16 Juin 2026
Quand une série décide de laisser de côté les gros rebondissements pour se concentrer uniquement sur l’humain, ça passe ou ça casse. Avec Trion, on est pile dans cet exercice délicat. Adaptée du roman de Johanna Hedman, cette première saison de six épisodes d'une trentaine de minutes pose une ambiance forte pour nous plonger dans l'intimité d'un trio dont les choix de jeunesse résonnent encore des années plus tard. On est face à un drame relationnel pur, qui préfère les silences et les regards aux grands éclats de voix. Derrière sa simplicité, la série réussit à capter quelque chose de très vrai sur la manière dont le temps transforme nos liens.
Hugo, d'âge moyen, rencontre la fille de ses amants d'enfance et le ramène au moment où son jeune homme commence l'université.
L’ambiance s'installe d'ailleurs dès les premières minutes. Le travail sur les décors, la lumière et la photographie est remarquable. Visuellement, chaque scène donne l’impression d'ouvrir un vieil album de photos, avec cette touche de nostalgie immédiate qui donne au présent un air de souvenir. Ce parti pris esthétique colle parfaitement à l'histoire, qui passe son temps à faire des allers-retours entre la jeunesse des personnages et leur vie d'adulte. Pour raconter cette histoire, le scénario s’appuie sur une narration éclatée. On saute d'une époque à l'autre pour reconstituer le puzzle de leur vie. Ce procédé n’est pas nouveau, on l'a vu mille fois, mais ici, il est très bien géré.
Ça permet de comprendre petit à petit comment un moment précis a bousculé le destin de chacun, sans jamais rompre le fil du récit. On reste accroché, curieux de voir comment le passé a façonné le présent. Au centre de tout ça, il y a Hugo, Thora et August. Un triangle amoureux ? Oui, mais pas au sens classique ou cliché du terme. C’est plutôt une toile complexe où se mélangent l'amitié profonde, le désir, l’amour et une vraie dépendance affective. Les frontières sont floues, et c’est tant mieux. Ce qui me plaît beaucoup, c’est que la série refuse de simplifier les choses en désignant un gentil et un méchant. Chaque personnage avance avec ses propres contradictions, ses forces, ses grosses failles et ses erreurs de jugement.
Cette écriture donne aux protagonistes une vraie crédibilité, même quand les situations frôlent parfois le romanesque. Les tensions ne viennent pas de retournements de situation improbables, elles naissent directement des tripes des personnages : la peur de perdre l’autre, la jalousie qui s'installe sans prévenir ou la difficulté de trouver sa place quand on aime différemment. Ce qui me marque le plus dans Trion, c’est sa façon de parler du passé. La nostalgie n’y est pas douce ou réconfortante. Au contraire, les souvenirs pèsent lourd. La série montre très bien comment certaines décisions, parfois prises sur un coup de tête quand on a vingt ans, finissent par vous suivre toute votre vie.
Derrière le récit amoureux, il y a une vraie réflexion sur les regrets et sur ce qu'on fait de nos choix d'autrefois. Esthétiquement, la série tient sa ligne du début à la fin. La réalisation fait confiance au spectateur. Elle ne ressent pas le besoin de tout expliquer par des dialogues interminables, elle préfère laisser les visages parler. Certains plans fixes sont magnifiques et accentuent ce sentiment de mélancolie douce-amère qui traverse la saison. La lumière chaude et les décors soignés créent un univers à part, loin des ambiances froides ou ultra-modernes qu’on voit partout en ce moment. C’est élégant, mais sans faire prétentieux. Même les scènes plus intimes évitent le piège de la provocation gratuite.
Elles ne sont pas là pour faire du buzz, mais pour raconter l’état émotionnel du trio à un instant T, pour montrer comment le désir s’emmêle avec le reste de leurs sentiments. Ça s'intègre naturellement dans l'histoire. Le casting est l'autre grande force du projet. Faire jouer les mêmes rôles par des acteurs différents selon les époques est toujours un pari risqué. Ici, la transition fonctionne très bien, et on croit totalement à l'évolution des personnages sur plusieurs décennies. Les acteurs qui jouent les versions adultes apportent une retenue magnifique. Ils expriment énormément de choses à travers un simple flottement dans le regard ou une hésitation. On sent que les vieilles cicatrices sont toujours là, à fleur de peau.
Du côté des acteurs plus jeunes, c’est également très solide, même si l’on ressent parfois un petit manque de naturel dans deux ou trois séquences. Rien de grave cependant, car la complicité entre eux est évidente et l'alchimie globale porte la série sans faiblir. Tout n’est pas parfait pour autant. Le format court montre parfois ses limites. En six épisodes, le scénario doit presser le pas pour lier les époques, ce qui laisse quelques intrigues secondaires de côté. J'aurais aimé que la série creuse davantage l'environnement familial ou la psychologie profonde des personnages, qui ne sont parfois qu'évoqués en surface.
De plus, quelques répliques manquent de finesse, comme si le texte voulait trop surcharger une émotion que la simple mise en scène parvenait déjà à faire passer. Heureusement, ces petits défauts restent rares. Au final, ce que je retiens de cette première saison, c’est sa sensibilité. Trion n’est pas un énième feuilleton sur un triangle amoureux superficiel. C’est une série qui parle des barrières sociales, de notre besoin de liberté, de la difficulté de construire un couple qui dure et de cette peur universelle de voir le temps nous échapper. Le rythme pourra sembler un peu lent à ceux qui cherchent de l'action pure, mais cette lenteur est indispensable pour installer une telle atmosphère.
Note : 7/10. En bref, Trion réussit son pari en proposant un drame intime fort, porté par une vraie signature visuelle. Malgré ses petits raccourcis, la série trouve le bon équilibre entre la mélancolie et la complexité des sentiments humains. Une belle surprise que je vous recommande si vous aimez les histoires qui restent en tête après le générique de fin.
Prochainement en France
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