Critique Ciné : Eruption (2026)

Critique Ciné : Eruption (2026)

Eruption // De Pete Ohs. Avec Charli xcx, Lena Góra et Will Madden.

 

On a tous en tête ces films indépendants qui misent tout sur l'ambiance, quitte à laisser le scénario un peu de côté. C'est exactement le pari de Eruption, le nouveau long-métrage de Pete Ohs. Un drame romantique ultra-court (à peine 71 minutes chrono) qui nous embarque dans les rues de Varsovie aux côtés de Bethany, une jeune Britannique fraîchement débarquée avec son copain. Le voyage bascule quand elle croise par hasard Nel, une femme qui a beaucoup compté pour elle par le passé. Entre elles, l'étincelle se rallume, portée par une drôle de croyance : à chaque fois qu'elles se retrouvent, un volcan se réveille quelque part sur Terre.

 

Bethany est en vacances à Varsovie avec son fiancé lorsque son chemin recroise celui d’une amie, Nel, avec qui elle entretenait une relation électrique. Au même moment, l’Etna entre en éruption.

 

L'idée de départ est franchement séduisante. Mélanger le hasard, le destin et les retrouvailles amoureuses dans une capitale polonaise loin des clichés touristiques, ça avait tout pour plaire. Pourtant, la mayonnaise a du mal à prendre et le film passe à côté de son potentiel émotionnel. Pete Ohs a choisi de construire son récit en roue libre. On suit les personnages qui déambulent, traînent dans des cafés, squattent un appart ou se baladent au gré des rencontres. Cette spontanéité vient du fait que le réalisateur a improvisé une bonne partie du script avec ses acteurs pendant le tournage. Si cette méthode donne parfois un côté très naturel aux scènes, elle montre aussi ses limites. L'histoire avance sans boussole et plusieurs moments semblent là juste pour meubler l'espace. 

 

Pour couronner le tout, une voix off s'invite régulièrement pour lier le tout, mais elle alourdit le rythme plus qu'autre chose en expliquant ce qu'on aurait préféré deviner à l'écran. Heureusement, le film peut compter sur son décor pour remonter le niveau. Varsovie est filmée avec une vraie délicatesse, sans fard ni artifice, mêlant barres d'immeubles en béton, terrasses animées et coins plus secrets. La lumière est soignée et la ville devient un personnage à part entière, ce qui plaira sans doute aux amateurs de cinéma contemplatif. Cette mise en scène épurée et ces longues discussions en marchant rappellent d'ailleurs le style de la Nouvelle Vague. C’est plutôt bien exécuté, même si cela donne parfois l'impression d'un exercice de style un peu trop appliqué.

 

Côté casting, la bonne surprise vient de Charli XCX, qui trouve ici l'un de ses premiers vrais rôles de cinéma. Elle joue Bethany avec une retenue payante et un naturel désarmant. Face à elle, Lena Góra apporte beaucoup de douceur au personnage de Nel, tandis que Will Madden campe parfaitement le petit ami largué par les événements. Le problème, c'est que l'écriture ne va jamais au fond des choses. On nous répète que le lien entre Bethany et Nel est fusionnel, mais le film ne nous montre presque rien pour le prouver. Les dialogues restent plats, très quotidiens, et les sentiments n'explosent jamais. Difficile, dans ces conditions, de s'attacher à leur histoire. Même la métaphore du volcan reste une jolie idée poétique qui ne débouche sur rien de concret.

 

Malgré son titre, Eruption manque terriblement d'intensité. Tout reste feutré, distant, sans vagues. Quand Bethany s'éloigne de son mec pour rejoindre Nel, la transition se fait presque sans vagues ni disputes. C'est frustrant, car le film aborde des thèmes forts comme les deuxièmes chances ou les choix amoureux, mais il préfère la suggestion au conflit direct. Sa courte durée est alors un couteau à double tranchant : le film évite les longueurs, mais s'arrête pile au moment où on commençait enfin à s'intéresser aux personnages.

 

Note : 5/10. En bref, Eruption reste une proposition visuelle sympa et une parenthèse plutôt agréable, portée par la fraîcheur de ses acteurs et le charme de Varsovie. Mais à force de rester en surface et de privilégier l'ambiance au détriment du cœur, le film nous laisse un arrière-goût d'inachevé. Un joli moment de cinéma, mais qui s'oublie malheureusement assez vite.

Sorti le 24 juin 2026 au cinéma

 

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