Critique Ciné : Mile End Kicks (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Mile End Kicks (2026, direct to SVOD)

Mile End Kicks // De Chandler Levack. Avec Barbie Ferreira, Devon Bostick et Stanley Simons.

 

Avec Mile End Kicks, la réalisatrice Chandler Levack nous replonge pile au début des années 2010, une époque pas si lointaine où la scène indie rock canadienne vibrait fort. On y suit le parcours de Grace, une jeune journaliste musicale en quête de sens, perdue entre ses ambitions professionnelles et des galères sentimentales un peu trop envahissantes. Le film cherche à capter ce moment charnière de la vingtaine où chaque décision donne l’impression de jouer sa vie sur un coup de dé. Le résultat est plein de sincérité, mais le scénario fait parfois des choix qui empêchent l’histoire de décoller totalement.

 

Eté 2011, Grace Pine, une critique musicale de 24 ans, déménage à Montréal avec l'intention d'écrire un livre sur « Jagged Little Pill » d'Alanis Morissette. Ses plans prennent une tournure différente lorsqu'elle se lie d'amitié avec deux membres d'un groupe de rock indépendant en difficulté et décide de devenir leur attachée de presse.

 

L'intrigue commence à Toronto, où Grace bosse pour un magazine musical. Fatiguée d'un environnement un peu toxique où sa voix de femme a du mal à porter, elle plaque tout sur un coup de tête pour s'installer à Montréal. Son plan de départ est plutôt cool : écrire un bouquin sur Jagged Little Pill, l’album culte d’Alanis Morissette qui a bercé son adolescence. Mais une fois sur place, ce projet de livre passe vite à la trappe quand elle commence à squatter la scène musicale indépendante locale. C'est là que le film marque ses meilleurs points. Montréal est presque filmée comme un personnage à part entière. 

 

Les colocs un peu fauchées, les concerts dans des salles obscures, les soirées qui s’éternisent et les cafés de quartier posent une ambiance super authentique. On retrouve instantanément cette énergie propre aux jeunes artistes de l’époque, qui essayaient de créer des trucs avec trois bouts de ficelle mais énormément de passion. Pourtant, même si on sent que Chandler Levack connaît cet univers par cœur, j’ai trouvé que le film restait trop souvent à la surface du sujet. La scène indie montréalaise est montrée du doigt, mais on ne creuse jamais vraiment le truc. Les musiciens secondaires qu'on croise ont de vraies bonnes têtes, mais ils disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés. 

 

C’est un peu dommage, car il y avait tellement plus à raconter sur cette période dorée de la musique canadienne. Au milieu de tout ça, Grace est un personnage principal intéressant parce qu'elle n'est pas parfaite. Elle enchaîne les mauvaises décisions, hésite tout le temps et se complique la vie pour rien. C'est précisément cette écriture pleine de défauts qui la rend humaine et crédible, même si je dois avouer qu’elle m’a parfois un peu agacé au fil du visionnage. Les choses se corsent quand elle rencontre deux gars d'un groupe local, ce qui fait glisser le film vers un triangle amoureux très classique. On a d’un côté Archie, le garçon calme, posé et rassurant, et de l’autre Chevy, le musicien charismatique mais instable, carrément égocentrique. 

 

Mon problème ne vient pas de la romance en elle-même, mais plutôt de la place géante qu'elle prend dans l'histoire. Le côté professionnel de la vie de Grace me branchait beaucoup plus. Son envie de s'imposer comme critique musicale, la rédaction de son bouquin ou ses difficultés à faire sa place dans un milieu de mec, c’étaient des pistes super riches. Malheureusement, le film met tout ça de côté pour se focaliser sur des hésitations amoureuses qu’on a déjà vues cent fois ailleurs. C’est vraiment mon grand regret avec Mile End Kicks. Le film a tous les ingrédients pour dresser le portrait d'une jeune femme moderne qui tente de percer dans le journalisme rock. 

 

Par moments, cette ambition montre le bout de son nez, avant d’être balayée par les éternels drames sentimentaux de l’héroïne. Chandler Levack aborde aussi brièvement les relations de pouvoir de ce milieu, notamment à travers un ancien boss au comportement franchement limite. C'est évoqué, mais jamais creusé, alors que ça aurait donné une vraie profondeur au parcours de Grace. Heureusement, l'interprétation sauve la mise. Barbie Ferreira porte le film sur ses épaules avec un naturel désarmant. Elle arrive à rendre Grace hyper attachante malgré ses erreurs à répétition. Derrière ses choix foireux, on sent une nana qui manque de confiance en elle et qui cherche sa place. 

 

Les seconds rôles fonctionnent bien aussi : Devon Bostick apporte beaucoup de fraîcheur et d'humour au personnage d'Archie, tandis que Chevy joue à fond la carte du cliché rockeur agaçant. Visuellement, c'est simple et efficace. La mise en scène ne fait pas de vagues et laisse vivre les personnages dans des décors réalistes qui parleront à tous ceux qui ont connu les années 2010. La bande-son est évidemment un point fort, mélangeant les morceaux d'Alanis Morissette et des pépites indie. Ça fonctionne à fond sur la nostalgie, même si certaines références pointues donnent parfois l'impression que le film veut juste étaler sa culture musicale.

 

Note : 5/10. En bref, Mile End Kicks est plus un récit d’apprentissage classique qu'une immersion brute dans le journalisme musical. C’est l’histoire d’une jeune femme qui tâtonne et qui se trompe pour mieux avancer. Malgré un manque d’équilibre évident et des sous-intrigues sous-exploitées, la sincérité du projet touche sa cible. J'aurais juste aimé que la réalisatrice fasse un peu plus confiance à l'ambition professionnelle de son héroïne plutôt que de se réfugier dans un énième triangle amoureux.

Prochainement en France en SVOD

 

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