25 Août 2026
Quinze Dias // De Daniel Lieff. Avec Miguel Lallo, Diego Lira et Débora Falabella.
Avec Quinze Dias, le réalisateur Daniel Lieff choisit d’adapter le roman populaire de Vitor Martins. Cette comédie romantique venue du Brésil met l’adolescence, les insécurités et l’acceptation de soi au cœur de son histoire. On y suit Felipe, un jeune homme profondément marqué par des années de moqueries sur son physique. Son plan pour l'été était simple : rester bien tranquille chez lui, loin des regards et des jugements. Sauf que son programme tombe à l’eau quand Caio, un garçon qu’il connaît depuis l'enfance, débarque pour passer deux semaines sous le même toit.
Alors que Felipe rêvait d'un été paisible à enchaîner les comédies musicales aux côtés de sa mère un brin bohème, son premier amour d'enfance vient jouer les trouble-fête.
Sur le papier, le départ reste plutôt classique. Pourtant, il permet au film d’aborder des sujets essentiels comme la grossophobie, l’homosexualité, la peur de décevoir et cette période bizarre de la vie où la moindre émotion prend des proportions gigantesques. On sent vite que l'histoire cherche à parler directement aux adolescents d'aujourd'hui. Le vrai souci vient surtout de la manière dont ces jolies intentions sont développées à l'écran. Felipe est un personnage qui a fini par regarder son propre corps à travers les yeux de ceux qui l’ont intimidé. Son poids n’est pas juste un détail physique, c’est devenu un prisme à travers lequel il interprète la moindre réaction autour de lui. Même quand personne ne le juge, il anticipe déjà le rejet.
C’est une idée intéressante et plutôt bien amenée. Le film évite d'ailleurs le piège grossier de la transformation physique. Felipe n'a pas besoin de changer de corps pour avoir droit à son histoire d'amour, et c'est un point très positif dans ce genre de récit. Malheureusement, la fiction n'ose pas aller au bout de sa réflexion. Les blessures liées au harcèlement sont posées rapidement, puis le scénario préfère bifurquer vers une romance plus confortable. Ces séquelles psychologiques auraient mérité d'être explorées avec un peu plus d'intensité. De son côté, Caio apporte une autre forme de vulnérabilité. Sous ses airs de garçon sûr de lui, il cache ses propres doutes, notamment autour de son orientation sexuelle et de la pression familiale.
La confrontation entre ces deux fragilités forme assurément la meilleure idée de l'histoire. La relation entre les deux adolescents se construit pas à pas. Ils apprennent à dépasser leurs préjugés et découvrent leurs failles mutuelles. Même si cette démarche est louable, quelque chose peine à décoller. En tant que spectateur, j'ai eu du mal à ressentir cette petite étincelle qui rend un rapprochement romantique vraiment marquant. Les jeunes comédiens sont sincères et font de leur mieux, mais le texte ne leur donne pas toujours assez de matière pour faire vivre ce coup de cœur. Certaines scènes clés passent trop vite, sans laisser aux sentiments le temps de mûrir. Le récit s'appuie aussi sur des ficelles prévisibles.
Un quiproquo classique autour d'un baiser vient déclencher une dispute qui semble arrivée là uniquement pour meubler le dernier acte. C'est dommage, car l'ambiance générale reste agréable. Le film ne cherche pas à survendre le drame et conserve une réelle douceur, portée par quelques moments plus légers qui font du bien. La très bonne surprise du casting vient de Débora Falabella, qui incarne Rita, la mère de Felipe. Elle apporte une belle énergie aux scènes de maison et évite d'être une simple figure parentale prétexte. Rita comprend son fils sans pour autant le couver à l'excès. Elle est drôle, présente et affectueuse, tout en lui laissant son espace. Leur dynamique sonne juste et apporte une authenticité qui manque parfois au reste du long-métrage.
C'est aussi à travers cette vie de famille que le film rappelle une idée importante : avoir une apparence différente ou souffrir de complexes ne veut pas dire qu'on est le seul à traverser des moments difficiles. L'une des vraies forces du projet réside dans sa manière de traiter l'homosexualité de ses protagonistes. Le film ne les réduit pas à leur orientation. Il parle avant tout d'amitié, de désir, de premières fois et de confiance en soi. De la même manière, le traitement de la grossophobie évite de transformer le héros en élément comique de service. C'est une démarche saine qui mérite d'être soulignée. Je regrette seulement que les blocages de Caio face à sa mère ou la détresse de Felipe restent traités de manière un peu superficielle, servant surtout de moteurs pour faire avancer le scénario.
Au final, cette adaptation ne manque pas de qualités. Son atmosphère est chaleureuse, les morceaux de musique brésilienne apportent une belle sensibilité et l'ensemble dégage une bienveillance évidente. Mais cette gentillesse constante devient aussi sa propre limite. Les conflits se résolvent un peu trop vite et les scènes fortes manquent d'impact. À force de vouloir rester doux et réconfortant, le film évite d'explorer les émotions plus brutes qui auraient pu lui donner une vraie personnalité.
Note : 5.5/10. En bref, c’est une comédie romantique mignonne, parfaite pour un dimanche après-midi, mais qui reste en surface. Elle aborde de vrais sujets avec beaucoup de respect sans réussir à créer ce grand frisson qu'on attend d'un beau récit d'apprentissage. Le film fonctionne bien comme première approche de ces thématiques, mais il peine à laisser une empreinte durable.
Sorti le 19 août 2026 directement sur Netflix
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