Critique Ciné : Passenger (2026)

Critique Ciné : Passenger (2026)

Passenger // De André Øvredal. Avec Jacob Scipio, Lou Llobell et Melissa Leo.

 

Le réalisateur André Øvredal s’est taillé une jolie réputation dans le cinéma de genre grâce à son sens de l’atmosphère. Avec Passenger, il s’attaque à un fantasme moderne bien ancré sur les réseaux : la vanlife. L'intrigue s'articule autour d'un jeune couple bien décidé à tout plaquer pour vivre sur les routes à bord d'un fourgon aménagé. Ce doux rêve de liberté et de grands espaces vole en éclats après un accident de voiture d'une violence rare. Dès cet instant précis, une ombre menaçante s'accroche à leurs pas et transforme leur road trip idyllique en une descente aux enfer étouffante. Sur le papier, l’idée a tout pour plaire. Mixer le sentiment d’isolement des longues routes désertes avec une menace surnaturelle invisible permet d'installer une tension immédiate. 

 

Après avoir été témoin d’un terrible accident de la route, un jeune couple réalise qu’il n’a pas quitté les lieux du drame sans être suivi. Une présence démoniaque, le Passager, se joint à leur voyage en van et transforme leur aventure en un véritable cauchemar, déterminée à ne s’arrêter qu’une fois qu’elle les aura tous les deux emportés.

 

Malheureusement, Passenger choisit d'exploiter ce postulat de départ avec une prudence qui finit par jouer contre lui. Le film préfère s'en tenir à des sentiers balisés plutôt que de risquer la sortie de route créative. Pourtant, le long-métrage démarre sur les chapeaux de roues. La scène d'ouverture pose d’emblée une ambiance lourde et poisseuse en jouant à merveille avec notre peur viscérale du noir et de l'inconnu. La tension grimpe en flèche et laisse espérer une suite du même calibre. C’est incontestablement le moment le plus marquant et le plus viscéral du film, même si une bonne partie de son impact s'essouffle si vous avez eu le malheur de regarder la bande-annonce un peu trop attentivement.

 

Une fois cette introduction passée, le récit retombe dans des rails beaucoup plus conventionnels. Le scénario déroule sagement le cahier des charges habituel de l'épouvante moderne. On assiste à une succession de silhouettes furtives, de bruits suspects au milieu de la nuit, de visions dérangeantes et de jump scares calibrés au millimètre. Si certains de ces effets fonctionnent bien grâce à un emballage technique soigné, la mécanique s'avère trop prévisible pour surprendre sur la durée. Le principal reproche qu’on peut faire à Passenger est son impression de déjà-vu. Les habitués du cinéma fantastique décoderont chaque étape du scénario bien avant qu'elle ne se produise. 

 

Les révélations tombent à plat et le suspense perd de son intensité à mesure que le film avance vers sa résolution. C’est d’autant plus dommage que la mythologie esquissée autour de cette malédiction ne manque pas d'intérêt. Les touches de folklore religieux et de démonologie apportent une vraie texture à l'univers. Le monstre lui-même, d'abord suggéré par des jeux d'ombres discrets, s'avère particulièrement réussi. Le problème surgit quand le réalisateur cède à la tentation de trop le montrer. En pleine lumière, les effets spéciaux peinent à rivaliser avec ce que notre propre imagination s'était construite. Visuellement, le film redresse la barre grâce à un excellent usage des décors. 

 

Ces parkings déserts, ces forêts impénétrables et ces nuits claustrophobiques passées à l'intérieur du van créent un sentiment d'insécurité constant. Le cinéaste sait comment placer sa caméra et utilise les phares des véhicules ou les éclairages indirects pour instaurer un malaise palpable. Ces séquences nocturnes comptent parmi les plus belles réussites visuelles de l’ensemble. Le bât blesse en revanche du côté des personnages. Le couple principal a bien du mal à emporter notre empathie. Leurs interactions manquent cruellement de naturel et les dialogues sonnent souvent faux. Le scénario tente de leur donner une dimension dramatique en évoquant de vieux traumatismes personnels, mais le traitement reste trop superficiel pour qu'on s'y attache vraiment. 

 

Face au danger, leurs décisions deviennent parfois agaçantes, voire totalement illogiques. Ce déficit d’écriture prive le film de son ancrage émotionnel. On regarde leurs mésaventures d’un œil distant, sans jamais craindre pour leur vie. Les personnages secondaires ne viennent pas arranger les choses, se contentant de brèves apparitions purement fonctionnelles avant de disparaître sans laisser de trace. Le casting fait ce qu'il peut avec le matériel à disposition. Les comédiens s'en sortent honorablement dans les moments de panique pure, mais la pauvreté de leurs répliques limite considérablement leur marge de manœuvre. La responsabilité incombe clairement à la plume plutôt qu'à leur performance face caméra.

 

L’atout majeur de Passenger réside finalement dans son traitement sonore. Le design audio fait un travail remarquable pour accentuer l’angoisse. Les craquements de la carrosserie et les murmures lointains maximisent l'efficacité des sursauts, même quand on les voit venir à des kilomètres. C’est propre, carré et redoutablement efficace pour quiconque cherche une expérience sensorielle immédiate. La photographie de Passenger mérite elle aussi d'être saluée. Les nuances de noir, le contraste des phares qui percent le brouillard et l'exploitation de l'espace confiné du van renforcent l’impression d’étouffement. Le film réussit à rendre ce véhicule à la fois protecteur et profondément anxiogène. Le rythme faiblit malheureusement dans la seconde moitié du métrage. 

 

Le film accuse quelques longueurs et étire des scènes qui n'en avaient pas besoin, tandis que des pistes narratives plus intrigantes sont laissées à l'abandon. On sent que le concept initial permettait d’aller beaucoup plus loin, mais la production a préféré miser sur la sécurité des formules connues. Le dénouement confirme cette sensation d’un film timide. Le grand final calque sa structure sur les grosses productions horrifiques américaines de ces dernières années. C'est propre, mais cela manque cruellement d'audace et de folie. On quitte la salle sans la moindre surprise ni de clés de lecture inédites sur l'histoire. Pour autant, Passenger n'est pas un ratage. Il s'impose comme un divertissement tout à fait recommandable pour une soirée pop-corn entre amis. 

 

La réalisation est solide, l'ambiance est au rendez-vous et le savoir-faire technique d'André Øvredal sauve le film de la banalité. Les spectateurs en quête d'un renouveau du genre ou d’une intrigue psychologique complexe passeront en revanche leur chemin. Passenger préfère suivre sagement une route bien goudronnée plutôt que de s'aventurer sur des sentiers inconnus. Une proposition honnête, mais qui s'oublie malheureusement aussi vite qu'un panneau de signalisation sur l'autoroute.

 

Note : 5/10. En bref, Passenger séduit par son pitch de départ original mêlant vanlife et épouvante, mais il rentre rapidement dans le rang en enchaînant les mécaniques de genre trop prévisibles. Si la mise en scène d'André Øvredal et l'ambiance sonore s'avèrent redoutablement efficaces, la pauvreté de l'écriture des personnages empêche le film de marquer durablement les esprits.

Sorti le 20 mai 2026 au cinéma

 

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