17 Août 2026
The Shards // Saison 1. Episode 3. Help Me! Rhonda!
Après deux premiers chapitres très efficaces pour poser un décor poisseux, ce troisième épisode de The Shards me laisse un sentiment nettement plus mitigé. L'adaptation signée Ryan Murphy du roman de Bret Easton Ellis garde de sacrés arguments visuels, mais elle commence à flotter. Entre le thriller horrifique pur, la satire sur les ados friqués de Los Angeles et le drame intime, l'épisode hésite constamment et finit par brouiller sa propre tonalité. Le début amorçait pourtant des choses intéressantes. La disparition du jeune Matt semble déjà balayée sous le tapis par la majorité des élèves du lycée Buckley. Bret reste quasiment le seul à gratter sous la surface, pendant que sa bande de potes retourne tranquillement à sa petite routine dorée.
Cette indifférence collective en dit long sur leur monde : quand on grandit dans l'opulence, les drames sont de simples désagréments qu'on préfère ignorer jusqu'à ce qu'ils s'effacent d'eux-mêmes. Une seconde disparition vient brutalement secouer cette léthargie. Rhonda, une fille dont Bret appréciait la franchise et le côté sans filtre, devient la nouvelle cible du Trawler. Le problème, c'est que la série expédie un peu trop son installation avant de la plonger dans l'horreur. On n'a pas vraiment le temps de s'attacher à elle ou de mesurer sa place dans le groupe. Résultat : son enlèvement fait beaucoup moins d'effet que celui de Matt, dont l'absence continue, elle, de hanter Bret avec beaucoup plus de force.
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C'est justement quand l'intrigue se resserre sur le psychisme de Bret que l'épisode retrouve de sa superbe. La séquence où il s'infiltre dans la chambre de Matt est sans doute le plus bel instant du chapitre. Retrouver ses fringues, manipuler ses objets du quotidien, laisser remonter le souvenir d'un toucher : la scène fait comprendre, sans grands discours, que leur liaison dépassait de loin le cadre d'une passade clandestine. Cette sensibilité apporte une profondeur bienvenue à ce stade du récit. Mais au lieu de faire face à son chagrin, Bret choisit la fuite en avant et se transforme en détective obsessionnel. Tout son deuil se retrouve canalisé dans cette traque acharnée contre Robert Mallory, qu'il a désigné comme le coupable idéal.
C'est là que le bât blesse sur la durée. L'obsession de Bret devient pesante parce qu'elle manque cruellement de faits tangibles. Il n'a presque rien de concret sous la main, mais sa conviction frôle la folie. Chaque regard de biais, chaque geste de Robert devient une preuve irréfutable à ses yeux. Jouer avec un narrateur peu fiable est un exercice brillant, mais la voix off en fait beaucoup trop. Elle explicite le moindre tiraillement intérieur de Bret, au lieu de laisser planer ce doute étouffant qui faisait la force du roman. C'est le gros point noir de cet épisode 3. The Shards possède une identité formelle qui se suffit à elle-même. La lumière, le cadrage des magnifiques villas, les silences pesants : tout cela raconte déjà l'inquiétude.
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Ajouter une voix off qui vient souligner et commenter chaque pensée finit par désamorcer une bonne partie du suspense. Ce sentiment d'instabilité est renforcé par l'arrivée de Rhonda sur le devant de la scène, qui injecte un ton très différent. On passe d'une satire sociale grinçante à des séquences d'un macabre bien poisseux. Mélanger les genres est un art difficile, et la transition manque ici cruellement de fluidité. C'est à ce moment précis que la patte de Ryan Murphy devient omniprésente. Son goût pour le glamour léché, l'humour noir caustique, le sexe et la violence brute saute aux yeux. Jusqu'ici, la série tenait sur un équilibre subtil avec la prose glacée d'Ellis.
Dans cet épisode, Murphy prend clairement le dessus, quitte à rendre le résultat global un peu bancal et démonstratif. Le contraste avec le livre n'a jamais été aussi fort. Le roman tenait sur la claustrophobie mentale de son personnage, sur ses zones d'ombre et sa paranoïa sourde. La série a tendance à vouloir transformer chaque ressenti en scène percutante. Ce troisième chapitre aurait vraiment gagné à conserver la retenue et la froideur clinique des deux premiers épisodes. Du côté des arcs secondaires, la dynamique avec Terry Schaffer reste captivante. Bret voit en ce quadra séduisant un mentor littéraire capable de le comprendre, alors que tous les voyants sont au rouge.
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Leur lien ambigu met à nu le besoin vital de reconnaissance chez le jeune homme, qui cherche désespérément une validation qu'il n'obtient ni de sa famille ni de ses amis. Les apparitions de Liz complètent ce portrait d'une élite dorée complètement fêlée. Derrière les façades irréprochables se cache une dynamique de couple toxique et théâtrale. On frôle parfois les codes du soap-opera, mais ces passages révèlent bien le climat d'hypocrisie dans lequel Bret évolue. Sur le plan visuel, la production continue de livrer un travail exemplaire. Les décors des années 80, la direction artistique impeccable et la bande-son restent le point fort indiscutable de la série. L'ambiance californienne, faussement ensoleillée et profondément poisseuse, fonctionne toujours à merveille.
Puis arrive la fin d'épisode, qui remet Bret au centre du jeu. Sa filature de Robert l'amène jusqu'à une demeure isolée où il espère enfin dégoter la preuve irréfutable. La découverte d'un sous-sol sinistre, parsemé d'indices liés à Matt et Rhonda, relance efficacement les enjeux sans pour autant donner de réponse définitive. On ressort de là avec autant de questions que de doutes.
Note : 4.5/10. En bref, cet épisode 3 montre les premières faiblesses de The Shards. Le matériau de base est excellent et le duo Bret / Robert recèle une vraie tension dramatique, mais l'exécution manque ici d'un chouïa de rigueur. Ryan Murphy tend à l'emporter sur la froideur d'Ellis, ce qui nuit à la cohérence d'ensemble. La série garde un potentiel énorme, à condition d'arrêter de sur-expliquer ses mystères et de retrouver cette atmosphère clinique qui rendait ses débuts si saisissants.
Disponible sur Disney+
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