Las Azules (Saison 2, épisodes 1 et 2) : une enquête plus sombre

Las Azules (Saison 2, épisodes 1 et 2) : une enquête plus sombre

Après une première saison centrée sur l’intégration des femmes dans un milieu policier totalement masculin, Las Azules revient avec une intrigue qui prend de la hauteur. Les deux premiers épisodes de la saison 2 nous replongent dans le Mexique des années 1970, mais cette fois-ci au cœur d'une affaire de meurtre bien plus complexe, directement liée à un passé politique sous tension. La série garde son ADN de polar tout en faisant une place immense aux fractures sociales de l'époque et aux traumatismes de la saison précédente. Le premier épisode pose d'emblée une atmosphère lourde, juste après les événements tragiques du massacre du Corpus Christi de 1971. 

 

En ville, la confiance envers les forces de l'ordre est à zéro. Pour l'équipe de Maria, le quotidien devient intenable : la population refuse tout simplement d'adresser la parole à la police. Ce contexte n'est pas un simple décor historique, il teinte chaque échange et influence directement le déroulement des investigations. Au milieu de cette tension, l'assassinat de Lucio vient tout déclencher. Homosexuel, il est retrouvé sauvagement tué peu après une dispute avec son ex-compagnon, Mauricio. fidèles à leurs mauvaises habitudes, les enquêteurs masculins préfèrent boucler l'affaire en vitesse en accusant l'ex, sans chercher plus loin. C'est classique, mais révélateur de l'époque.

C'est là que Valentina et Gambina prennent les choses en main. Même si Maria leur demande de ne pas faire d'vagues, le duo décide de mener sa propre enquête en sous-marin. Leurs méthodes manquent parfois de pratique, mais c'est justement ce qui fait leur force : elles posent un regard neuf et humain là où leurs collègues ne voient qu'un fait divers banal. La sauvagerie du crime, notamment les doigts coupés gardés comme trophées, laisse d'ailleurs deviner qu'on est face à quelque chose de bien plus vaste qu'un simple drame passionnel. L'évolution de Maria reste l'un des plus grands points forts de ce début de saison. 

 

Son statut a changé, mais la réalité du terrain se rappelle vite à elle : les hommes cherchent toujours à garder le contrôle sur les grosses affaires. Une scène résume parfaitement cet absurde quotidien : cette partie de poker organisée uniquement pour décider si les femmes ont le droit d'enquêter. Voir l'avenir professionnel d'une équipe entière joué sur un coup de cartes imposé par des collègues misogynes montre bien l'écart à combler. Mais cette fois, Maria refuse de se laisser faire. Sa confrontation avec Gerardo marque un vrai virage. Elle ne vient plus réclamer une petite faveur, elle impose la présence de son équipe. Cette fermeté professionnelle fait écho à sa vie privée. 

Son couple avec Alejandro bat de l'aile, mais Maria refuse de sauver les apparences simplement parce que la société attend d'une femme qu'elle reste mariée. Sa discussion avec Caro, une amie qui a osé rompre avec ce schéma traditionnel, agit comme un déclic pour la suite. Du côté de Valentina, les séquelles de la première saison sont encore vives. Son traumatisme lié au réservoir d'eau la rattrape constamment, même si elle tente de tout cacher derrière une attitude défensive. Sa crise de panique vient fendre l'armure et rappelle à quel point le personnage est vulnérable. Gambina devient alors un pilier essentiel. Leur relation gagne en complicité et en humanité, notamment lorsqu'elle tente de l'amener vers un groupe de parole. 

 

La tentative tourne court quand le discours tenu sur place fait écho aux violences policières subies par les étudiants. C'est une excellente idée d'écriture : la série rappelle que même animées des meilleures intentions, ces femmes font partie d'une institution qui a causé d'immenses dégâts. Le deuxième épisode fait passer l'intrigue dans une autre dimension. La découverte d'une photo lors des funérailles de Lucio fait le lien entre plusieurs personnes et un ancien groupe d'opposants politiques. L'affaire n'est plus du tout un simple meurtre isolé. L'immersion dans le milieu universitaire montre aussi pourquoi les étudiants refusent catégoriquement d'aider la police. 

Pour Valentina et Gambina, obtenir des informations relève du parcours du combattant, mais la rancœur de la jeunesse est plus que légitime au vu des violences d'État subies par le passé. L'histoire s'épaissit encore avec la découverte d'un nouveau corps et les indices retrouvés chez Filiberto. La mise en scène s'amuse à orienter les soupçons vers ce vieil homme, avant de prendre tout le monde à revers en le révélant lui aussi mort. Une question demeure : qui cherche à éliminer méticuleusement tous les témoins de cette vieille affaire ? Ces deux épisodes de reprise prouvent que Las Azules a passé un cap. Le combat féminin pour s'imposer dans un monde d'hommes est toujours là, mais il s'intègre désormais dans une trame plus large qui parle de corruption, de secret d'État, d'homophobie et de répression.

 

Visuellement, l'ambiance est plus sombre, plus poisseuse, en parfaite adéquation avec la gravité du sujet. Les personnages évoluent dans une zone grise où personne n'a vraiment intérêt à ce que la vérité éclate. Après deux épisodes, le décor est posé pour une saison riche en révélations. Les pièces du puzzle entre le meurtre de Lucio, les mouvements étudiants et la hiérarchie policière s'assemblent doucement. Las Azules ne se contente plus de montrer des pionnières de la police : la série interroge la légitimité et la noirceur de l'institution qu'elles ont décidé de rejoindre. Et le tueur, lui, continue de courir.

 

Note : 6.5/10. En bref, en délaissant le simple combat féministe pour s'enfoncer dans une intrigue poisseuse sur la corruption et la répression d'État, cette saison 2 gagne nettement en maturité narrative. Portés par des personnages cabossés et une écriture plus sombre, ces deux premiers épisodes posent les bases d'un thriller politique captivant qui dépasse enfin le stade du polar historique classique.

Disponible sur Apple TV

 

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