de nerfs.
Cette frontière floue entre thriller psychologique et horreur pure maintient une tension constante durant toute la première moitié du long-métrage. L'immeuble lui-même joue un rôle crucial dans cette équation. Le cinéma de genre coréen excelle depuis longtemps dans l'art de transformer les espaces modernes et froids en labyrinthes anxiogènes. Noise s'inscrit parfaitement dans cette lignée. La réalisatrice filme les couloirs sombres et les appartements exigus de manière à provoquer une sensation de claustrophobie étouffante. À cela s'ajoute une galerie de voisins tous plus suspects les uns que les autres. Entre le voisin du dessous ouvertement hostile et les résidents aux comportements bizarres, l'ambiance communautaire devient rapidement irrespirable.
Visuellement, le film fait le choix de la sobriété. Pas de fioritures ni d'effets visuels tape-à-l'œil, mais un cadre serré qui colle aux basques de Ju-young. On avance avec elle dans la pénombre, avec la certitude permanente que le danger peut surgir du moindre angle mort. Cette économie de moyens visuels renforce paradoxalement l'impact du travail sonore, qui porte littéralement le film sur ses épaules. Le bât blesse malheureusement un peu dans la seconde partie. Après avoir brillamment orchestré sa montée en tension, le scénario choisit de prendre un virage plus fantastique et imprévisible. En s'éloignant du réalisme minimaliste des débuts, le film perd une partie de sa cohérence.
Certaines scènes basculent dans une confusion visuelle et narrative qui tranche trop brutalement avec la rigueur de la première heure. On regrette parfois que la réalisatrice n'ait pas tenu son concept initial jusqu'au bout, préférant des résolutions plus classiques et un peu confuses. C'est ce déséquilibre qui empêche Noise de devenir un chef-d'œuvre du genre, mais le voyage reste franchement recommandable. La prestation de l'actrice principale, toute en retenue et en fragilité, permet de garder les pieds sur terre même quand l'intrigue s'égare. Elle évite le piège des cris incessants pour privilégier des expressions muettes de pure terreur, ce qui colle parfaitement à la proposition globale.
Note : 5/10. En bref, Noise s'impose comme une expérience sensorielle intrigante. Si le film souffre de quelques baisses de régime et d'un dernier acte un peu brouillon, sa gestion de l'angoisse par le son mérite le coup d'œil. C'est le genre de long-métrage qui vous fait regarder votre propre plafond d'un œil suspect une fois le générique terminé. Une proposition imparfaite mais audacieuse, idéale pour les amateurs de cinéma d'ambiance qui préfèrent frissonner en écoutant plutôt qu'en regardant.
Sorti le 24 juin 2026 au cinéma
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