4 Juin 2026
Quand on lance une production mexicaine sur Netflix qui parle d'amours perdues et de secrets de jeunesse, on s'attend presque automatiquement à tomber sur un mélodrame lourd. On imagine déjà les grands cris, les trahisons surjouées et les rebondissements artificiels à la fin de chaque épisode pour nous forcer à cliquer sur le suivant. Pourtant, Santita prend le contre-pied total de ces attentes. Cette première saison de sept épisodes d'une grosse demi-heure chacun choisit une voie bien différente, beaucoup plus calme, introspective et profondément humaine. On suit ici le destin de María José Cano, surnommée Santita, une femme dont la vie a basculé à la suite d'un accident tragique survenu pendant sa jeunesse.
María José Cano, alias Santita, abandonne l'homme de sa vie devant l'autel après un accident de voiture qui la laisse en fauteuil roulant. Vingt ans plus tard, elle est contrainte d'affronter son passé lorsqu'il refait brusquement surface dans sa vie.
Dès le départ, l'histoire pose des bases réalistes. À l'époque, après ce drame, María José a pris la décision radicale de tout couper, y compris de fuir l'homme qu'elle s'apprêtait à épouser. Deux décennies passent, le quotidien s'installe, les cicatrices se referment tant bien que mal. Mais le passé finit toujours par retrouver notre adresse. Le retour soudain de cet amour de jeunesse vient faire voler en éclats la bulle qu'elle s'était construite, réveillant des souvenirs, des regrets et des questions qu'elle pensait avoir définitivement enterrés sous le poids des années. Ce qui frappe rapidement en regardant la série, c'est son refus d'en faire trop. Le réalisateur Rodrigo García n'essaie pas de piéger le spectateur avec des coups de théâtre artificiels toutes les dix minutes.
L'intérêt de l'intrigue se situe plutôt dans ce que les personnages ne disent pas, dans leurs regards fuyants et les lourds silences qui s'installent entre eux. Ce parti pris narratif privilégie la psychologie à l'action pure. C'est un choix courageux qui plaira sans aucun doute aux amateurs de récits intimistes, même si cela implique d'accepter un rythme globalement très posé, qui pourra en laisser certains en chemin. Le point fort de cette production repose entièrement sur les épaules de son héroïne. Le scénario a la bonne idée de ne jamais faire de Santita une figure parfaite ou une victime idéale. Elle est complexe, pétrie de contradictions, parfois franchement agaçante. Elle se montre incroyablement généreuse un jour, puis totalement froide et distante le lendemain.
Ses décisions ne sont pas toujours les bonnes, elles s'avèrent parfois guidées par l'impulsion ou la peur. C'est précisément cette imperfection qui la rend humaine et crédible à nos yeux. On ne regarde pas un personnage de fiction théorique, on observe une femme qui fait ce qu'elle peut avec les morceaux de son existence. L'actrice Paulina Dávila livre une performance remarquable tout en retenue. Son jeu ne passe pas par de grandes crises de larmes ou des explosions de colère, mais par de petites hésitations et une sensibilité à fleur de peau. Face à elle, Gael García Bernal apporte toute sa justesse au personnage d'Alejandro, cet homme abandonné vingt ans plus tôt.
Alejandro n'est pas juste un fantôme romantique venu reconquérir son ex. Il a vécu, il a souffert, il a ses propres failles. La confrontation entre ces deux êtres donne lieu à des moments d'une belle intensité, où l'affection sincère se mélange constamment aux rancœurs accumulées. On ressent le poids du temps qui a changé les corps et les mentalités. Au-delà des retrouvailles, la série aborde le thème du handicap de façon particulièrement intelligente. C'est l'un des aspects qui m'a le plus marqué en tant que critique. Souvent, la fiction utilise le handicap comme un simple ressort dramatique pour faire pleurer le public ou pour valoriser un personnage. Ici, il s'intègre simplement dans la normalité du quotidien de l'héroïne.
La mise en scène montre les contraintes concrètes, le regard pesant de la société et les obstacles relationnels sans jamais tomber dans le misérabilisme. Cette sobriété permet de parler d'autonomie et d'insertion avec une maturité bienvenue. La réalisation technique soutient parfaitement ce ton confidentiel. Avec de nombreux plans serrés, la caméra reste au plus près des visages, captant la moindre micro-expression. L'ambiance visuelle s'avère plutôt sobre, privilégiant des tons parfois sombres et mélancoliques qui collent à l'état d'esprit des protagonistes. Tout n'est pas parfait pour autant dans cette première saison. Le principal reproche qu'on peut lui faire concerne sa gestion du temps.
À force de vouloir installer une atmosphère pesante, le récit s'embourbe parfois dans des longueurs évitables. Certaines scènes s'étirent inutilement et l'intrigue piétine au milieu de la saison. De plus, la seconde moitié de l'histoire devient assez prévisible, les révélations majeures se devinant bien avant qu'elles ne surviennent à l'écran. On regrette aussi que les personnages secondaires soient un peu délaissés, servant uniquement de faire-valoir pour éclairer le parcours de Santita sans exister pleinement pour eux-mêmes.
Note : 5/10. En bref, malgré ces quelques faiblesses de rythme, la proposition reste honnête et solide jusqu'au bout. Santita ne cherche jamais à tricher avec les sentiments du public. Au final, cette première saison séduit par son refus du spectaculaire et son écriture sensible. C'est une œuvre touchante sur la culpabilité, le pardon et la possibilité de reconstruire sa vie après le drame. Si vous cherchez une histoire portée par des personnages profonds et des acteurs habités, cette production mérite amplement qu'on lui accorde sa chance.
Disponible sur Netflix
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