1 Septembre 2026
Après un cinquième épisode quasi entièrement dédié aux concours de danse et aux atermoiements post-adolescents, ces épisodes 6 et 7 font un effort pour revenir au cœur de l’intrigue et à la menace du Trawler. Bret remet ses habits d’apprenti détective pour trouver des preuves tangibles contre Robert, pendant que le retour traumatique de Rhonda et les préparatifs du bal de fin d’année redistribuent les cartes au lycée. Sur le papier, la série remet enfin son duo central au milieu de la pièce. En pratique, on assiste surtout à un récit qui multiplie les pistes sans jamais savoir quoi en faire, qui fait du surplace et s'enfonce tranquillement dans une médiocrité polie.
C’est le problème majeur de cette première saison arrivée aux trois quarts de sa course : qu’est-ce qu’on s’ennuie. La série n'a quasiment rien à raconter, refuse d'avancer et préfère recycler tous les poncifs les plus chiants de Ryan Murphy. Je cherchais la patte cynique, acérée et vénéneuse de Bret Easton Ellis à la création, mais sa présence se résume ici à un emballage esthétique vide. Depuis le départ, Bret est persuadé que le nouvel élève, Robert Mallory, est directement lié aux méfaits du Trawler. Une certitude qui vire à la fixette absolue dans ce double épisode. Bret décide cette fois de solliciter directement les adultes, ce qui donne une scène plutôt intéressante avec le père de Matt.
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Ce moment permet d'entrevoir la fragilité d'un gamin désemparé qui refuse d'accepter la mort d'un proche, tout en introduisant des éléments sur la secte des Riders of the Afterlife. Le souci, c'est la suite. Quand Bret tente de convaincre le proviseur et la police de la dangerosité de Robert, la série tourne en rond. Son raisonnement ne repose sur absolument aucune preuve, uniquement du ressenti. Qu'un récit joue sur l'ambiguïté de la démence ou de la paranoïa de son narrateur est une excellente idée, mais l’écriture insiste tellement lourdement sur ses certitudes que la mécanique devient totalement artificielle. Bret s'agite, soupçonne tout le monde, et le récit piétine avec lui.
Le retour de Rhonda après sa disparition aurait dû insuffler un vrai coup de fouet à la tension globale. De retour au lycée, la jeune fille est traumatisée, distante, incapable d'expliquer ce qu'elle a vécu. Le seul détail précis qui lui reste en mémoire est une odeur de parfum féminin associée à son agresseur. À partir de là, la piste du parfum Giorgio devient l'élément déclencheur d'une série d'accusations improbables. Rhonda réagit vivement à cette fragrance, ce qui pointe directement les projecteurs vers Susan, pourtant en train de l'aider à se réintégrer. L'idée aurait pu fonctionner si l'écriture faisait preuve d'un minimum de subtilité. Mais la série surligne tellement chaque indice, répète tellement ses effets qu'on voit venir les révélations à des kilomètres.
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Il n'y a plus aucun suspense, juste de la figuration scénaristique. En parallèle du mystère criminel, la relation entre Susan et Debbie continue de se détériorer. Debbie cherche désespérément de la reconnaissance, tandis que Susan subit le poids de sa perfection sociale. Voir l'une rêver de succès pendant que l'autre étouffe sous les attentes aurait pu donner un contrepoint dramatique solide. Le bal de promo sert une nouvelle fois de théâtre à ces rivalités de façade. Debbie tente de pousser Rhonda sur le devants de la scène, une démarche en apparence généreuse mais motivée par son propre besoin d'attention. Le résultat du vote pour la reine du bal ne réserve aucune surprise : Susan l'emporte une fois de plus, avant d'offrir sa couronne à Rhonda.
Si la posture de gagnante permanente de Susan est un angle d'écriture qui commence à devenir intéressant, les scénaristes ne savent manifestement pas comment s'en servir pour faire avancer le propos. Du côté de Thom, le basculement vers le culte des Riders of the Afterlife s'accélère. Depuis sa rencontre avec l'homme mystérieux dans l'épisode 4, le personnage s'éloigne de son groupe. C'est sans doute l'arc le plus manqué de ces deux épisodes. Le mal-être de Thom et sa relation compliquée avec son père étaient posés depuis le début, mais sa radicalisation au sein de la secte paraît brusque et mal amenée. Le scénario tente de raccorder précipitamment Thom, la secte, Matt et le Trawler pour créer une toile de suspects, mais le montage manque trop de finesse pour qu'on y adhère vraiment.
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S'il reste un élément à sauver au milieu de cet ennui généralisé, c'est la tension constante entre Bret et Robert. Leur face-à-face garde une vraie charge psychologique. Robert sait exactement sur quels boutons appuyer pour déstabiliser Bret, et ce dernier refuse d'admettre le contrôle que Robert exerce sur son esprit. Leur confrontation dans l'épisode 7 apporte enfin un peu de relief. Robert sort un alibi solide concernant les disparitions et force Bret à affronter sa propre obsession. Le personnage de Robert demeure le seul à conserver une part d'ombre efficace. Manipulateur cynique, tueur méthodique ou simple adolescent provocateur jouant avec les nerfs d'un paranoïaque ? La série entretient ce doute, même si elle a tendance à le rendre un peu trop ouvertement inquiétant au fil des scènes.
Le final de l'épisode 7 essaie de relancer l'intrigue sanglante de manière brutale : Bret découvre les restes de Matt au sein même de l'établissement. La théorie du héros devient enfin une réalité incontestable pour le reste des personnages, confirmant que le Trawler frappe toujours. C'est une fin d'épisode efficace qui vient rappeler brièvement le danger, au milieu des histoires de bals, de jalousies et de romances d'arrière-plan. À deux épisodes du final, le constat reste bien amer.
Note : 3/10. En bref, The Shards avait démarré avec une promesse d'ambiance poisseuse et inquiétante. Au lieu de développer cet univers, la série s'est éparpillée dans tous les sens, perdant un temps précieux dans des intrigues secondaires d'une banalité affligeante. Ces épisodes 6 et 7 essaient de recoller les morceaux, mais le mal est fait. J'espère simplement que les deux derniers chapitres apporteront une conclusion nette aux rares pistes encore ouvertes, plutôt que d'en rajouter une couche dans le vide.
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