Critique Ciné : Star Wars: The Mandalorian and Grogu (2026)

Critique Ciné : Star Wars: The Mandalorian and Grogu (2026)

Star Wars: The Mandalorian and Grogu // De Jon Favreau. Avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver et Jeremy Allen White.

 

Quand on va voir un Star Wars au cinéma, on attend un grand frisson, un truc qui nous décolle du siège. Avec Star Wars: The Mandalorian and Grogu, Jon Favreau essaie de transposer sur grand écran ce qui a fait le succès de sa série sur Disney+. Sur le papier, l'alliance entre Din Djarin et le petit être vert le plus rentable de la pop culture avait de quoi plaire. Sauf qu'en sortant de la salle, une évidence s'impose : changer de support ne suffit pas à transformer une recette de salon en grand spectacle de cinéma. Ce film donne la sensation étrange de regarder plusieurs épisodes collés les uns aux autres, sans qu'aucune vraie vision de mise en scène ne vienne justifier le prix du billet.

 

La chute du maléfique Empire Galactique a précipité la dispersion des seigneurs de guerre impériaux à travers la galaxie… Pour protéger tout ce pour quoi la Rébellion s’est battue, la jeune Nouvelle République décide de faire appel au légendaire chasseur de primes mandalorien Din Djarin et son jeune apprenti Grogu…

 

Dès le départ, l’ambiance est bizarrement familière, et pas forcément pour les bonnes raisons. On glisse instantanément dans la suite directe de la saison trois, sans aucun effort pour accueillir le spectateur de cinéma qui n’aurait pas sa carte d'abonné à la plateforme de streaming. Le problème majeur vient de la structure même du récit. L’intrigue avance par à-coups, par blocs distincts, rappelant cruellement le découpage hebdomadaire de la télévision. On sent que le montage a souffert pour faire rentrer cette aventure dans les clous d’un long-métrage. Certaines séquences narratives s'interrompent brutalement tandis que des moments clés semblent survolés à toute vitesse.

 

Ce manque de liant casse le rythme et donne un côté décousu, presque bâclé, à une histoire qui méritait de respirer. Visuellement et narrativement, le film refuse de prendre de la hauteur. Jon Favreau reprend exactement les mêmes codes que pour la série, ce qui installe un confort immédiat mais désarmant. Pedro Pascal prête toujours sa voix au célèbre chasseur de primes, même si l’essentiel du travail physique repose sur des doublures en armure. De son côté, Grogu fait du Grogu. Son animation reste impeccable, sa bouille fonctionne toujours sur le plan émotionnel, et leur duo demeure le point d'ancrage du récit. Pourtant, cette continuité rigide empêche le film d'offrir une véritable valeur ajoutée. 

 

À aucun moment on ne ressent cette montée en puissance indispensable à un space opera digne de ce nom. Le spectateur reste coincé dans le même canapé, devant les mêmes décors familiers, avec l’impression persistante que seul le format de la toile a changé. Du côté de la réalisation, le travail est propre, carré, mais désespérément plat. Favreau sait emballer des scènes d'action lisibles et maintenir un tempo dynamique pour éviter l’ennui. Les combats s’enchaînent sans temps mort et le divertissement fait son office le temps de la projection. Mais cette efficacité de façade cache un vide créatif assez abyssal. Tout semble calibré en laboratoire pour plaire au plus grand nombre sans jamais bousculer personne. 

 

Le film manque cruellement de souffle, de cette magie propre aux grands moments de la saga. Même la partition musicale de Ludwig Göransson surprend par instants, s'aventurant vers des sonorités modernes qui tranchent un peu trop brutalement avec l'identité sonore classique de la franchise. Les nouveautés de casting ne suffisent pas non plus à redresser la barre. L’intégration de figures majeures comme Sigourney Weaver s’avère anecdotique, son personnage manquant cruellement de développement et d'épaisseur. Les caméos vocaux surprenants, dont celui de Martin Scorsese, s'apparentent plus à des clins d'œil pour initiés qu'à de vrais choix artistiques utiles à l'intrigue. 

 

Ces visages et ces voix traversent l'écran sans que les enjeux n'évoluent d'un iota. Les seconds rôles restent de simples faire-valoir, et la galaxie lointaine semble se rétrécir au lieu de s'étendre. C'est là que le bât blesse : le film ressemble beaucoup trop à une commande corporative destinée à alimenter la machine Disney+. L'écriture donne parfois l'impression pénible de visionner un catalogue géant de jouets, où chaque mimique de Grogu est calculée pour être déclinée en figurines ou en peluches. Cette approche purement marketing prend régulièrement le pas sur la construction dramatique, transformant une œuvre de cinéma en un produit dérivé de luxe. On passe un moment correct, mais l'absence totale de vision à long terme laisse un arrière-goût d'inachevé.

 

Cette sortie met en lumière un mal plus profond qui touche l'univers Star Wars ces dernières années. La franchise semble naviguer à vue, hésitant constamment entre la télévision, les projets annexes et un retour frileux dans les salles obscures. Ce film valide malheureusement cette crise d'identité. En refusant de prendre le moindre risque et en s'enfermant dans une formule ultra-balisée, Lucasfilm livre un divertissement standardisé qui ne propose aucune direction neuve pour l'avenir de la saga. Au final, cette aventure sur grand écran n'est pas un calvaire à regarder. L'action est là, la nostalgie fonctionne par intermittence et la complicité du duo central reste intacte. Mais le passage au cinéma n’apporte rien de concret et ne se justifie jamais sur le plan artistique. 

 

Note : 4/10. En bref, les amateurs de la série retrouveront un terrain connu et rassurant, tandis que ceux qui espéraient revivre le choc d'un grand film de cinéma repartiront déçus. C'est un rendez-vous manqué avec le grand écran, un simple divertissement de transition qui confirme que pour briller au cinéma, il ne suffit pas d'agrandir l'image, il faut aussi de l'ambition.

Sorti le 20 mai 2026 au cinéma

 

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