Critique Ciné : Des Minions et des monstres (2026)

Critique Ciné : Des Minions et des monstres (2026)

Des Minions et des monstres // De Pierre Coffin et Patrick Delage. Avec la voix de Pierre Coffin, Alexandre Astier et Christoph Waltz.

 

Après avoir écumé pas mal d'époques et sauvé (ou gâché) des dizaines de situations, nos gélules jaunes préférées reviennent sur grand écran. Avec Des Minions et des monstres, Pierre Coffin choisit de prendre un virage plutôt inattendu. Cette fois, l'idée n'est pas simplement d'envoyer les Minions dans une énième mission absurde, mais de les plonger directement au cœur de l'histoire du cinéma. Des premiers tournages muets à l'âge d'or d'Hollywood, le film essaie de transformer ces stars du box-office en véritables amoureux du septième art. Le concept surprend au premier abord, surtout quand on sait que leur langage se limite à trois mots d'espagnol déformés, du banana et beaucoup de cris. 

 

Une histoire aussi rocambolesque qu’absurde, mais bien sûr totalement véridique, qui raconte comment les Minions, partis à la conquête d’Hollywood, sont devenus des stars de cinéma, pour finalement tout perdre en libérant au passage une bande de monstres déchaînés, avant de s’unir pour tenter de sauver la planète de ce nouveau désastre à leur actif.

 

Mais c'est précisément ce décalage qui donne au projet une saveur particulière. L'ambition se ressent dès le départ. On comprend vite que le film ne cherche pas juste à empiler les gags faciles pour faire rire les plus jeunes. Il y a un vrai désir de rejouer les grandes heures du cinéma à travers le prisme de la maladresse. Toute la première partie consacrée aux débuts du septième art est d'ailleurs une excellente surprise. En revisitant le cinéma muet et les premières inventions visuelles, le long-métrage retrouve une énergie brute qui rappelle les grands cartoons d'autrefois. Privés de mots compréhensibles, les Minions deviennent naturellement des figures du burlesque, quelque part entre Buster Keaton et Charlot. 

 

Ils déclenchent des catastrophes monumentales juste en essayant d'allumer un projecteur ou d'ajuster un cadre, et le rythme du découpage rend hommage avec beaucoup de sincérité à cette époque où tout restait à inventer. L'installation de l'intrigue dans le décor mythique des studios hollywoodiens apporte elle aussi un vrai vent de fraîcheur. Voir toute cette petite bande déambuler sur les plateaux de tournage, jouer avec les décors cartons-pâtes et s'improviser accessoiristes ou techniciens offre un terrain de jeu parfait. C'est truffé de clins d'œil malins. Les passionnés de cinéma s'amuseront franchement à repérer les références glissées dans les coins de l'image, qu'il s'agisse de clins d'œil aux premiers films fantastiques ou à des monstres sacrés de la réalisation. 

 

Mais la force du film, c'est que cette double lecture ne se fait pas au détriment du grand public. Un enfant n'a absolument pas besoin d'avoir vu les classiques des années 1930 pour partir faire un tour dans cette foire d'empoigne : le slapstick pur et l'humour visuel fonctionnent tout seuls. Sur le plan sonore, le travail de Pierre Coffin reste impressionnant. On aurait pou craindre qu'au bout de tant de films, le charabia des Minions devienne lassant ou tourne à vide. C'est tout l'inverse. Le doublage utilise les intonations, le rythme et les bruitages comme une véritable partition musicale. Pas besoin de longues tirades explicatives pour comprendre ce que ressent un personnage : un soupir surjoué ou une intonation paniquée suffisent à poser une scène. 

 

Cette capacité à raconter une histoire presque uniquement par le son et l'expression visuelle montre à quel point l'animation permet encore de se passer des codes classiques du dialogue. Visuellement, la réalisation pousse le curseur assez loin. Les couleurs sont éclatantes, l'animation est fluide et dynamique, et certains passages semblent littéralement s'émanciper des lois de la physique. Le rythme ne faiblit presque jamais dans les cinquante premières minutes, enchaînant les gags visuels avec une générosité qui fait plaisir à voir. Les décors fourmillent de détails amusants et les mouvements de caméra épousent à merveille la frénésie ambiante. Malheureusement, le tableau n'est pas parfait et la formule finit par toucher ses propres limites sur la longueur. 

 

Si l'hommage au cinéma fonctionne à merveille pendant toute la première heure, le scénario s'essouffle un peu dès qu'il cherche à raconter une histoire plus traditionnelle. L'enchaînement de blagues et de sketches visuels prend souvent le dessus sur la véritable trame narrative. Les Minions sont redoutables dans le chaos spontaneous, mais ils ont toujours du mal à tenir un récit linéaire sur la durée sans qu'on ne sente un léger piétinement. L'arrivée des fameux monstres promis par le titre marque d'ailleurs le moment où le film rentre un peu trop dans le rang. À partir de là, l'histoire retombe dans les travers plus classiques du blockbuster d'animation : des scènes d'action massives, de la surenchère d'effets et un peu moins de finesse dans le comique. 

 

On perd progressivement ce côté "artisanat et amour du cinéma" qui faisait tout le sel du début pour revenir à un schéma très balisé, beaucoup plus prévisible. C'est dommage, car le sujet méritait peut-être de rester focalisé sur l'envers du décor et la magie des tournages jusqu'au bout. Au final, Des Minions et des monstres reste une sortie divertissante. Sans réinventer totalement la roue ni transformer la franchise en chef-d'œuvre absolu, cette nouvelle déclinaison apporte suffisamment de bonnes idées pour mériter le coup d'œil. C'est dynamique, drôle, visuellement irréprochable et habité par un vrai respect pour l'histoire du cinéma. Une aventure parfois un peu déséquilibrée dans sa seconde moitié, mais qui saura sans problème réunir les enfants venus chercher de la rigolade et les plus grands curieux de voir ces drôles de bonshommes jaunes redonner vie aux pionniers du grand écran.

 

Note : 6/10. En bref, Des Minions et des monstres reste une sortie divertissante. Sans réinventer totalement la roue ni transformer la franchise en chef-d'œuvre absolu, cette nouvelle déclinaison apporte suffisamment de bonnes idées pour mériter le coup d'œil. C'est dynamique, drôle, visuellement irréprochable et habité par un vrai respect pour l'histoire du cinéma. 

Sorti le 24 juin 2026 au cinéma 

 

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