20 Août 2026
Quand j’ai vu que La Mère et l’Assassin ne comptait que quatre épisodes, j’ai pensé qu’on tenait là un bon petit thriller, ramassé, dynamique, sans ces scènes de meublage qui gâchent tant de séries françaises. Le format court, c'est souvent la promesse d'une histoire qui va droit au but. Malheureusement, le résultat est particulièrement décevant. Entre des fictions télévisées qui cherchent à meubler et un scénario cousu de fil blanc, la déception est totale. Pourtant, le pitch de départ a tout pour plaire. Une mère de famille projetée au cœur d’une affaire criminelle, des secrets de famille bien enfouis qui ressortent au grand jour, et une enquête censée bousculer les certitudes de chacun.
Morgane Jourdan, la quarantaine, mène une vie bien réglée avec son mari restaurateur, Samuel, et leurs deux filles adolescentes, Océane et Alizée. Professeure, devenue principale d'un collège, elle jongle entre son travail exigeant et sa vie de famille. Tout bascule lorsqu’Océane, 17 ans, disparaît soudainement après une soirée où elle a surpris sa mère dans une situation compromettante avec Hugo Bennec, son professeur de sport. Morgane, rongée par l’angoisse et la culpabilité, se lance à corps perdu dans la recherche de sa fille. Très vite, son mari Samuel découvre sa liaison avec Hugo, ce qui fracture leur couple et perturbe Alizée, leur fille cadette. L’enquête menée par la capitaine Chloé Rousseau révèle alors qu’Océane entretenait une relation ambiguë avec Hugo. Et si Morgane avait, malgré elle, jeté sa fille dans les griffes d’un dangereux prédateur ?
C’est du classique, mais ça marche toujours si c’est bien amené. Le problème, c’est qu'entre la promesse sur le papier et ce qu'on nous sert à l'écran, il y a un gouffre. La tension ne prend jamais et l'ensemble sonne cruellement creux. Ce qui coince avant tout, c'est l'écriture. La mécanique des scénaristes est bien trop visible. Ils essaient de nous balader en multipliant les suspects et les fausses pistes, mais l'illusion ne prend pas une seconde. On sent l'artifice à des kilomètres. Un personnage devient louche pendant dix minutes, puis une révélation complètement sortie de nulle part vient l'innocenter pour faire accuser le voisin. Ça ne fonctionne pas parce que ce n'est pas naturel.
L'histoire avance par coups de baguette magique plutôt que par une vraie logique d'enquête, et honnêtement, on devine les twists bien avant qu'ils n'arrivent. À cela s'ajoutent des dialogues plombés par une fonction purement explicative. On a constamment l'impression d'écouter des personnages qui se parlent uniquement pour réciter le script ou expliquer ce qu'il se passe aux spectateurs. Résultat : zéro naturel, zéro spontanéité. Et c'est bien dommage, parce qu'avec seulement quatre épisodes au compteur, le rythme aurait dû être percutant. Ici, la mayonnaise ne prend pas. Quelques rares scènes essaient bien d'injecter un peu de suspense, mais le Soufflé retombe aussitôt. À aucun moment je n'ai ressenti ce fameux besoin d'enchaîner avec l'épisode suivant.
L'autre gros point noir, ce sont les incohérences qui gâchent complètement la crédibilité du récit. Une bonne partie de l'intrigue se déroule dans un lycée, mais le fonctionnement de cet établissement est totalement surréaliste. Entre les rôles des uns et des autres, la gestion des élèves et les réactions du personnel, rien ne colle avec la réalité du terrain. Passe encore sur une ou deux erreurs d'inattention, mais quand le lieu est central dans l'histoire, ces aberrations finissent par agacer. C'est d'ailleurs le même problème du côté de l'enquête policière. On assiste à des choix d'enquêteurs loufoques, des vices de procédure flagrants et des réactions d'une naïveté déconcertante.
Personne ne demande à une série télé d'être un documentaire au millimètre près sur la police ou l'Éducation nationale, mais il y a un minimum de réalisme à respecter. Quand chaque scène te fait sortir du récit parce que « ça ne se passe absolument pas comme ça dans la vraie vie », la sauce ne peut plus prendre. Au milieu de ce naufrage scénaristique, ce sont clairement les acteurs qui sauvent le navire d'un ennui mortel. Hélène de Fougerolles fait ce qu'elle peut et parvient à apporter une vraie humanité à son rôle, même si les répliques qu'on lui donne ne l'aident pas vraiment. Florent Peyre surprend agréablement dans un ton beaucoup plus dramatique que ce à quoi il nous a habitués, et François-David Cardonnel apporte juste ce qu'il faut de mystère pour qu'on se pose quelques questions.
Autour d'eux, des visages comme Juliette Delacroix ou Daniel Njo Lobé font le job correctement. Le problème ne vient clairement pas du casting : ils se battent avec un texte qui manque cruellement de relief, et on sent parfois qu'ils rament pour rendre crédibles des situations qui ne le sont pas. Visuellement, la réalisation reste très générique, très « téléfilm du mardi soir ». Le cadre de Martigues offre évidemment de très beaux plans. La lumière du Sud, la mer, les ruelles... C’est visuellement joli, mais ça ressemble plus à un dépliant touristique qu'à un vrai choix d'ambiance. Ce contraste entre de superbes paysages ensoleillés et une intrigue sombre aurait pu créer une vraie atmosphère, un peu poisseuse ou décalée, mais cette piste est à peine effleurée.
On a juste de jolies images de carte postale posées là, sans réelle intention de mise en scène. Enfin, la conclusion vient sceller le sort de la série. On espère toujours que le final va rattraper le coup et donner du sens à tout ce bazar. C'est tout l'inverse. Le dernier épisode enchaîne les facilités scénaristiques pour boucler l'histoire à tout prix, en balayant d'un revers de main des enjeux qui semblaient pourtant capitaux dix minutes plus tôt. Les révélations finales tombent à plat et l'explication tombe à côté.
Note : 3.5/10. En bref, cette mini-série est un ratage bien plat. Le format court évite au moins de nous faire perdre trop de temps, et c'est peut-être son plus grand mérite. Si les comédiens font le maximum et que les paysages de Martigues flattent la rétine, ça ne suffit pas à sauver un scénario truffé d'incohérences, à la mécanique poussive et au dénouement bâclé. Un projet paresseux qu'on oublie aussitôt le générique de fin écoulé.
Disponible sur france.tv
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