3 Juin 2026
Iron Lung // De Mark Fischbach. Avec Mark Fischbach, Caroline Kaplan et Troy Baker.
Avec Iron Lung, le cinéma s’attaque à un matériau déjà bien connu des joueurs et des amateurs d’expériences narratives minimalistes. Cette adaptation prend la forme d’un huis clos étouffant, plongé dans un sous-marin minuscule au fond d’un océan de sang. Sur le papier, le concept possède tous les ingrédients pour offrir un film oppressant, étrange et totalement immersif. Dans la réalité, le résultat oscille constamment entre une vraie fascination et un ennui poli, parfois au sein d’une même scène. Ce qui marque dès les premières minutes, c'est la force de l'idée de départ.
Les étoiles ne sont plus. Les planètes ont disparu. Seuls quelques individus subsistent, à bord de stations spatiales ou de vaisseaux errants. Ils ont survécu pour assister à la fin — et lui donner un nom : « Le Rapt silencieux ». Après des années de déclin et d’infrastructures en perdition, l’Iron Consolidation fait une découverte sur une lune désolée, AT-5. Un océan de sang. L’Iron Consolidation lance immédiatement une expédition, avec l’espoir d’y trouver des ressources cruciales. Un sous-marin est construit, et un condamné y est enfermé. En raison de la pression et de la profondeur de l’océan, le hublot frontal du sous-marin est masqué par un bouclier de métal. S’il s’en sort, il gagnera sa liberté. Sinon, un autre suivra.
Un condamné est envoyé dans une sorte de cercueil métallique sous-marin, au cœur d’un monde hostile, avec pour seule mission de photographier les restes d’une civilisation disparue. C’est simple, direct, et le potentiel d’angoisse est immense. Le décor, réduit au strict minimum, renforce cette sensation de confinement total. Pourtant, ce choix radical qui fait la force du projet devient rapidement sa principale limite. Le film repose presque entièrement sur un unique espace. Dans ce sous-marin étroit, sombre et purement mécanique, le personnage principal évolue seul pendant la majeure partie de l'histoire. Cette contrainte narrative cherche clairement à installer une tension psychologique lourde.
Mais le rythme s'installe un peu trop vite dans une routine répétitive. Les tâches du protagoniste reviennent en boucle, les déplacements restent limités par la taille de la cabine et les actions finissent par toutes se ressembler. Ce qui devait créer une montée d’angoisse progressive ressemble finalement à une attente prolongée. Le temps devient un élément central de l'intrigue, mais pas de la bonne manière. L'histoire s’étire, donnant parfois l’impression que la mise en scène tourne en rond. Ce parti pris va diviser. Certains spectateurs aimeront cette expérience lente et volontairement inconfortable, tandis que d’autres auront simplement la sensation que le récit refuse d'avancer.
Sur le plan esthétique, Iron Lung essaie de construire une identité visuelle forte. Le sous-marin a un côté rouillé, presque organique, et il semble respirer au même rythme que le personnage. Quelques plans fonctionnent d'ailleurs très bien et transmettent une réelle sensation d’isolement. Malheureusement, cette ambiance n’est pas constante. Plusieurs passages souffrent d’un vrai manque de visibilité. Les choix d’éclairage rendent de nombreuses scènes difficiles à suivre, en particulier dans la dernière partie. Là où la tension devrait être à son comble, l'action devient floue. Cela crée une distance regrettable alors qu'on aimerait être totalement immergé.
Visuellement, on sent parfois le projet à mi-chemin entre le film indépendant ambitieux et la vidéo numérique étirée sur un format long-métrage. Ce mélange ne fonctionne pas toujours, surtout sur une durée qui dépasse le format naturel de ce genre de concept. Le scénario choisit lui aussi une approche mystérieuse et donne très peu d’explications. L’univers nous parvient par morceaux, comme si le spectateur devait reconstituer lui-même le puzzle d'une histoire incomplète. Cette narration cryptique peut s'avérer efficace sur un format court, mais sur la durée d'un film entier, elle devient lourde à porter. Le personnage principal traverse des situations dont les enjeux restent abstraits pour nous.
Les monologues intérieurs n'aident pas à clarifier la situation, ils renforcent même l’impression de tourner autour d’un secret sans jamais pouvoir l’effleurer. En gardant le spectateur à distance, le réalisateur rate l'occasion de créer une vraie connexion émotionnelle. Il devient difficile de s’attacher à ce qui se joue à l’écran lorsque les éléments de l'histoire restent trop flous ou dispersés. La structure globale du film manque d'équilibre. Une grande partie du récit se contente d'installer l’ambiance sans proposer de véritable évolution. Puis, dans le dernier tiers, tout s'accélère brutalement pour basculer dans le cauchemar annoncé. Ce changement de rythme arrive tard, sans doute trop tard pour ceux qui auront déjà décroché.
C'est dommage, car cette dernière partie contient les moments les plus marquants, avec une tension plus directe, une atmosphère agressive et une perte de contrôle bienvenue. Mais là encore, la mise en scène sombre rend les événements difficiles à décrypter, ce qui gâche un peu l'impact final. Au bout du compte, Iron Lung ressemble plus à une idée étirée au maximum qu’à une histoire structurée pour le cinéma. L’intention artistique reste louable, le film cherche à proposer une immersion étouffante et différente des productions habituelles en restant fidèle au jeu vidéo d'origine. Mais cette ambition se heurte de plein fouet à un problème de rythme.
Le film n’est pas un naufrage, mais il ne convainc pas totalement non plus. C’est une proposition de cinéma expérimentale qui oublie parfois qu'un bon concept a besoin d'un équilibre entre l'ambiance et la narration pour fonctionner sur la durée. Si le cadre sous-marin et l'isolement intriguent, les longueurs et le manque de clarté freinent l'enthousiasme. C’est un projet courageux qui demande beaucoup de patience, sans toujours offrir la récompense espérée.
Note : 3.5/10. En bref, l’intention artistique reste louable, le film cherche à proposer une immersion étouffante et différente des productions habituelles en restant fidèle au jeu vidéo d'origine. Mais cette ambition se heurte de plein fouet à un problème de rythme.
Sorti le 19 février 2026 au cinéma
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