2 Juillet 2026
Chum // De Jonathan Zuck. Avec Alice Eve, Eric Michael Cole et Jim Klock.
Le cinéma de requin low-cost nous a habitués au pire, mais certains réalisateurs prennent visiblement le concept comme un défi personnel. Chum débarque avec une promesse tellement éculée qu'elle en devenait presque touchante. L'an dernier, Dangerous Animals avait pourtant réussi à surprendre tout le monde en changeant intelligemment de braquet : le film utilisait le prétexte du squale pour bifurquer vers un vrai thriller sombre, centré sur un trafic d'êtres humains et un capitaine de bateau sadique qui tuait pour son propre plaisir. C'était malin, c'était efficace. Chum tente visiblement de braquer exactement la même idée, le talent en moins. Le réalisateur recycle cette trame du capitaine psychopathe et de la survie en mer, mais il n'en fait absolument rien.
Un couple de jeunes mariés et leurs amis en croisière en Méditerranée affrontent un requin mortel et un tueur parmi eux, transformant leurs vacances en combat désespéré pour survivre.
Au lieu d'une série B nerveuse, on se retrouve devant un naufrage artistique absolu, conçu à la va-vite par des gens qui n’ont visiblement jamais vu un océan de leur vie. Le concept de base repose donc sur cet antagoniste dont la santé mentale s'est évaporée en même temps que son bon sens. Le type kidnappe et ligote des gens sur son embarcation sans aucune logique tactique, laissant des opportunités de fuite tellement grosses que même un bulot tenterait sa chance. Les victimes, de leur côté, semblent trouver la situation relativement confortable. Elles assistent à leur propre séquestration avec le dynamisme d'une huître en fin de marché.
Les scènes s'enchaînent sans aucun fil conducteur, uniquement dictées par le besoin viscéral de meubler le temps pour atteindre le format d'un long-métrage. Rien ne tient debout, rien ne fait sens, et la crédibilité prend l'eau dès les cinq premières minutes. Le traitement des personnages atteint des sommets de fainéantise. Les scénaristes ont accouché de véritables clichés ambulants, privés de la moindre once de profondeur. Le summum du ridicule est atteint lorsqu'un proche du héros passe l'arme à gauche dans l'indifférence la plus totale. La scène, censée arracher des larmes, déclenche surtout un grand moment de solitude face à l'absence totale d'émotion des survivants.
On dirait qu'ils viennent de perdre une clé de douze plutôt qu'un membre de leur famille. Pour couronner le tout, les dialogues semblent avoir été traduits par un logiciel d'Europe de l'Est des années quatre-vingt-dix. Les répliques tombent à plat, portées par des acteurs qui attendent visiblement que leur chèque soit encaissé, avec des blancs interminables entre chaque phrase qui cassent le peu de rythme existant.
Un bon thriller de survie repose sur la peur, l'angoisse et la gestion de la menace. Ici, le réalisateur a visiblement confondu la tension dramatique avec l'ennui mortel. Le montage est un modèle de ce qu'il ne faut pas faire dans une école de cinéma. Les séquences inutiles s'étirent sur des plombes tandis que les moments clés sont expédiés en trois plans foireux.
Cette absence totale de maîtrise du tempo transforme le visionnage en une lente agonie où le spectateur cherche désespérément un intérêt visuel ou narratif qui ne viendra jamais. Parlons des vedettes de l'affiche : les requins. Les effets numériques sont d'une laideur assez remarquable pour notre époque. Le squale en images de synthèse arbore une texture de plastique brillant qui rappelle les jouets de bain pour enfants. Ses mouvements défient toutes les lois de la physique marine. Les attaques et les effusions de sang synthétique affichent un décalage de colorimétrie tellement flagrant avec le reste de l'image qu'on croirait voir des collages amateurs. L'immersion est totalement ruinée par cette fainéantise technique qui transforme le gore en farce visuelle.
L'intrigue ne fait que recycler les pires poncifs du genre sans jamais essayer d'apporter une lecture personnelle ou un second degré salvateur. Le film se prend terriblement au sérieux alors qu'il flirte constamment avec le ridicule achevé. Il hésite en permanence entre le thriller psychologique sombre et le nanar involontaire, sans jamais réussir à choisir son camp. Cette absence d'identité visuelle et scénaristique plonge l'ensemble dans un anonymat complet, renforcé par une bande-son inexistante qui oublie de souligner l'action. Même sa courte durée ne parvient pas à sauver le projet du désastre. Quatre-vingts minutes peuvent sembler une éternité quand le vide intersidéral sert de ligne directrice. Une fois le calvaire terminé et le générique de fin lancé, il ne reste absolument rien en mémoire, si ce n'est le regret d'avoir perdu son temps.
Note : 0/10. En bref, en voulant copier grossièrement le virage psychologique de Dangerous Animals sans en comprendre la recette, Chum réussit l'exploit d'être à la fois techniquement raté, dramatiquement nul et profondément ennuyeux. Une véritable performance dans le domaine du naufrage cinématographique.
Prochainement en France en SVOD
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