30 Juin 2026
Queens of the Dead // De Tina Romero. Avec Katy O'Brian, Margaret Cho et Jack Haven.
Quand on s'appelle Tina Romero et qu'on décide de réaliser un film de zombies, on imagine la pression. Son père, George A. Romero, a tout simplement inventé le genre. Mais plutôt que de tenter une pâle copie des classiques paternels, la réalisatrice prend tout le monde à contre-pied avec Queens of the Dead. Son choix ? Mixer une apocalypse de morts-vivants avec l'univers coloré et extravagant des drag queens. Le résultat donne une comédie horrifique queer, pleine de punch, qui préfère faire sourire plutôt que de terrifier, même si elle oublie parfois quelques ingrédients en route. L’histoire se passe presque entièrement en huis clos.
Un groupe de drag queens s’allient pour affronter des zombies avides de cerveaux lors d'une épidémie de zombies lors d'un spectacle de dragsters à Brooklyn, mettant ainsi de côté leurs conflits personnels pour utiliser leurs capacités distinctes contre la menace des morts-vivants.
Tout commence dans un club où une troupe de drag queens galère à monter son show. Entre les caprices des unes, les retards des autres et l'ambiance électrique en coulisses, la soirée s'annonce déjà bien lourde. C'est le moment précis que choisit une mystérieuse épidémie pour frapper la ville. En quelques minutes, l'extérieur devient un buffet géant pour zombies affamés. Coincés dans la boîte, les artistes vont devoir oublier leurs petites guerres d'ego s'ils veulent sauver leur peau. Ce concept de base est vraiment la grande force du film. Transposer l'invasion de morts-vivants dans un club drag apporte un vent de fraîcheur immédiat. Visuellement, ça claque, et l'identité du long-métrage saute aux yeux dès les premières minutes.
Tina Romero assume son délire à 200 % et montre très vite ses intentions : elle n'est pas là pour vous faire faire des cauchemars, mais pour vous faire passer un bon moment. Ici, l’humour et le second degré passent avant l'épouvante. Cette recette fonctionne en grande partie grâce à une galerie de personnages hauts en couleur. Les reines de la nuit portent le film sur leurs épaules. Leurs rivalités balancent des punchlines piquantes et des répliques bien senties, calquées sur l'ambiance des vrais shows de drag. On sent une vraie complicité entre les acteurs, et cette bonne humeur communicative donne une belle énergie à l'écran. Même quand l'intrigue fait du surplace, les dialogues gardent le spectateur éveillé.
Les survivants s'avèrent finalement bien plus captivants que les monstres qui grognent à la porte. Le tableau n'est pas parfait pour autant. Le script intègre beaucoup trop de personnages secondaires. À vouloir donner de la place à tout le monde et développer trois ou quatre sous-intrigues en même temps, le film s'éparpille un peu. On a parfois du mal à piger qui est qui, ou à s'attacher sincèrement aux trajectoires personnelles des uns et des autres. Une équipe un peu plus resserrée aurait sans doute permis de gagner en efficacité et en émotion. L'autre point qui risque de coincer, surtout chez les puristes du genre, concerne la place accordée aux monstres. Pour un film de zombies, les morts-vivants restent cachés la majeure partie du temps.
Le danger met des plombes à s'installer et les premières attaques restent ultra-timides. Il faut attendre le dernier acte pour que les choses bougent enfin sérieusement et que les personnages se décident à sortir de leur cachette. Les fans de gros gore qui tache vont donc rester sur leur faim. Si quelques effets spéciaux réussis pointent le bout de leur nez, la mise en scène coupe souvent juste avant que l'action ne devienne sanglante. C’est un peu frustrant, comme si le film n'osait pas aller au bout de son côté horrifique. On valide quand même le look global des créatures et les maquillages, soignés, qui glissent de chouettes clins d'œil aux travaux de George Romero sans pour autant tomber dans le plagiat. Le long-métrage tente aussi de proposer une petite critique sociale, une habitude dans le cinéma de la famille Romero.
On voit par exemple des zombies complètement hypnotisés par leurs smartphones, continuant à filmer le chaos ou à scroller machinalement sur leurs réseaux sociaux. L'idée de tacler notre dépendance aux écrans et le ridicule de la culture des influenceurs est amusante, mais le traitement reste trop en surface pour marquer les esprits. Heureusement, la direction artistique rattrape largement le coup. Queens of the Dead possède un vrai style visuel. Les costumes pailletés, les néons colorés du club et la gestion des lumières créent un contraste saisissant avec la fin du monde. La bande-son appuie aussi là où il faut, mélangeant des morceaux pop parfaits pour faire la fête à des sonorités plus sombres.
Le final vire carrément au numéro de cabaret, ce qui résume bien l'ambiance générale : le spectacle avant tout. Le rythme général souffre quand même de quelques sérieux coups de mou. La première moitié prend énormément de temps pour installer le décor et les embrouilles internes de la troupe, ce qui engendre des longueurs puisque les zombies manquent à l'appel. Par contre, le dernier tiers s'excite d'un coup et balance toute l'action d'une traite, ce qui crée un déséquilibre assez net.
Note : 6/10. En bref, Queens of the Dead s'impose comme une comédie horrifique hyper sympa, fraîche et inclusive. Tina Romero signe un premier film généreux qui privilégie l'humour et l'amour de ses personnages au gore pur et dur. Ce n'est certes pas la claque zombie de la décennie, mais cette proposition décalée remplit son contrat : divertir proprement, tout en traçant sa propre route loin de l'ombre paternelle.
Sorti le 26 juin 2026 directement sur Insomnia
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