Critique Ciné : Hérésie (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Hérésie (2026, direct to SVOD)

Hérésie // De Didier Konings. Avec Anneke Sluiters, Len Leo Vincent et Reinout Bussemakera.

 

Avec son moyen-métrage Hérésie, le réalisateur Didier Konings s’engouffre dans un genre que beaucoup adorent détester ou détestent adorer : le folk horror. Honte à moi, fan du genre, d’être passé à côté lors de sa sortie. On y retrouve tous les ingrédients familiers du genre, ces villages coupés du monde, ces superstitions ancestrales qui dictent la conduite des habitants et, bien sûr, cette menace tapie dans l’ombre des arbres. Le résultat final est une œuvre clivante, visuellement superbe, mais qui laisse un goût d’inachevé au moment du générique de fin. L’histoire nous place dans les pas de Frieda, une femme dont le quotidien est dicté par une communauté médiévale où la religion et les traditions étouffent tout le reste. 

 

Au Moyen Âge, dans un petit village très pieux de Hollande, Frieda tente de concevoir un enfant avec son mari. Malheureusement, elle ne parvient pas à tomber enceinte, et les villageois commencent à la soupçonner d'avoir conclu un pacte avec le diable qui résiderait dans la forêt.

 

Dans ce monde, sa valeur est résumée à une seule chose : sa capacité à donner la vie. Quand elle ne tombe pas enceinte, elle devient logiquement la cible de tous les regards. Le mari, lui, est épargné par le doute ; la culpabilité est systématiquement rejetée sur l’épouse. Cette pression sociale finit par l’isoler totalement, la poussant inexorablement vers cette forêt que les villageois jugent maudite. C’est un point de départ classique, mais toujours efficace pour installer une tension permanente. Dès les premières séquences, Didier Konings impose une atmosphère lourde, presque étouffante. La direction artistique est indéniablement le point fort du film. 

 

Les décors, les costumes austères et le travail sur la photographie créent une immersion immédiate. On sent le poids de la religion et le fanatisme qui gangrènent ce petit village. Le réalisateur ne cherche pas la facilité des jumpscares à répétition, il privilégie une montée en malaise plus lente, plus insidieuse, ce qui est une excellente approche pour le genre. Il est impossible de parler de ce film sans évoquer l'éléphant dans la pièce : la ressemblance frappante avec The Witch. Les influences sont tellement visibles qu'elles en deviennent parfois gênantes, empêchant le film de se détacher totalement de son modèle. Pourtant, cela n'enlève rien à la qualité de certaines images. 

 

Lorsque le récit bascule réellement dans le fantastique et que le folklore local, notamment celui des fameuses « femmes sages » (les Witte Wieven), prend le dessus, Konings propose des visions vraiment marquantes. Le cœur thématique du film est sans doute sa plus grande réussite. Au-delà des arbres et du folklore, c’est le portrait d’une oppression systémique qui est dressé. Frieda est rejetée parce qu'elle ne coche pas la case de la maternité, et son parcours finit par ressembler à une forme d'émancipation brutale. Ce qu'elle trouve dans la forêt, et que les autres considèrent comme le mal absolu, devient en réalité son seul moyen de liberté. Ce discours social est clair, cohérent, et surtout, il n'est jamais trop lourd ou didactique.

 

C’est là que le bât blesse : malgré ses qualités, le scénario peine à suivre le rythme. Avec une durée très courte, à peine plus d’une heure, on a parfois l’impression que le film court un marathon en accéléré. C’est paradoxal, car le rythme semble très lent, presque contemplatif, mais on ressent constamment le besoin d’en avoir plus. Le folklore des Witte Wieven, qui est pourtant le moteur de l'intrigue, est survolé sans jamais être creusé. On ressort de la séance avec trop de questions sans réponse et l’impression que certaines scènes ont été intégrées uniquement pour l'ambiance, sans véritablement faire avancer l'histoire. Didier Konings, dont le travail passé est très lié au concept art et aux effets visuels, prouve qu'il sait composer des plans magnifiques. 

 

Il y a une véritable patte visuelle, surtout avec les effets pratiques qui ponctuent les apparitions surnaturelles. Les acteurs jouent le jeu parfaitement, avec des dialogues minimalistes, laissant le regard des personnages faire tout le travail. Mais cette approche très contemplative, presque vide par moments, risque de laisser sur le carreau les spectateurs qui attendent une narration plus charpentée. Hérésie ne mérite pas d'être catalogué comme une simple copie de ses prédécesseurs. Derrière l’hommage aux grands classiques, on sent une vraie volonté de mettre en avant un folklore local et d'aborder la condition féminine dans un cadre médiéval. 

 

C'est une proposition intéressante pour les amoureux de l'ambiance et du folk horror. Il manque simplement cette densité narrative, ce petit surplus d'écriture qui aurait permis au film de passer de bel exercice de style à film marquant. C’est une œuvre imparfaite, qui aurait clairement mérité quelques minutes de plus pour vraiment développer ses thématiques, mais qui reste une curiosité visuelle soignée pour les passionnés du genre.

 

Note : 6/10. En bref, Hérésie brille par son esthétique soignée et son ambiance de folk horror médiéval étouffante, portant un regard pertinent sur l'oppression féminine. Cependant, sa durée d'à peine une heure et son rythme contemplatif laissent le scénario survolé, transformant le film en un bel exercice de style visuel qui manque cruellement de substance.

Sorti le 31 janvier 2026 directement sur Shadowz

 

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