30 Juin 2026
Strung // De Malcolm D. Lee. Avec Chloe Bailey, Lynn Whitfield et Lucien Laviscount.
Quand on m’a dit que Malcolm D. Lee laissait de côté ses comédies habituelles pour réaliser un thriller psychologique, j’avoue que j’étais curieux. Sur le papier, Strung avait de sacrés arguments. Prenez une jeune violoniste talentueuse, jetez-la comme prof particulière au milieu d'une famille ultra-riche et un peu bizarre, saupoudrez le tout de secrets enfouis et de traumatismes... Le cocktail parfait pour nous coller au siège. Sauf qu’à l’arrivée, le soufflé retombe assez vite. C’est loin d’être un naufrage, mais on reste clairement sur notre faim. Le film se focalise sur Laila, une musicienne qui donne tout pour intégrer un grand orchestre philharmonique.
Une violoniste talentueuse devient professeure de musique auprès d’une famille énigmatique et élitiste...
En attendant sa chance, elle accepte de donner des cours de violon à Zuri. La gamine est la petite-fille d’une femme hyper influente qui pourrait propulser la carrière de Laila d’un claquement de doigts. Une aubaine absolue, presque trop belle pour être vraie. Évidemment, le piège se referme. Laila commence rapidement à capter des signaux bizarres et des comportements pas nets au sein de cette baraque de luxe. Au début, l’ambiance s'installe plutôt bien. Cette immense demeure ultra-luxueuse devient vite étouffante, une sorte de cage dorée inconfortable. On sent que tout le monde joue un double jeu. La petite Zuri, complètement coupée du monde, est d'ailleurs assez fascinante au départ.
Entre son détachement, ses réactions lunaires et les non-dits qui l'entourent, elle avait tout pour devenir le point central et flippant du film. C'est là que ça coince. Au lieu de creuser cette piste et de faire grimper l'angoisse, Strung s'éparpille dans tous les sens. Le scénario passe son temps à ouvrir des portes secondaires : les vieux souvenirs de Laila, son passé familial, sa rencontre sortie de nulle part avec Marcus avant qu'elle soit embauchée, ou encore les galères des uns et des autres. Résultat, on perd le fil conducteur et l'intrigue principale perd toute sa force. Ce qui m'a le plus dérangé, c'est le rythme. On a l’impression tenace que le film avance avec le frein à main.
Les scènes s’enchaînent sans que la tension ne monte d’un cran, et quand les révélations tombent enfin, elles font pschiit. Le suspense ne décolle jamais vraiment et la moindre amorce de frisson s'éteint aussitôt. En plus de ça, si vous avez l'habitude des thrillers psychologiques, vous allez vite avoir une sensation de déjà-vu. Le coup de la fille innocente qui débarque chez les riches aux apparences parfaites pour y découvrir des squelettes dans le placard, on nous l'a déjà fait cent fois. Strung avance sur des rails balisés et ne prend aucun risque. Cette baisse de régime se ressent à plein tube dans la dernière demi-heure. Comme les indices sont semés avec de gros sabots tout au long du récit, on devine la fin bien avant les personnages.
Le dénouement manque cruellement d'impact et certains rebondissements semblent sortis du chapeau pour essayer de nous surprendre. Sans compter les réactions de Laila : elle reste plantée là alors que n'importe qui aurait fui cette maison depuis bien longtemps. Heureusement, tout n'est pas à jeter, à commencer par les acteurs. Chloe Bailey s'en sort très bien et donne une vraie sensibilité à Laila, ce qui nous permet de rester un minimum attachés à elle malgré ses choix discutables. Lynn Whitfield est impeccable et impose son autorité en matriarche froide, tandis qu'Anna Diop et Lucien Laviscount apportent ce qu'il faut de mystère. Visuellement, le film tient aussi la route. Les décors imposants accentuent le malaise et la photo est soignée.
Le contraste entre les couleurs chaleureuses du cadre et la froideur des relations humaines fonctionne bien. La bande-son est l'autre bonne surprise, mixant habilement classique, jazz et hip-hop, une vraie réussite pour un film qui parle de musique. Le vrai problème vient plutôt du montage. Strung dure près de deux heures et s'étires sur des scènes qui ne font pas avancer les choses. On a parfois l'impression de regarder une mini-série qui a été condensée à la va-vite pour tenir le format d'un seul long-métrage. C'est dommage, car le film survole des thèmes forts comme la santé mentale ou les traumatismes d'enfance sans jamais aller au bout de son propos, préférant empiler des rebondissements artificiels. Mention spéciale quand même à Jasmine, la pote de Laila, qui apporte un peu d'humour et de lucidité au milieu de cette lenteur.
Note : 2/10. En bref, Strung loupe le coche. L'idée de départ était bonne, le casting tenait la route et l'esthétique fonctionnait. En revanche, pour un thriller, le manque de tension et de surprise est difficile à pardonner. Ce n’est pas un calvaire à regarder, loin de là, mais ça s'oublie aussitôt le générique de fin terminé.
Prochainement en France en SVOD
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