1 Juillet 2026
L’Ombre du Corbeau // De Dylan Southern. Avec Benedict Cumberbatch, David Thewlis et Sam Spruell.
On voit passer pas mal de longs-métrages qui zappent la case cinéma pour atterrir directement sur nos plateformes de streaming ou qui sortent chez nos voisins sans jamais arriver chez nous. Après avoir regardé L'Ombre du Corbeau, je comprends assez vite pourquoi il n'a pas eu le droit à une sortie en salles en France. C’est dommage, parce que sur le papier, le projet avait vraiment de quoi intriguer. Entre Benedict Cumberbatch en tête d’affiche, une ambiance de thriller psychologique qui flirte avec le fantastique et cette idée bizarre d’une immense créature qui s’immisce dans le deuil d’une famille, il y avait de la matière pour faire un grand film. Pourtant, le résultat m’a laissé un sérieux goût d'inachevé.
Un père, dont la réalité s’effondre à la mort de sa femme, se voit traqué par une présence étrange, sortie toute droite de ses dessins. Cette mystérieuse créature s’invite dans sa vie et y sème le chaos. C’est peut-être exactement ce dont il avait besoin.
L’histoire se concentre sur un père qui vient de perdre sa femme brutalement. Propulsé en solo avec ses deux jeunes fils, il essaie de garder la tête hors de l'eau, mais la douleur est visiblement trop lourde à porter. Très vite, un corbeau géant débarque au beau milieu de la maison. Le film choisit de ne jamais trancher : est-ce une pure hallucination liée au choc, une vraie force surnaturelle, ou juste une métaphore géante de la dépression ? L'intrigue préfère entretenir le mystère plutôt que de poser des réponses claires sur la table. Franchement, le concept de départ est excellent. Utiliser le cinéma de genre et une créature un peu flippante pour parler de la perte et de la reconstruction, ça change des drames familiaux classiques.
Mais le problème, c'est que le scénario s'essouffle à une vitesse folle. Au bout de vingt minutes, on comprend que le film tourne en boucle. Les scènes se ressemblent toutes, les personnages traversent les mêmes états d'esprit et le récit avance à deux à l'heure sans qu'on apprenne grand-chose de plus sur eux. C'est le principal défaut de l'écriture : on a du mal à s'attacher à cette famille parce qu'on ne la connaît pas vraiment. Le père est présent dans quasiment tous les plans, et pourtant, il reste totalement opaque. À part le fait qu'il souffre énormément, le film ne nous dit rien sur ce qu'il est, sur son passé, ou sur la relation qu'il avait avec son épouse.
Même constat pour ses deux fils, qui servent surtout de témoins à sa descente aux enfers mais qui manquent cruellement de relief. On survole leur propre douleur sans jamais creuser, et cette distance finit par bloquer l'émotion. Le scénario garde trop de secrets, notamment sur les circonstances de la mort de la mère, et ce refus de donner des clés empêche de s'investir pleinement dans leur histoire. Parlons un peu de ce fameux corbeau, qui reste l'attraction principale du long-métrage. Visuellement, il faut avouer qu'il en impose avec sa silhouette massive et son allure menaçante. Le réalisateur Dylan Southern essaie visiblement d'instaurer des codes du cinéma d'horreur, avec quelques moments de tension et une ambiance très sombre. Mais la mayonnaise ne prend pas.
Le film a constamment le cul entre deux chaises, hésitant sans arrêt entre le drame intimiste et le thriller fantastique. Les moments de frousse tombent à plat et, à l'inverse, dès qu'une scène commence à devenir touchante entre le père et ses enfants, le corbeau déboule et coupe net l'élan. Au lieu d'amplifier le drame, la créature finit par parasiter le vrai sujet. Côté esthétique, le choix d'une photographie ultra-sombre est assumé. Les pièces sont plongées dans le noir, les ombres bouffent l'écran, au point qu'on plisse parfois les yeux pour deviner ce qui s'y passe. Si cela fonctionne au début pour créer un climat pesant, cela installe surtout une grosse monotonie sur la longueur.
Pendant une heure et demie, on baigne dans la même ambiance grise, silencieuse et étouffante, sans aucune variation de rythme. Les minutes paraissent longues, d'autant que le film étire des séquences qui n'apportent rien de neuf à l'intrigue. Heureusement que les acteurs sauvent les meubles. Benedict Cumberbatch est comme toujours impeccable. Il se donne à fond et livre une prestation sincère en père brisé, cherchant par tous les moyens à donner de la crédibilité à un personnage pourtant très répétitif. Ses efforts sont visibles et les deux jeunes acteurs qui jouent ses fils s'en sortent aussi de manière très naturelle. Mais le réalisateur ne sait pas trop quoi faire de leur talent.
Les dialogues restent plats et le manque de contexte empêche les scènes fortes de nous décrocher une larme. On aurait tellement aimé les voir vivre avant, comprendre ce qu'ils ont perdu, plutôt que d'être balancés directement dans cette thérapie géante et abstraite. Même la dimension purement horrifique reste très limitée. Les quelques effets de surprise sont ultra-classiques et l'ensemble manque cruellement de tension. Le réalisateur préfère installer un malaise permanent plutôt que de chercher à faire peur. Cette approche aurait pu fonctionner avec un scénario plus solide, mais elle finit surtout par ralentir encore davantage le rythme général.
Note : 2.5/10. En bref, L'Ombre du Corbeau passe à côté de son sujet. L'intention de départ était belle, Cumberbatch fait le travail et l'ambiance visuelle a du caractère, mais l'écriture paresseuse gâche le potentiel. Le film veut à tout prix paraître profond et métaphorique, mais il oublie de construire un pont avec le spectateur. C'est une œuvre lente, parfois frustrante, qui n'arrive jamais à toucher en plein cœur. Dans le genre, d'autres drames ont traité le deuil de façon bien plus percutante sans avoir besoin d'inviter un oiseau géant dans le salon.
Sorti le 1er juillet 2026 directement sur Paramount+
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