Critique Ciné : The Giaccomo (2026)

Critique Ciné : The Giaccomo (2026)

The Giaccomo // De Baptiste Drapeau. Avec Xavier Lacaille, Tibo Inshape et Benjamin Castaldi.

 

Qu’est-ce qui se passe quand un mec d’Amiens se met en tête de percer sur les réseaux sociaux coûte que coûte ? C'est le point de départ de The Giaccomo, le nouveau film de Baptiste Drapeau. On y suit un gars intimement convaincu d'être fait pour la gloire numérique et certain qu'il suffit de décrocher un million d'abonnés pour enfin réussir sa vie. Pour y arriver, le type est prêt à tenter tout et n'importe quoi. Faut dire que niveau confiance en lui, il se pose là. Look improbable, tenues hors du temps, façon de parler totalement décalée avec les gens qu'il croise : l'acteur Xavier Lacaille s'en donne à cœur joie et ne recule devant rien.

 

Pour atteindre un million de followers, Giaccomo ne reculera devant rien. De Amiens à Dubaï, l’ascension vertigineuse d’un influenceur prêt à franchir toutes les limites pour faire exploser le buzz.

 

L'idée du faux documentaire s'avère plutôt maligne. La caméra s'amuse à brouiller les pistes entre la fiction pure, la caméra cachée et des scènes qui paraissent improvisées sur le moment. Le problème, c'est que derrière cette bonne intuition, le long-métrage cherche un peu sa voie. On oscille en permanence entre la caricature du web, la comédie absurde et l'histoire d'un pauvre type qu'on a envie d'aimer malgré tout. Si vous devez regarder The Giaccomo pour une seule raison, c'est clairement pour son acteur principal. Il tient presque tout le projet sur ses épaules. Il incarne cet aspirant créateur de contenu totalement déconnecté du réel, persuadé qu'il tient la formule magique alors que ses projets touchent souvent au désastre.

 

Surtout, l'interprétation évite le piège du gros lourdeau de service. Sous la garde-robe douteuse, le grotesque et les moments de gêne, une vraie sensibilité finit par poindre. C'est sûrement ce qui rend ce personnage plus attachant que prévu. Sa quête dépasse le simple besoin d'être vu : il cherche un regard, une forme de reconnaissance. Ce chiffre magique du million d'abonnés devient une preuve d'existence. Sans ça, il a la sensation de n'être personne. Xavier Lacaille parvient à doser l'agacement sans jamais nous faire décrocher, ce qui n'était pas gagné sur la durée. Le choix narratif apporte une touche particulière à l'ensemble. On suit ce prétendu reportage centré sur l'ascension compliquée du héros. 

 

La caméra l'accompagne pas à pas dans sa chasse aux vues et crée un doute sympathique. Certaines situations partent si loin qu'on se demande souvent où s'arrête la mise en scène et où commence le réel. L'intégration de vraies figures d'Internet accentue ce sentiment. Des visages comme Tibo InShape, Bastos, Ragnar le Breton, Magali Berdah ou Benjamin Castaldi viennent jouer leur propre rôle avec un certain sens de l'autodérision. Ces face-à-face comptent parmi les meilleurs moments. La rencontre entre la naïveté totale du héros et des personnalités qui maîtrisent parfaitement les rouages de la célébrité en ligne donne lieu à des échanges plutôt savoureux, notamment la séquence avec Benjamin Castaldi qui remet un peu les pendules à l'heure.

 

Le scénario pointe du doigt la course frénétique aux clics, au buzz et aux statistiques. L'obsession pour le million de followers résume bien cette manie actuelle de mesurer la valeur d'une personne au chiffre inscrit sur un profil. Et puis il y a le fantasme absolu de Dubaï, montré comme la terre promise de tout créateur de contenu qui se respecte. Mais le film a parfois le défaut de trop vouloir expliquer sa démarche. Pas besoin de survendre la superficialité de ce milieu : les images et la bêtise des situations suffisent largement à faire passer le message. C'est là que mon avis devient plus nuancé. En voulant moquer ce petit monde, la réalisation conserve une forme de proximité très polie avec les invités. 

 

Le fait de leur donner un rôle valorisant crée un étrange mélange. Une comédie satirique a le droit d'être bienveillante, mais on attendait un ton plus tranchant. Ça manque parfois de mordant. On pense à Borat ou à certaines comédies grinçantes à piège, sauf qu'ici, la provocation reste très sage. Même s'il y a quelques beaux moments de malaise, j'ai souvent attendu le moment où le film oserait enfin lâcher les coups. La plus belle réussite se trouve peut-être là où on ne l'attendait pas. Le héros est ridicule, maladroit, paumé. Pourtant, sa démarche a quelque chose de profondément mélancolique. Au-delà des vêtements fluorescents et du ridicule, on aperçoit un homme qui cherche juste à ne plus être invisible.

 

J'aurais vraiment aimé que le scénario exploite davantage ce côté humain. Le film ne fait que l'effleurer avant de repartir aussitôt sur un gag. C'est dommage, car l'acteur avait l'épaule pour porter cette émotion. Sur le terrain de la rigolade, l'expérience varie. On sourit devant l'allure du personnage et quelques répliques font mouche. Mais le rythme comique reste instable. À trop miser sur un personnage excentrique, l'écriture finit par tourner un peu en rond et certaines scènes s'étirent sans vraiment faire avancer le Schmilblick. 

 

Note : 5.5/10. En bref, ce faux documentaire propose une forme originale et met en avant la prestation très investie de son comédien principal. C'est sa présence qui sauve le visionnage quand le propos s'adoucit. On regrette simplement que le film n'ait pas voulu frapper plus fort. Quand on s'attaque à l'univers de la recherche de buzz, viser la prudence reste un choix surprenant. Ça se regarde avec plaisir, mais avec la sensation qu'il y avait la place pour une charge beaucoup plus mémorable.

Sorti le 17 juin 2026 au cinéma - Disponible en VOD

 

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