2 Septembre 2026
Après une première salve d'épisodes qui posait gentiment les bases (entre enquêtes bien ficelées, réparties cinglantes et charme britannique de l'après-guerre), Bookish revient avec une saison 2 de six épisodes. Mark Gatiss y réinvente Gabriel Book, ce libraire londonien hyper observateur qui ne peut pas s'empêcher de mettre son nez dans les affaires de meurtre. Mais cette fois, la série ne se contente pas de refaire ce qu'elle sait faire. Les crimes occupent une vraie place, les secondaires prennent de l'épaisseur et surtout, le passé de Gabriel commence à peser lourd.
Londres en 1946 conserve son décor abîmé par les bombes, ses intérieurs sombres mais élégants et ses costumes impeccables. C'est ce qui donne tout de suite son style à la série. L'ambiance reste volontairement rétro sans tomber dans le musée de cire. Derrière le petit polar du dimanche soir, la fiction glisse des thèmes franchement plus sombres. Gabriel reste la grande force de la série. Mark Gatiss s'empare des codes du détective traditionnel : un regard clinique, l'art du détail invisible et ce goût immodéré pour les puzzles sanglants. Mais il ne joue pas juste un énième Sherlock Holmes. Son personnage a plus de chaleur humaine et une vie privée autrement plus bancale.
Son métier de commerçant lui fait croiser tout le monde, et sa curiosité fait le reste. Cette saison insiste sur son intimité. Sous le masque de l'esthète cynique qui a toujours le mot juste, Gabriel gère une vie d'équilibriste. Son mariage avec Trottie résume tout. C'est une histoire d'amour sincère, mais c'est aussi un bouclier indispensable. Être homosexuel dans l'Angleterre des années 1940, c'est prendre des risques énormes au quotidien. Trottie le sait, et leur pacte fonctionnait bien jusqu'ici. Sauf que les fissures apparaissent enfin. Polly Walker hérite de scènes bien plus fortes, et la série en profite directement. Trottie n'est plus la simple épouse qui protège le secret de son mari au fond d'un magasin.
Elle affiche ses envies et réalise qu'elle ne veut pas passer sa vie à s'oublier. L'arrivée du colonel Reggie Winters, incarné par Rupert Graves, vient casser la routine. Une romance s'installe et amène une vraie tension dans le couple. Le scénario évite heureusement le piège du vaudeville ringard. Ce qui compte ici, c'est de voir comment Gabriel et Trottie réagissent. Leur accord tenait tant que personne ne demandait rien de plus à la vie. Mais la mécanique s'enraye dès que l'un d'eux cherche à être heureux pour de vrai. Gabriel doit admettre que sa femme n'est pas un simple second rôle dans sa propre existence. Le premier épisode démarre fort avec Harold Sneed, un faux médium théâtral et inquiétant joué par un Jason Watkins très inspiré.
Évidemment, la séance de table tournante se termine avec un cadavre sur les bras. Le cadre est parfait : une grande maison, des suspects bizarres et des mensonges en série. Gabriel retrouve l'inspecteur Bliss pour ce jeu du chat et de la souris très classique entre la police officielle et l'amateur éclairé. Mais au-delà du crime, l'intrigue montre comment certains profiteurs exploitent le deuil des familles dévastées par la guerre. Sneed vend du rêve à des gens brisés, et Gabriel perçoit vite la dangerosité du personnage. Ce mélange entre comédie grinçante et détresse réelle marche très bien. C'est la vraie réussite de ces six épisodes : le crime n'est jamais déconnecté de la vie des protagonistes. L'intrigue avance sur deux fronts.
D'un côté, la résolution des affaires avec son lot de fausses pistes ; de l'autre, l'évolution de la petite bande de la librairie. Le jeune Jack prend une sacrée claque en découvrant que son père Felix, qu'il croyait mort, serait toujours en vie. Le problème, c'est que Felix a aussi été le grand amour de Gabriel. Le libraire ne gère plus un simple mystère extérieur, il doit affronter ses propres fantômes et une histoire qu'il pensait classée. Pour suivre la trace de Felix, la série sort de sa routine londonienne et voyage jusqu'en Allemagne. Ce changement de décor n'est pas un gadget touristique : il répond aux questions de Jack et force Gabriel à faire le tri dans ses souvenirs.
Les flashbacks éclairent la relation entre les deux hommes et expliquent pourquoi Gabriel a fait certains choix douloureux. La série gagne en maturité narrative sans perdre sa légèreté de départ. Bookish ne cherche pas à réinventer le polar britannique, et c'est très bien comme ça. La série sait ce qu'elle vend : du cosy crime bien emballé, une époque marquante, des répliques cinglantes et un fond plus mélancolique qui prend de la place au fil des épisodes. Certaines affaires restent un peu téléphonées et les amateurs de gros twists resteront sur leur faim. Mais l'intérêt est ailleurs. On regarde la série pour ses acteurs, son ambiance et pour voir ce héros ironique essayer de survivre dans un monde qui lui refuse le droit d'être lui-même.
Note : 6.5/10. En bref, une saison 2 très solide, agréable à suivre, qui donne envie de revoir toute cette bande rapidement.
Prochainement en France
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