25 Juin 2026
Scary Movie // De Michael Tiddes. Avec Marlon Wayans, Shawn Wayans, Anna Faris et Regina Hall.
Relancer la machine Scary Movie après plus de vingt ans d’absence, c'était un sacré pari. Pour toute une génération, les deux premiers films restent des monuments de la parodie. Alors, quand j’ai appris que les frères Wayans reprenaient la plume, l'excitation s'est forcément mêlée à une bonne dose de scepticisme. Sur le papier, l'idée de ce nouveau volet réalisé par Michael Tiddes est plutôt maligne : se moquer des « requels », ces fausses suites qui pullulent au cinéma, à commencer par les derniers Scream. Malheureusement, une bonne idée ne fait pas toujours un grand film, et le résultat à l'écran s'avère particulièrement irrégulier.
Vingt-six ans après avoir échappé à un tueur masqué étrangement familier (« Ghostface »), les héros emblématiques de la saga sont de nouveau dans la ligne de mire du meurtrier, et aucune franchise de film d’horreur n’est à l’abri.
Dès les premières minutes, on sent que le long-métrage veut cocher toutes les cases de la franchise. On retrouve le tueur masqué, la bande d'ados un peu clichés et un défilé permanent de clins d'œil aux succès horrifiques de ces dernières années. Tout y passe : de Scream 5 à Halloween, en passant par Get Out, Terrifier, Ma ou encore le récent The Substance. Pour appâter les anciens fans, la production a aussi sorti la carte de la nostalgie en faisant revenir des visages bien connus comme Cindy, Brenda, Ray et Shorty. Le souci majeur, c'est que ce Scary Movie version 2026 passe son temps à hésiter entre le véritable hommage amusé et le simple recyclage paresseux.
Quand le film se lâche complètement et retrouve l’énergie absurde et débile de ses débuts, ça fonctionne. Les scènes de retrouvailles entre Cindy et Brenda possèdent une vraie dynamique, Shorty fait du Shorty avec une efficacité redoutable, et quelques détournements provoquent de francs éclats de rire. Dans ces moments-là, on savoure cette bêtise assumée qui faisait le sel de la saga d'origine. Pourtant, ces bonnes séquences finissent noyées dans un scénario décousu qui ressemble plus à un enchaînement de sketches TikTok qu'à un vrai film de cinéma. Le tout premier Scary Movie ciblait principalement Scream, ce qui lui permettait de garder une vraie cohérence narrative. Ici, l’intrigue saute d’une référence à l’autre sans jamais trouver de fil conducteur solide.
On a parfois la désagréable impression que certaines scènes ont été écrites à la va-vite, uniquement pour caler un caméo de célébrité ou une blague sur un film à la mode. Ce manque de structure pèse lourdement sur le rythme global. Même si le film reste court, le dernier tiers se traîne franchement en longueur. Le service marketing n'a pas aidé non plus : les bandes-annonces ayant déjà dévoilé une bonne partie des meilleurs gags, l’effet de surprise est souvent gâché. Et quand une vanne tombe à plat, la réalisation a la mauvaise habitude d'insister lourdement, ce qui crée des moments de solitude assez flagrants pour le spectateur. Là où le film devient plus grinçant, et pas forcément de la bonne manière, c'est dans sa volonté absolue de commenter notre époque.
Les frères Wayans s'amusent à confronter l'ancienne école et la nouvelle génération d'ados hyperconnectés. Si certaines piques s'avèrent plutôt bien trouvées, d'autres tournent vite en rond et deviennent moralisatrices. On a parfois l'impression de voir des auteurs un peu dépassés qui règlent leurs comptes avec le monde moderne plutôt que de simplement chercher à faire rire. Cette dimension méta finit d'ailleurs par devenir étouffante. Les répliques sur les reboots, l'exploitation de la nostalgie et la survie des franchises s'enchaînent sans s'arrêter. C'est amusant au début, mais le final enfonce le clou avec tellement de lourdeur qu'on frôle l'indigestion. Le film explique ses propres blagues, ce qui reste le meilleur moyen de les tuer.
Heureusement, le casting sauve les meubles. Le plaisir de retrouver le noyau dur de la bande originale reste entier. Même si l'absence d'Anna Faris se fait cruellement sentir, Olivia Rose Keegan s'en sort honorablement en reprenant certains tics de jeu de l'actrice. Brenda et Shorty volent sans surprise la vedette à chaque apparition, tandis que le personnage de Ray reste malheureusement très en retrait, ce qui est bien dommage. Derrière la caméra, Michael Tiddes livre une mise en scène purement utilitaire. Ce n'est ni moche ni brillant, la caméra se contentant de filmer les gags sans apporter la moindre idée visuelle forte. Au bout du compte, ce grand retour laisse un goût d'inachevé.
Si vous cherchez juste une comédie un peu grasse pour une soirée pizza entre amis, ce sixième opus fera l'affaire. Les plus nostalgiques souriront devant l'humour potache des Wayans qui n'a pas bougé d'un poil. Mais si vous espériez un vrai renouveau capable de bousculer le cinéma d'horreur actuel comme l'avait fait le film de 2000, vous risquez d'être déçus.
Note : 4/10. En bref, ce Scary Movie préfère regarder le passé avec mélancolie plutôt que de risquer la nouveauté. C'est divertissant par instants, mais dispensable. Pour vibrer à nouveau, mieux vaut encore ressortir le premier DVD de l'étagère.
Sorti le 3 juin 2026 au cinéma
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