20 Juin 2026
Quand on pense aux séries de super-héros, on imagine tout de suite des effets spéciaux spectaculaires, des costumes moulants et des explosions à chaque coin de rue. Avec sa première saison en huit épisodes, la série coréenne The Wonderfools prend exactement le contre-pied de cette tendance. Ici, pas de sauveurs du monde irréprochables, mais une bande de marginaux un peu paumés qui héritent de pouvoirs qu’ils ne comprennent pas du tout. Le résultat donne une aventure humaine, souvent très drôle, qui préfère s'attarder sur les galères de ses protagonistes plutôt que sur la survie de la planète.
Année 1999, l'apocalypse est annoncée. Un groupe de citadins maladroits acquièrent de manière inattendue des super-pouvoirs et combattent les méchants qui menacent la paix de la ville de Haeseong.
Dès le départ, le show affiche une vraie originalité en mélangeant les genres. On navigue entre la comédie pure, le mystère fantastique et la chronique de province, le tout ancré dans une époque bien particulière : la fin des années 1990. Ce choix temporel n'est pas qu'un simple décor. L’ambiance des années 90, avec ses technologies vintage et la paranoïa collective autour du bug de l’an 2000, apporte une vraie couleur et une nostalgie agréable au récit. C'est un cadre parfait pour cette histoire un peu loufoque. Ce qui fait le sel de The Wonderfools, c'est avant tout sa galerie de portraits. Au centre de l'intrigue, on découvre une héroïne particulièrement vivante.
Elle est impulsive, maladroite, fonce tête baissée et crée des catastrophes partout où elle passe. C’est elle qui déclenche la majorité des situations comiques, mais le scénario a le bon goût de lui donner de la profondeur. Derrière ses airs de tornade se cache une vraie vulnérabilité, et c’est ce contraste qui la rend si intéressante à suivre. Autour d'elle, les autres membres du groupe sont tout aussi gratinés. Aucun d’entre eux n’a le profil du héros traditionnel. Ils enchaînent les mauvaises décisions, se disputent pour des broutilles et subissent les événements plus qu'ils ne les maîtrisent. C'est justement cette absence totale de contrôle qui rend leurs aventures si savoureuses.
On s'attache à eux parce qu'ils nous ressemblent dans leurs faiblesses. Au fil des épisodes, les liens qui se tissent au sein de cette petite équipe deviennent le véritable moteur de la série. L’amitié est d'ailleurs le grand point fort de la saison. Plus que l'origine de leurs pouvoirs, c’est l’évolution de leurs relations qui donne envie de lancer l’épisode suivant. Les scénaristes jouent à fond sur les différences de caractère pour créer des étincelles, mais aussi de vrais moments de tendresse. Le casting livre une excellente performance, avec un jeu très naturel qui donne l’impression de voir une vraie bande de copains interagir à l'écran. L’humour est sans doute la plus grande réussite du projet.
Les dialogues sont vifs et les réactions des personnages face à leurs nouvelles capacités sont souvent absurdes. Dans la plupart des fictions du genre, recevoir un pouvoir transforme instantanément un quidam en justicier confiant. Dans The Wonderfools, cela devient surtout une source d’emmerdes supplémentaires. Les personnages improvisent, testent des choses, aggravent leur cas, et cette maladresse assumée donne une fraîcheur incroyable à la série. Le traitement des pouvoirs est lui aussi bien pensé. Au lieu de servir de simple prétexte pour intégrer des scènes d'action, chaque capacité semble directement liée à la personnalité ou aux peurs secrètes de celui qui la possède.
Cela renforce l'aspect psychologique et humain de l'histoire, transformant le fantastique en un miroir des failles de chacun. Tout n’est pas parfait pour autant, et la série montre ses limites dès qu’elle essaie de devenir plus sombre. Les intrigues secondaires autour des laboratoires secrets, des complots gouvernementaux et des grands méchants manquent cruellement d'originalité. Les révélations tombent souvent à plat et les enjeux dramatiques peinent à impliquer le spectateur sur le plan émotionnel. Quand le récit tente de se prendre trop au sérieux, il perd un peu de sa superbe. Le même constat s'applique aux scènes de combat. Elles font le travail pour faire avancer l'histoire, mais elles ne marqueront pas les esprits par leur inventivité ou leur réalisation.
Heureusement, la mise en scène sait où se situent ses forces et revient toujours assez vite au cœur du sujet : l’humain et la dynamique de groupe. On peut également regretter quelques longueurs. Le format des épisodes est assez généreux, ce qui fait que certaines sous-intrigues s'étirent inutilement. Un montage un peu plus serré aurait permis d'éviter des baisses de rythme au milieu de la saison. Heureusement, le capital sympathie des personnages permet de ne jamais s'ennuyer fermement. Visuellement, le voyage dans le temps fonctionne à merveille. Les décors, la lumière et les costumes respectent bien l’identité de l’époque sans tomber dans la caricature.
La réalisation privilégie les plans larges sur les interactions plutôt que les démonstrations techniques d'effets visuels, ce qui colle parfaitement au ton global. Enfin, on apprécie que la romance reste très secondaire. Elle est présente, mais elle ne parasite jamais l'intrigue principale, évitant ainsi les clichés habituels du genre.
Note : 6.5/10. En bref, The Wonderfools offre un divertissement très solide. Même si l'intrigue de fond est parfois prévisible et le rythme inégal, le voyage vaut le coup pour la simple fraîcheur de son traitement. Pour les amateurs de séries coréennes qui cherchent une alternative originale aux grosses productions de super-héros américaines, c’est une proposition très agréable qui privilégie le cœur à la puissance. Une jolie surprise, portée par un groupe de héros improbables que l'on quitte à regret.
Disponible sur Netflix
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