6 Juillet 2026
It’s Ok // De Lina Yang. Avec Ni Chuai, Wenjun He et Boyuan Huang.
Quand on s'installe devant un film qui s'appelle It's Ok, on se doute bien que tout ne va pas couler de source. C'est exactement ce que propose ce long-métrage : une plongée dans les coulisses d'une reconstruction personnelle, sans pour autant sombrer dans un mélo larmoyant. Le réalisateur choisit de traiter des thèmes profonds comme le deuil, la complexité des rapports familiaux et la condition des femmes, le tout porté par une envie féroce d'avancer. Le résultat final a beau manquer parfois d'équilibre, il possède une vraie force qui reste en tête bien après la fin de la séance. Tout commence avec une jeune lycéenne dont la vie bascule après la perte brutale de sa mère dans un accident de voiture.
La fille Xu Ke prévoit une intervention chirurgicale pour enlever un polype utérin pendant les vacances. Sa mère Hu Chunrong a l'intention de quitter la maison pour échapper à des problèmes conjugaux. Alors que tous deux affrontent leurs difficultés, ils se pardonnent mutuellement leurs vulnérabilités.
Privée de repères et de toit, elle se retrouve accueillie par la directrice de sa troupe de théâtre. C'est cette cohabitation forcée, faite de silences pesants, de disputes maladroites mais aussi de moments de complicité inattendus, qui devient le véritable moteur de l'histoire. Dès le départ, la mise en scène surprend. On assiste d'abord à une engueulade totalement banale entre la mère et sa fille, le genre de scène du quotidien que tout le monde connaît, avant que le drame ne frappe sans prévenir. Mais au lieu de s'attarder sur la détresse immédiate, le scénario fait un bond dans le temps. On retrouve alors une héroïne au sourire presque constant, une attitude déroutante qui semble crier que tout va bien alors que son monde s'est écroulé.
Ce décalage peut perturber au début, mais il prend tout son sens au fil des minutes. Le film explore un mécanisme de défense très humain : cette tendance à transformer sa douleur en humour ou en optimisme de façade. Cette gamine préfère vanner plutôt que de montrer ses failles. Derrière son énergie communicative, on devine des fêlures immenses qu'elle n'arrive pas encore à formuler. C'est dans cette tension constante entre l'image qu'elle renvoie et sa souffrance intérieure que le scénario trouve ses moments les plus forts. La relation entre les femmes occupe une place centrale. La cohabitation entre l'adolescente et la metteuse en scène montre une dynamique complexe, oscillant sans cesse entre le conflit et une affection pudique.
Ce sont deux personnalités fortes qui apprennent à se supporter sans posséder les clés pour communiquer calmement. Les dialogues sont vifs, parfois drôles, et sonnent souvent juste. Pour éviter que le récit ne devienne trop pesant, les séquences au sein de la troupe artistique apportent une bouffée d'oxygène. On y retrouve les rivalités classiques entre ados, les amitiés intenses et les jalousies passagères qui font le quotidien d'un lycée. Ces moments redonnent un coup de fouet au rythme global. Dans la même lignée, le personnage du pharmacien sort du lot. Plus proche du confident que du simple commerçant, il distribue des conseils en même temps que ses vitamines présentées comme des remèdes miracles.
Ses interventions offrent de vraies respirations comiques au milieu du parcours chaotique de la jeune fille. Mais le film ne se contente pas d'être un drame intime, il s'attaque aussi de front à la place des femmes dans notre société. Il montre les pressions multiples qu'elles subissent, des attentes familiales aux traditions pesantes. Ce positionnement féministe assumé est omniprésent, et c'est probablement là que le long-métrage va diviser. Certains salueront une mise en avant nécessaire de réalités concrètes, tandis que d'autres regretteront que le message politique prenne parfois le pas sur la fiction.
Les personnages masculins, souvent peints sous un jour assez sombre, donnent parfois l'impression d'une distribution des rôles un peu trop manichéenne. Heureusement, l'œuvre réussit ses meilleurs coups lorsqu'elle se concentre sur les émotions pures de son héroïne. Les passages les plus vibrants sont ceux où le masque tombe enfin. Le film ne cherche pas le pathos, mais montre avec pudeur la difficulté d'accepter sa propre vulnérabilité. Le choix de retarder le deuil officiel jusqu'aux derniers actes est audacieux. Au lieu de nous montrer une héroïne brisée dès le départ, on assiste à la lente fissuration de sa carapace. La mise en scène reste simple et sobre, laissant tout l'espace nécessaire aux comédiens.
La jeune actrice principale porte littéralement le projet sur ses épaules avec une spontanéité qui rend son personnage terriblement vivant. Son sourire permanent s'avère être son ultime bouclier contre une réalité trop lourde.
Note : 6/10. En bref, ce récit nous rappelle qu'il n'y a pas de bonne méthode pour traverser une tragédie. Si certains s'effondrent tout de suite, d'autres avancent en souriant jusqu'à ce que la digue cède. C'est un beau film sur la reconstruction qui, malgré quelques lourdeurs, réussit à nous attacher à ses personnages et nous livre une vérité toute simple : accepter ses faiblesses demande parfois beaucoup plus de courage que de faire semblant d'être fort.
Prochainement en France en SVOD
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