22 Août 2026
Don’t Say Good Luck // De Julia Hart. Avec Sunny Sandler, Melanie Lynskey et Max Greenfield.
Don’t Say Good Luck repose sur une idée très simple, et on comprend vite dans quelle direction le film veut nous emmener. Sophie Birenbaum est une lycéenne plutôt discrète. Du jour au lendemain, elle se retrouve propulsée sous les projecteurs après avoir décroché le premier rôle dans la comédie musicale de son établissement. C'est une belle opportunité pour cette ado qui découvre le théâtre, l'amour et le poids des responsabilités qui accompagnent cette nouvelle notoriété. Alors que tout devrait être parfait pour elle, une mauvaise nouvelle vient secouer son quotidien familial. Elizabeth, sa mère, apprend que son cancer est de retour, plus grave cette fois.
Sophie Birenbaum est prête à briller sous les projecteurs en tant que vedette de la comédie musicale de son lycée — jusqu’à ce qu’elle se retrouve soudainement confrontée à encore plus de drame chez elle que sur scène.
À partir de cet instant, le film essaie de décrire ce moment étrange et bancal où il faut continuer à aller en cours, répéter ses scènes et rire avec ses amis, pendant qu'un drame bien plus lourd se joue à la maison. Le vrai point fort du récit réside dans cette double vie que mène Sophie. D'un côté, on suit le quotidien classique d'une lycéenne : les répétitions, le stress des planches, les amitiés, les premiers émois amoureux. De l'autre, il y a la réalité de la maladie, les inquiétudes constantes et une culpabilité sourde qui s'installe au fil des jours. Sophie n'est pas un personnage lisse, et c'est ce qui la rend humaine. Elle est parfois difficile à cerner, parfois franchement égocentrique. Le spectacle occupe toute sa pensée, à tel point qu'elle ne réalise pas toujours ce que traversent ses proches.
Cette attitude reste pourtant hyper crédible pour une fille de son âge. Le film évite le piège de la transformer soudainement en héroïne mûre et exemplaire sous prétexte que le sort s'acharne sur sa famille. Elle continue de faire de mauvais choix, de penser d'abord à elle et d'essayer d'en profiter. C'est sûrement ce qu'il y a de plus réussi dans le scénario : avoir gardé une héroïne imparfaite. Dans la peau de Sophie, Sunny Sandler apporte une sincérité rafraîchissante. On croit à son parcours, à cette jeune fille qui prend confiance sur scène tout en essayant d'encaisser ce qui se passe chez elle. Le film lui donne l'occasion de chanter, mais c'est là qu'apparaît une première frustration.
Les coulisses et les répétitions occupent finalement assez peu de place à l'écran. Pour une histoire bâtie autour d'une comédie musicale, la partie purement scénique manque un peu de présence. La séquence finale rattrape le coup et redonne enfin du poids à la musique. La voix de Sunny Sandler n'est pas vendue comme celle d'une star déjà prête pour Broadway, et c'est tant mieux. Ce parti pris rend l'évolution du personnage beaucoup plus naturelle. En face, Melanie Lynskey apporte énormément de relief au rôle d'Elizabeth. La mère de Sophie ne sert pas juste de prétexte pour faire pleurer dans les chaumières. Elle reste avant tout une mère debout, bien décidée à préserver le quotidien de sa fille et à lui laisser vivre sa vie d'adolescente le plus longtemps possible.
C'est vraiment le lien entre Sophie et Elizabeth qui donne au film toute son intensité. Pour protéger sa fille, Elizabeth choisit de lui cacher la gravité de son état au départ. Ce secret crée une tension permanente. Sophie sent que quelque chose cloche, tandis que sa mère s'accroche à des apparences normales. Le réalisateur réussit particulièrement bien ces moments de silence où chacune retient ses mots pour ne pas faire s'effondrer l'autre. C'est dommage que les personnages secondaires n'aient pas eu droit au même soin. Le père de Sophie manque de consistance et donne l'impression d'être là uniquement pour remplir le décor. Son personnage méritait mieux. C'est le même constat pour l'amie de Sophie ou l'intrigue amoureuse avec Jack : tout cela reste très générique.
La petite romance de lycée et les rivalités de couloir cochent les cases habituelles du genre sans jamais surprendre. Le principal défaut de Don’t Say Good Luck réside dans sa gestion du rythme et son insistance à vouloir tirer sur la corde sensible. Plusieurs scènes s'étirent inutilement alors que l'idée principale est déjà passée. Un montage plus serré aurait permis d'avoir un résultat plus brut et plus percutant. Le film applique aussi une recette très balisée pour placer ses climax dramatiques. L'émotion fonctionne sur le moment, mais tout devient très prévisible assez vite. Il y a peu de place pour l'inattendu. Enfin, la production reste très américaine dans sa trajectoire : l'ambiance du lycée, la mise en scène de la vie étudiante, et cette idée bien connue que la création artistique permet de guérir toutes les blessures.
Ce n'est pas un rejet rédhibitoire, mais cela donne au long-métrage un aspect parfois un peu trop policé. Ce n'est pas le film qui va réinventer le drame pour adolescents. L'intrigue reste simple, certains rôles secondaires manquent d'épaisseur, et le côté comédie musicale passe un peu au second plan. Pourtant, il se dégage une vraie justesse dans la manière de filmer Sophie. Le film montre bien qu'on n'a pas besoin de devenir un adulte parfait du jour au lendemain quand un drame survient. On a le droit d'être maladroit, dépassé, et de chercher sa route au milieu du chaos. La dynamique entre la fille et la mère suffit à maintenir l'intérêt jusqu'au générique. Les prestations de Sunny Sandler et Melanie Lynskey restent la meilleure raison de regarder le film.
Note : 5.5/10. En bref, c'est un drame familial et ado classique, parfois un brin appuyé, mais porté par assez de sincérité pour passer un bon moment. Ce ne sera pas le film de l'année, mais l'émotion fonctionne là où elle doit fonctionner.
Sorti le 14 août 2026 directement sur Netflix
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