2 Septembre 2026
Le Dernier Souffle d’un Yakuza // De Baku Kinoshita. Avec Kaoru Kobayashi, Junki Tozuka et Hikari Mitsushima.
Quand on lit un titre pareil, on s’attend tout de suite à un truc bien nerveux avec des règlements de comptes, des sabres, du sang et des guerres de clans au cœur de Tokyo. Et pourtant, pour son tout premier long métrage, Baku Kinoshita prend tout le monde à contre-pied. Ici, pas de flingues qui crachent du feu ni de poursuites à toute allure. Les bastons et la violence du milieu passent complètement au second plan. Le réalisateur s’attarde plutôt sur un homme au bout du rouleau, coincé avec ses souvenirs et la liste sans fin de tout ce qu’il a loupé dans sa vie. Ça donne une atmosphère hyper particulière.
Automne 2023. Akutsu, un détenu âgé purgeant une peine de réclusion à perpétuité, est sur le point de mourir seul dans sa cellule. Une fleur dotée de parole lui assène: "Quelle vie pourrie tu as eue. » Au fil de leur conversation, Akutsu commence à replonger dans son passé.
Le film prend son temps, parfois un peu trop diront certains, mais c'est pour mieux nous faire entrer dans une histoire intime qui touche finalement bien au-delà du crime organisé. L'histoire tourne autour d'un ancien yakuza qui finit ses jours derrière les barreaux. Sa santé flanche, sa vie touche à sa fin, et dans sa cellule, il se met à parler à une simple fleur. Sur le papier, l'idée peut sembler un peu perchée ou gratuitement poétique. Dans les faits, elle résume parfaitement la démarche du film : utiliser une situation absurde ou décalée pour faire ressortir une émotion brute, très humaine. En discutant avec cette plante, le bonhomme fait le tri dans son passé.
On voit débarquer ses souvenirs au compte-gouttes, ce qui nous aide à comprendre comment un gamin ordinaire finit par intégrer la mafia. Mais attention, l'objectif n'est pas de glorifier le parcours d'un truand ou de nous faire fantasmer sur la pègre. Le film montre juste un mec épuisé qui se mange le mur des conséquences en plein fouet. C'est vraiment cet angle-là qui m'a séduit. Sous le tatouage et la façade de dur à cuire, on découvre simplement un type qui contemple son parcours avec une lucide amertume. Les exploits d'autrefois ne valent plus rien, seuls restent les regrets. Et la vraie question du film finit par vous sauter aux yeux : que reste-t-il d'une existence quand le sablier est presque vide et qu'on n'a plus le temps de corriger le tir ?
Toute la narration repose sur des retours en arrière. Le passé n'est pas balancé d'un coup de manière indigeste, ce qui permet de reconstituer le puzzle au fur et à mesure. On avance à tâtons avec le personnage, on pige lentement le pourquoi du comment. Ça fonctionne super bien parce qu'on ne nous donne pas toutes les cartes immédiatement. Chaque bout de souvenir apporte son éclairage, explique un choix tragique ou un renoncement. Du coup, l'intérêt ne vient pas de l'énergie ou des cascades, mais de cette lente reconstruction d'un destin brisé. Le long métrage prend carrément un air méditatif. C'est vrai qu'il y a des moments de flottement et des scènes un peu lentes, mais cette lenteur est logique. Le mec n'est plus en train de se battre pour du territoire ou du pouvoir.
Il est posé, posé pour de bon, et chaque image du passé pèse une tonne. En sortant du cadre strict de la pègre, l'histoire aborde des sujets qui parlent à tout le monde : les rendez-vous manqués, les proches qu'on a laissé filer et la nostalgie qui pique. Côté graphisme, le film mise sur une animation très sobre. Il met l'accent sur les décors, les expressions légères, la gestuelle des personnages et les détails invisibles du quotidien. Pas de grands effets visuels tape-à-l'œil ou de surenchère numérique, et franchement, ça fait un bien fou. La palette de couleurs est étonnamment vive et saturée. Ce contraste entre des teintes éclatantes et une histoire aussi sombre marquée par la mort fonctionne à merveille.
Baku Kinoshita, qu'on avait déjà repéré pour son travail génial sur la série Odd Taxi, prouve encore une fois qu'il sait poser un décor. Le Japon qu'il dessine n'est pas une carte postale pour touristes. C'est un monde réaliste, poisseux par moments, ancré dans une époque bien précise qui semble déjà appartenir au passé. La réalisation reste simple et fluide. La caméra préfère s'attarder sur les visages, poser son cadre et laisser respirer les scènes plutôt que de multiplier les coupes rapides. Si vous cherchez un anime survolté à la chaîne, vous allez sans doute trouver le temps long. Mais pour les autres, cette lenteur maîtrisée donne une vraie force à l'ensemble.
Au-delà de la panoplie habituelle du yakuza, le récit pose une question universelle : qu'est-ce qu'on fait de notre passage sur Terre avant qu'il ne soit trop tard ? À un moment, le personnage sort une phrase qui claque : « Si tu penses que tu gagnes, tu gagnes. » Dit comme ça, ça fait un peu formule de développement personnel au rabais. Mais lâché dans ce contexte précis, par un type qui a tout perdu en croyant être le roi du monde, la réplique prend une dimension presque tragique. Le film nous force à revoir nos priorités. La réussite sociale, l'orgueil, le respect du groupe ou le statut… tout ce pour quoi on se bouffe la santé pendant des années paraît soudainement dérisoire à la fin. D'autres choses remontent à la surface, comme l'amour, traité ici sans le moindre sentimentalisme.
Pas de grand opéra romantique au programme, juste des gestes manqués, des silences lourds et de la pudeur. C'est justement cette retenue qui rend le film aussi touchant par moments. Ce long métrage n'est pas là pour faire péter le box-office à coups d'explosions. C'est un film de mémoire, d'acceptation et de transmission. J'ai vraiment aimé le parti pris de Kinoshita. Il aurait pu céder à la facilité et nous pondre un polar nerveux ultra classique. Au lieu de ça, il préfère scruter un vieil homme au crépuscule de sa vie. Et même si l'idée de faire parler le héros à une fleur paraissait risquée, elle crée un lien d'une intimité folle entre lui et nous.
Oui, il y a deux ou trois longueurs. Le rythme baisse d'un cran au milieu du récit et certaines scènes s'étirent un peu trop. Mais l'ambiance globale, la beauté des couleurs et la mélancolie ambiante finissent par l'emporter.
Note : 7/10. En bref, Le Dernier Souffle d’un Yakuza est une très belle surprise. Il faut passer au-dessus de son titre de film d'action pour y découvrir une œuvre douce-amère, intelligente et magnifiquement réalisée. Un premier film marquant qui continue de trotter dans la tête longtemps après la fin du générique.
Sorti le 27 mai 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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