3 Août 2026
De la Comédie-Française // De Martin Darondeau et Bertrand Usclat. Avec Pauline Clément, Laurent Stocker et Julien Frison.
Entrer dans les coulisses de la Comédie-Française quelques heures seulement avant une première, c'est la promesse de départ du film réalisé par Martin Darondeau et Bertrand Usclat. Intitulé simplement De la Comédie-Française, ce long-métrage de 1h15 choisit de nous plonger au cœur d'un moment de tension pure : la toute dernière ligne droite avant que le rideau ne se lève sur une nouvelle mise en scène de Macbeth. Pour porter cette histoire, les réalisateurs ont réuni une grande partie de la troupe officielle de l'institution, en plaçant une jeune metteuse en scène au centre d'un tourbillon d'imprévus. L'intention est belle, la démarche sincère, et si tout n'est pas parfait, l'ensemble se regarde avec une vraie sympathie.
Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.
Tout commence par une situation que beaucoup de créateurs connaissent bien. Nina peaufine les derniers détails de son spectacle, mais absolument rien ne se déroule comme prévu. Entre les ego des comédiens à ménager, les bugs techniques de dernière minute, les petites rancœurs qui éclatent dans les loges et l'horloge qui tourne inexorablement, la préparation vire rapidement au casse-tête. Cette recette du compte à rebours sous haute tension n'est pas nouvelle au cinéma. On retrouve la structure classique de ces comédies où une journée ordinaire bascule petit à petit dans le désordre le plus complet. La différence ici tient au cadre. Remplacer un plateau de tournage ou un bureau d'entreprise par les couloirs sacrés du Français apporte une touche d'originalité bienvenue.
C'est assez rare de voir la célèbre maison Molière devenir le terrain de jeu d'une comédie populaire, et cette immersion dans l'envers du décor fonctionne très bien. On découvre des artistes habitués aux grands textes classiques qui se retrouvent confrontés aux mêmes doutes, aux mêmes crises de panique et aux mêmes petites misères que n'importe quelle troupe locale. Le véritable moteur de cette histoire reste son interprétation. Pauline Clément occupe une place centrale dans le récit et parvient à insuffler une énergie communicative. Son personnage de metteuse en scène dépasse rarement le stade de l'épuisement, tiraillé entre la fermeté indispensable pour tenir son équipe et la panique qui menace de l'emporter.
Elle trouve un juste milieu très crédible, sans trop en faire, même si le scénario la pousse régulièrement vers une gestuelle très expressive. Autour d'elle, la troupe s'en donne à cœur joie. Retrouver des visages familiers comme Laurent Stocker ou Marina Hands dans des registres plus légers participe grandement au charme du film. On sent un plaisir évident chez ces acteurs à jouer avec leur propre image et à mettre en scène les travers de leur métier. Parmi les scènes marquantes, l'apparition de Benjamin Lavernhe sous les traits de Molière apporte un moment de grâce particulier. Au-delà du clin d'œil amusant, cette séquence réussit à toucher juste en rappelant ce qui pousse ces passionnés à monter sur les planches soir après soir.
Les apparitions de Guillaume Gallienne et d'autres figures de la maison complètent cette impression de pénétrer dans une grande famille. Sur le plan du rythme, le choix d'un format court d'une heure et quinze minutes s'avère plutôt judicieux. Le récit ne perd pas de temps et enchaîne les situations sans trop baisser de régime. Cela évite les longueurs inutiles, même si cette concision s'accompagne d'un effet secondaire : la répétition. Le film repose en effet sur un schéma assez systématique où un problème en chasse un autre, au point d'en devenir un peu mécanique. L'humour, quant à lui, navigue entre plusieurs eaux. Plusieurs répliques font mouche et certains seconds rôles apportent un décalage amusant, mais le film cherche parfois un peu trop à imposer une ambiance survoltée.
Les cris dans les couloirs, la musique trépidante et les mouvements de caméra rapides donnent parfois le sentiment d'une frénésie un peu fabriquée. De manière assez paradoxale, ce sont souvent les scènes plus posées qui fonctionnent le mieux. Lorsque le film prend le temps de poser sa caméra pour aborder la peur du vide, le trac ou l'amour des mots, il gagne immédiatement en sincérité. On peut regretter que les réalisateurs n'aient pas osé aller plus loin dans la satire. Avec un tel sujet, il y avait la place pour une comédie plus grinçante sur le milieu du théâtre, ses codes et ses travers. Le parti pris est ici nettement plus bienveillant, privilégiant la tendresse et la complicité.
Si ce choix adoucit les angles et empêche le film d'être une pure comédie hilarante, il lui donne une vraie chaleur humaine. Visuellement, le plaisir d'arpenter les ateliers, les foyers et les passerelles techniques de la Comédie-Française apporte une réelle plus-value. C'est un cadre riche qui ravira sans doute les amoureux du spectacle vivant.
Note : 6/10. En bref, De la Comédie-Française ne bouleverse pas les codes de la comédie de coulisses, mais il offre un moment agréable et sincère. Porté par des comédiens généreux, le film rappelle avec simplicité une grande vérité du théâtre : peu importent les galères, les doutes et le chaos de l'ombre, dès que les lumières s'éteignent, le spectacle trouve toujours le moyen de commencer.
Sorti le 22 juillet 2026 au cinéma
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