2 Septembre 2026
Mata // De Rachel Lang (II). Avec Eye Haïdara, Joséphine Japy et Raphaël Personnaz.
Avec Mata, la réalisatrice Rachel Lang choisit de traiter le film d’espionnage sous un angle bien précis, loin des grosses productions hollywoodiennes. On oublie tout de suite les gadgets extravagants, les fusillades à répétition et les cascades spectaculaires. Le récit s'installe plutôt dans les couloirs austères de la DGSE, au milieu des silences pesants, des regards en coin et des zones d'ombre du renseignement français. Sur le papier, ce parti pris de prendre le genre à contre-pied et d'ancrer le récit dans une réalité presque administrative s'avère particulièrement séduisant.
Blessée lors d’une opération clandestine au Niger, Mata, une agente du service action de la DGSE, perd la trace de son compagnon Antoine, capturé sur place. À son retour, elle est affectée à la Sécurité Intérieure du Territoire et se saisit d’une mission de contre-espionnage dans les Alpes : une ombre semble relier ce dossier à l’embuscade en Afrique. Convaincue que ses supérieurs lui dissimulent des informations et hantée par la captivité d’Antoine, elle se lance dans une course contre la montre, hors de tout cadre officiel… au risque de tout perdre.
Malheureusement, le long-métrage peine à transformer cette excellente intention en un suspense véritablement prenant. Si le scénario égraine quelques pistes prometteuses, l'ensemble devient rapidement confus, et à force de vouloir jouer sur le doute permanent, la mise en scène finit par perdre son public en route. L'intrigue s'articule autour de Mata, interprétée par Eye Haïdara, une agente du service Action qui revient d'une mission catastrophique au Niger. Légèrement blessée mais surtout sous le choc, elle reste sans nouvelles de son coéquipier, capturé sur place durant l'opération. De retour sur le sol français, elle espère naturellement intégrer l'équipe chargée de localiser son binôme pour le sortir de là. C'est sans compter sur sa hiérarchie qui en décide autrement et choisit de la mettre à l'écart.
On lui confie alors une tâche secondaire : former une jeune recrue jouée par Joséphine Japy. Cette mise au placard forcée sert de déclencheur à une quête personnelle. Mata décide de mener son propre réseau d'investigation en sous-main pour comprendre ce qui s'est réellement passé au Niger, découvrant peu à peu que la version institutionnelle cache de nombreuses zones de flou. L'idée de départ fonctionne bien, car elle place l'héroïne face à une menace interne où l'institution elle-même devient source de méfiance. Le choix majeur de la réalisation consiste à refuser le grand spectacle pour explorer le thriller psychologique. L'espionnage y est dépeint comme un quotidien fait de patience, d'observations téléphoniques, de rapports écrits et de procédures rigides.
Les séquences au sein des bureaux parisiens occupent ainsi une place centrale. Les personnages échangent à voix basse, s'observent, analysent chaque comportement et tentent de deviner les secrets de leurs collègues. Ce parti pris sur la lourdeur bureaucratisée du milieu avait tout pour instaurer un climat étouffant. Par moments, la tension affleure avec réussite, notamment lors des interrogatoires serrés avec la direction où la pression provient de cette impression constante d'être surveillée et disséquée. Le film s'avère d'ailleurs bien plus à l'aise dans ces moments d'immobilité que lorsqu'il essaie d'injecter du mouvement ou de l'action pure. Face à la caméra, Eye Haïdara propose une prestation tout en retenue, incarnant une femme usée, méfiante, qui garde systématiquement ses émotions sous contrôle.
Ce jeu très fermé correspond à la logique du personnage, mais il crée au passage une vraie distance avec la salle. Il devient difficile de ressentir l'urgence de sa situation tant elle reste impénétrable. Ce manque de liant émotionnel touche aussi le reste de la distribution. Le scénario délaisse trop souvent les figures secondaires qui auraient pu apporter un supplément d'âme. La relation pédagogique entre la mentor et la jeune recrue interprétée par Joséphine Japy manquait singulièrement de développement pour dépasser le stade de simple prétexte scénaristique. D'autres intervenants apparaissent et disparaissent au fil des découvertes sans qu'on comprenne toujours leur rôle exact dans la balance.
C'est précisément sur sa structure narrative que le projet montre ses limites les plus franches. Vouloir entretenir le mystère et tromper les attentes est une chose, encore faut-il maintenir une trajectoire lisible. Ici, l'écriture accumule les éléments obscurs sans prendre le temps d'apporter des réponses ou de lier les fils entre eux. Dès la séquence d'ouverture au Niger, les conditions de la capture du coéquipier restent floues et posent un problème de logique interne qui n'est jamais vraiment résolu par la suite. À mesure que Mata avance dans son enquête, les fausses pistes et les nouveaux intervenants complexifient la trame de manière artificielle, donnant davantage l'impression d'assembler un puzzle dont il manquerait des pièces plutôt que de suivre une traque palpitante.
Sur le plan visuel, la photographie privilégie des teintes très sombres et désaturées. Les intérieurs paraissent froids, presque impersonnels, reflétant la solitude dans laquelle s'enferme l'héroïne. Si cette orientation stylistique soutient le ton du récit, elle devient parfois handicapante lors de certaines scènes nocturnes ou en pénombre où la lisibilité globale en pâtit. L'atmosphère sonore, assez discrète, vient ponctuer la paranoïa ambiante sans jamais en faire trop. Les références au Bureau des légendes viendront forcément à l'esprit tant la thématique est proche, mais le long-métrage n'en possède ni la densité ni la maîtrise.
En faisant le choix d'un format resserré de moins d'une heure trente, le récit évite certes les longueurs inutiles, mais il se prive aussi du temps nécessaire pour développer ses réflexions sur la loyauté et le secret d'État.
Note : 4/10. En bref, la proposition initiale ne manquait pas d'atouts avec sa volonté de traiter l'espionnage par le prisme du doute et du réalisme institutionnel. La mise en scène pose des bases solides et Eye Haïdara s'investit pleinement dans son rôle. Malheureusement, la confusion du scénario et la froideur générale empêchent le suspense de monter en puissance. On ressort de la projection avec la sensation d'un potentiel gâché par un excès de mystère qui finit par paralyser la narration.
Sorti le 27 mai 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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