4 Juillet 2026
The Loved One // De Irene Villamor. Avec Anne Curtis, Jericho Rosales et Catriona Gray.
Raconter la fin d'une longue histoire d'amour au cinéma est un exercice délicat. Souvent, les réalisateurs tombent dans le piège des grands éclats de voix ou des tromperies dramatiques. The Loved One choisit une autre voie, bien plus proche de la vraie vie. Le film s'intéresse à Eric et Ellie, un couple qui se sépare après dix ans de vie commune et qui se retrouve une dernière fois pour tourner la page. L'idée de départ s'avère excellente et touche à des sentiments universels, mais le traitement global laisse malheureusement un goût d'inachevé. Dès l'ouverture, le ton est donné. Eric envoie un court message à Ellie : "Love you still". Pourtant, il ne s'agit pas d'une tentative désespérée pour se remettre ensemble.
Quinze ans après leur séparation, deux anciens amants se retrouvent et doivent affronter des émotions non résolues, une peine passée et des sentiments persistants à travers des rencontres douloureuses.
Les deux ex se revoient simplement pour vider leur appartement et trier leurs affaires. Chaque carton qu'ils déplacent ressemble à un morceau de leur passé qu'ils doivent acter. À partir de ces retrouvailles minimalistes, le film tisse sa toile et remonte le temps. On découvre leurs débuts, les moments de complicité totale, la routine qui s'installe, puis les premiers doutes. La grande force du long-métrage réside dans cette capacité à montrer qu'une rupture ne découle pas toujours d'un drame précis. Parfois, deux personnes s'aiment toujours, mais elles évoluent différemment et finissent par s'éloigner. Cette justesse rend la séparation d'Eric et Ellie totalement crédible.
Le scénario évite intelligemment de désigner un gentil et un méchant. Eric a l'impression d'avoir tout donné pour construire leur quotidien, tandis qu'Ellie explique qu'elle s'est oubliée en route pour tenter de correspondre aux attentes de son compagnon. Ce sont deux visions de la même histoire qui s'entrechoquent avec beaucoup de pudeur. Les dialogues restent calmes, les silences s'avèrent souvent plus lourds de sens que les reproches, et cette approche fait du bien. Le vrai problème du film vient de sa structure. La réalisatrice a choisi une narration déstructurée qui mélange constamment les époques. Si l'intention de départ était de retransmettre la nostalgie des souvenirs qui s'emmêlent, le résultat à l'écran crée surtout une grosse confusion.
Le film s'ouvre par exemple sur une séquence en noir et blanc que l'on imagine être un flash-back. On comprend bien plus tard qu'il s'agit en réalité du présent, alors que les moments en couleur représentent le passé. Ce choix visuel perturbe les repères. De plus, certaines scènes reviennent plusieurs fois sous des angles différents, sans que cela apporte une réelle valeur ajoutée à l'intrigue. À force de vouloir complexifier le récit avec d'incessants sauts dans le temps, le film perd le spectateur. On passe trop de temps à essayer de reconstruire la chronologie de leur histoire plutôt qu'à vibrer avec eux. C'est dommage, car une trajectoire plus linéaire aurait donné beaucoup plus d'impact émotionnel à cette rupture. Pourtant, le fond reste d'une grande justesse.
The Loved One parle très bien de l'usure du temps, du poids des compromis et de ce constat douloureux : parfois, l'amour seul ne suffit pas pour faire fonctionner un couple. Le long-métrage montre aussi que les sentiments ne s'effacent pas d'un coup de gomme après la séparation. La maturité de l'écriture offre des moments suspendus très touchants. Du côté du casting, Anne Curtis s'en sort à merveille. Son jeu tout en retenue évite le mélodrame. Elle fait passer énormément de choses à travers ses regards et ses silences, ce qui rend son personnage d'Ellie particulièrement attachant. Face à elle, Jericho Rosales se montre beaucoup plus effacé dans le rôle d'Eric. Si cette réserve colle plutôt bien au personnage, elle bloque aussi son évolution.
On aurait aimé le voir craquer ou s'impliquer davantage dans les scènes clés. La mise en scène fait le choix de la sobriété. La caméra reste collée aux visages pour capter l'intime, avec une image simple et sans fioritures esthétiques. Cette formule fonctionne bien pour préserver la bulle des deux acteurs, mais elle manque parfois d'un vrai souffle cinématographique. Le film hésite constamment entre la pudeur et l'émotion brute, ce qui empêche plusieurs séquences cruciales de décoller totalement. La fin ouverte reste cohérente avec cette démarche réaliste. Le film ne cherche pas à imposer une conclusion parfaite ou une réponse toute faite. C'est au spectateur d'imaginer ce que deviendront Eric et Ellie après cette ultime page tournée.
Note : 5.5/10. En bref, The Loved One ne manque pas de qualités. Le regard porté sur le couple est mature, les situations sonnent vrai et le duo d'acteurs fonctionne bien. Malheureusement, ce montage éclaté casse trop souvent le rythme et freine l'empathie. Derrière ce labyrinthe narratif se cachait un drame intime puissant qui aurait mérité plus de simplicité pour pleinement nous bouleverser. Une jolie proposition sur le désamour, mais qui s'oublie un peu trop vite après le générique.
Sorti le 14 mai 2026 directement sur Netflix
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